DOCTEUR JEKYLL ET LES FEMMES de Walerian Borowczyk (1981)

Affiche du film Dr Jekyll et les femmes
A Londres, le docteur Jekyll convie chez lui famille et amis de la haute société victorienne afin de fêter ses fiançailles avec la désirable Fanny Osbourne. Une soirée qui vire au cauchemar lorsqu’un dangereux pervers sexuel se glisse dans l’immense demeure, violant et tuant tous ceux qui croisent son chemin.
Reprenant à son compte le fameux roman de Stevenson, Walerian Borowczyk décrit une société corsetée (le fétichisme du corset, récurent dans tout le film, n’est sans doute pas un hasard) devenant la proie de ses pulsions et compose un film sulfureux qu’il imprègne tout entier de la dualité de son personnage principal.
Aux vastes salons éclairés où festoient les convives, le cinéaste oppose les couloirs sombres et tortueux de l’étrange demeure qu’il transforme en un véritable dédale (sorte de représentation tourmentée de l’espace intérieur de Hyde ?), tandis que les femmes, personnages clefs de tous ses films, jouent de leur ambivalence, entre innocence opprimée et tentation de la perversion, face à des hommes arrogants et sans nuances.
Photo de Marina Pierro dans le rôle de Fanny Osbourne
Borowczyk, en parfait esthète, crée pour l’occasion des images dignes de tableaux de maître – mêlant jeu d’ombres et de lumière, escaliers spiralés, visage féminin recomposé dans un reflet et hommage à Vermeer – et fait baigner son film dans une atmosphère cotonneuse et floue, sans doute pour pour mieux illustrer cette idée de perte des repères. L’ambiance fantastique qui en découle est proche de celles composées par Mario Bava en Italie. La maison labyrinthique et l’apparition fugace, en début de film, de la petite fille blonde derrière une fenêtre semblent d’ailleurs faire écho aux plans élaborés par le maître italien de l’angoisse dans Opération peur.
Photo petite fille blonde derrière la fenêtre
Mais, tout à ses compositions esthétiques, Borowczyk en oublie son scénario, beaucoup trop décousu et verbeux, ainsi que sa direction d’acteur avec des comédiens en roue libre. Si le choix d’Udo Kier et de son regard magnétique, pour jouer Jekyll, est tout à fait judicieux, sa prestation relève le plus souvent du cabotinage. Le doublage approximatif de certains de ses partenaires n’arrange rien et participe au côté calamiteux de l’ensemble.
Parfois à la limite du grotesque, Dr Jekyll et les femmes peine à convaincre même si le film possède d’indéniables fulgurances fantastiques (le bain où se transforme le docteur) et érotiques (l’effeuillage de la fille du général penchée sur la table d’une machine à coudre).
Il n’en reste pas moins une véritable curiosité réservée à un public averti.

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BLANCHE de Walerian Borowczyk (1972)

Affiche du film Blanche
En France, au XIIIème siècle. Un vieux seigneur veille jalousement sur Blanche, sa jeune épouse, sans se rendre compte que son propre fils en est amoureux. De passage au château, le roi et son page tentent, tour à tour, de séduire la belle, déclenchant le courroux du seigneur et de son fils.
Surprenant et déroutant, Blanche propose une autre approche du film médiéval. Une vision du Moyen-Âge moins clinquante et bien loin des standards des grosses productions hollywoodiennes mais, certainement, plus plausible. Le soin minutieux porté à chaque décor, costume et accessoire participe pour beaucoup au rendu authentique de cette fresque tragique aussi violente qu’intimiste.

Ligia Branice dans Blanche
S’inspirant d’enluminures ou de tableaux médiévaux, dont il retrouve l’esthétique et la distanciation, Borowczyk compose chacun de ses plans avec une extrême méticulosité et travaille parfaitement ses ambiances, de l’austérité grisâtre du château à la verdure des forêts.
Il expérimente des cadres dans le cadre et juxtapose par petites touches ses images, créant une sorte de tapisserie cinématographique ponctuée de musiques et de chants anciens.
Rien n’est laissé au hasard. De la symbolique des objets et des animaux aux thèmes qui traverseront toute la filmographie du cinéaste. L’innocence féminine souillée par les désirs de l’homme. La pureté considérée comme suspecte et accusée de tous les maux/mots.
Son goût pour la satire y est également présent, notamment religieuse avec ses moines guerriers – aux armes surprenantes – plus intéressés par la bonne chair que par le prêche en chaire.
Finalement, comme souvent chez Borowczyk, seul le jeu des acteurs laisse un peu à désirer. Encore qu’ici les interprétations de Michel Simon, Georges Wilson, Jacques Perrin et Lawrence Trimble ne manquent pas de charme. Tandis que dans le rôle-titre, Ligia Branice, compagne et égérie du cinéaste, impose, contre toute attente, son étrange jeu atone et ses yeux expressifs.
Blanche est un film rare, sans doute le plus personnel de l’inclassable Walerian Borowczyk.

Coffret collector Borowczyk
Dans le cadre de la rétrospective Borowczyk qui aura lieu au centre Pompidou – du 24 février au 19 mars 2017 – Carlotta édite à partir du 22 février 2017 un superbe coffret collector DVD et Blu-ray reprenant certains de ses films (et courts métrages) les plus emblématiques.
Des copies entièrement restaurées qui rendent enfin justice à l’esthétique si particulière de ce cinéaste plasticien d’origine polonaise. Un coffret qui bénéficie, en outre, de nombreux suppléments ainsi que de deux livres inédits pour éclairer cette filmographie sulfureuse et inclassable.

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RUSTY JAMES de Francis Ford Coppola (1984)

Affiche du film Rusty James
A Tulsa dans l’Oklahoma, Rusty James et ses amis se préparent à affronter une bande rivale. Car Rusty n’a qu’une idée en tête : égaler les prouesses de son frère aîné, le Motorcycle Boy, célèbre chef de gang mystérieusement disparu.
Après le cuisant échec de Coup de cœur, qui entraîna la fermeture de son studio, Francis Ford Coppola tenta de se refaire une santé avec un film plus commercial destiné aux adolescents : Outsiders. Tourné dans la foulée de ce dernier, Rusty James reprend une grande partie de l’équipe (même auteur adapté, même équipe technique, mêmes acteurs) et permet au cinéaste de composer une œuvre plus personnelle. Un film intimiste destiné aux adolescents dans lequel il introduit une part d’éléments autobiographiques, comme l’admiration qu’il voue à son grand frère August.
Sans rien renier de ses films précédents, Coppola crée une œuvre stylisée mêlant violence (au cœur d’une partie de sa filmographie) et onirisme (déjà à l’œuvre dans Coup de cœur).
Un film « artisanal » qui lui fait retrouver la liberté – de ton et de mise en scène – idéale pour matérialiser, au travers de la dérive du personnage de Rusty James, le difficile passage du monde de l’adolescence à celui des adultes. Rusty James, jeune voyou en perte de repères, qui cherche à s’émanciper tout en se raccrochant aux exploits de son aîné, le Motorcycle Boy, figure emblématique d’un passé révolu admirablement interprété par Mickey Rourke.

Matt Dillon et Mickey Rourke
S’appuyant sur de somptueuses images en noir et blanc, le cinéaste sculpte l’espace (comme il l’avait fait avec l’utilisation des néons dans Coup de cœur) pour rendre tangible les sentiments de ses personnages et l’ambivalence d’une adolescence qui se cherche, entre noirceur et quête de lumière. Une jeunesse rebelle mais soumise, comme tout un chacun, à l’inexorable course du temps que Coppola illustre par de nombreux plans de pendules ou par des images défilant en accéléré.
Rusty James, rêverie désenchantée et nostalgique agrémentée de poissons colorés, est une œuvre charnière dans la riche filmographie de Francis Ford Coppola qu’il faut absolument (re)découvrir.

Jaquette Blu-ray du film Rusty James
Wild Side propose depuis le 8 février 2017 une magnifique édition HD de Rusty James disponible en édition Blu-ray ainsi qu’en coffret collector Blu-ray / DVD accompagné d’un livre revenant sur la création du film et doté de nombreuses photographies.
Une édition indispensable, remplie de témoignages et de scènes inédites coupées au montage, pour tous les fans de Francis Ford Coppola ainsi que pour ceux qui veulent apprendre à le connaître.

Photo du coffret collector

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ALIBI.COM de Philippe Lacheau (2017)

Affiche du film Alibi.com
Greg a fondé une petite entreprise qui ne connaît pas la crise : elle fournit à tous ses menteurs de clients des alibis en béton pour les couvrir en toutes circonstances.
Une organisation bien rodée qui va commencer à se gripper lorsque Greg va tomber amoureux de Flo, une jolie jeune femme qui déteste le mensonge et dont le père est un de ses clients.
Après Babysitting et sa suite, Philippe Lacheau et sa bande progressent dans le registre du gag transgressif et parodique. Plus réussi et mieux filmé (adieu l’énervante mise en scène au shaker façon vidéo amateur), Alibi.com offre de nombreux passages gonflés et incorrects qui s’avèrent réjouissants même s’ils tapent souvent au-dessous de la ceinture.
Un humour débridé bizarrement parasité par la mièvrerie de certaines scènes sentimentales que l’on croirait sorties d’un épisode de Camping Paradis ou de Joséphine Ange Gardien. Voulus ou involontaire, ces moments pathétiques plombent un peu le rythme trépidant de l’ensemble.
Malgré ces baisses de régime, une chose est sûre : Alibi.com devrait faire le bonheur de tous ceux qui n’aiment ni les enfants, ni les bichons à sa mémère.

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CINQUANTE NUANCES PLUS SOMBRES de James Foley (2017)

Affiche du film 50 nuances plus sombres
Toujours produit par Univers sale, le bien nommé, la suite de Cinquante nuances de Grey annonce d’entrée sur son affiche « Plus aucune règle ».
Ça commence bien !
Anastasia Steele serait-elle enceinte, voire déjà ménopausée ?
Rien de tout ça, rassurez-vous. La belle semble même en avoir fini avec son herpès labial (elle ne se mordille plus la lèvre inférieure) ainsi qu’avec le riche bellâtre brun Christian Grey.
Elle travaille aujourd’hui comme assistante dans une maison d’édition sous la direction d’un autre bellâtre, blond celui-là, qui se dit intello et que l’on suppose éditeur. La preuve, il se promène dans son bureau avec un crayon coincé sur l’oreille.
Le plus inquiétant c’est que ce type s’appelle Hyde et que la godichonne (en un seul mot) n’a, semble-t-il, jamais lu de roman de Stevenson. Pas méfiante pour deux sous, va-t-elle tomber entre les griffes de ce pervers ?
C’est sans compter sur le retour inopiné (en un seul mot) de Christian.
S’il y a des nuances plus sombres dans ce film, elles sont foutrement bien cachées.
Ici, tout n’est que luxe, « glam » et vacuité.
C’est peu dire qu’il ne se passe rien. Quasiment aucune action (du vin jeté au visage, une voiture peinturlurée et le crash escamoté d’un hélicoptère) au milieu d’un océan de dialogues ineptes.
Lorsque Christian propose un repas à Anastasia pour tenter de la reconquérir, elle ne trouve rien de mieux que de lui dire : « Très bien, je vais dîner avec toi parce que… j’ai faim ».
Et quand – enfin !!! – il la conduit à un lit encore toute habillée, la belle empressée exprime son désarroi par un saisissant : « Je suis trop couverte ! ».
Pour le reste, Anastasia se contente de terminer ses phrases par des petits « Oh, my god ! » censées illustrer son trouble à chaque fois que Monsieur lui déballe tout son matériel.
Les fameuses boules de Geisha notamment, dont la gentille oie blanche à peur qu’elles ne finissent dans son derrière. Heureusement, en bon mâle dominant, Christian va vite lui faire comprendre que ses craintes sont sans fondement et que ce n’est pas demain qu’elle se fera appeler Anustasia.
Dès lors, elle ne s’effraie même plus lorsqu’il recommence à vouloir contrôler sa vie et qu’il lui avoue ne pas être pervers, juste sadique ! Le pauvre garçon fait payer aux soumises qu’il fesse un traumatisme de sa petite enfance.
Rassurée sur son comportement équilibré, Anastasia peut maintenant accepter sans crainte sa demande en mariage. D’autant que Chrichri la bricole n’arrête pas de la surprendre, lui faisant même découvrir – dans une cabine d’ascenseur bondée – qu’elle possède sous la jupe un bouton privé lui permettant de monter au septième… ciel. Oh my god !

Anastasia et Christian sont dans un ascenseur
Autour du couple mal assorti que forment Jamie Dornan et Dakota Johnson, le reste de la distribution est franchement pathétique. La palme revenant à Kim Basinger, méconnaissable avec son visage figé et inexpressif.
Botox ou abus de sperme sur le visage ? La question reste en suspens pour celle qui joue le rôle d’une patronne d’un salon de coiffure qu’elle a appelé : Esclava !
De quoi faire bouillir un peu plus l’esprit de ces dames qui lisent E.L. James sous leurs casques de coiffure.
Avec sa jeune ingénue, son homme très riche et ses scènes de sexe plus cucul que panpan… Ces « Harlequinades » cinématographiques n’ont vraiment rien de bandant !

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MY OLD LADY de Israël Horovitz (2015)

Affiche du film My old lady
Un américain divorcé et fauché (nommé Mathias Gold !) arrive à Paris pour prendre possession d’un héritage : un bel hôtel particulier situé dans le Marais.
Mais la somptueuse bâtisse est déjà occupée par Mathilde, une vieille dame de 92 ans, à qui son père avait acheté la demeure en viager.
Maggie Smith, Kevin Kline et Kristin Scott Thomas. Avec un tel trio, Israël Horovitz avait de quoi tiré un film plein d’esprit. Malheureusement, le résultat est aussi vieillot que la lady du titre et l’on peine à s’intéresser aux traumatismes familiaux des trois protagonistes.
L’intrigue, poussive, tombe rapidement dans le cliché parisien avec ses images de carte postale, sa musique à l’accordéon et ses comédiens français – Dominique Pinon, Stéphane Freiss, Noémie Lvovsky – qui jouent si bien les utilités pittoresques avec leur petit accent frenchy.
Face à eux, Kevin Kline ne sait s’il doit rire ou pleurer et tente d’oublier comme il peut, le goulot d’une bouteille vissé aux lèvres, que Maggie Smith joue devant lui en robe de chambre et charentaises. Quant à Kristin Scott Thomas, elle erre sans conviction dans les couloirs de la vaste demeure ou dans les rues de Paris tentant, vainement, d’apporter un peu de vie à ce drame d’un autre âge.
My old movie !

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L’HOMME IRRATIONNEL de Woody Allen (2015)

Affiche du film L'homme irrationnel
Synopsis : Source Allociné

Professeur de philosophie, Abe Lucas est un homme dévasté sur le plan affectif, qui a perdu toute joie de vivre. Il a le sentiment que quoi qu’il ait entrepris – militantisme politique ou enseignement – n’a servi à rien.Peu de temps après son arrivée dans l’université d’une petite ville, Abe entame deux liaisons. D’abord, avec Rita Richards, collègue en manque de compagnie qui compte sur lui pour lui faire oublier son mariage désastreux. Ensuite, avec Jill Pollard, sa meilleure étudiante, qui devient aussi sa meilleure amie. Si Jill est amoureuse de son petit copain Roy, elle trouve irrésistibles le tempérament torturé et fantasque d’Abe, comme son passé exotique. Et tandis que les troubles psychologiques de ce dernier s’intensifient, Jill est de plus en plus fascinée par lui. Mais quand elle commence à lui témoigner ses sentiments, il la rejette. C’est alors que le hasard le plus total bouscule le destin de nos personnages dès lors qu’Abe et Jill surprennent la conversation d’un étranger et s’y intéressent tout particulièrement. Après avoir pris une décision cruciale, Abe est de nouveau à même de jouir pleinement de la vie. Mais ce choix déclenche une série d’événements qui le marqueront, lui, Jill et Rita à tout jamais.

Voilà un synopsis à l’image de cet Homme irrationnel, aussi long que creux.
En réalisant un film par an, Woody Allen est devenu au cinéma ce qu’Amélie Nothomb est à la littérature, un passage obligé qu’il est bon d’aimer avant d’être vite oublié.
Ce nouvel opus ne fait pas exception à la règle et propose une intrigue simplette prétexte à beaucoup de blabla qu’alourdissent deux voix off. Le tout entrecoupé de morceaux de jazz.
Joaquin Phoenix et Emma Stone en font des tonnes pour compenser un récit sans intérêt sur les affres existentielles qui vire, par un prétexte factice, à la comédie policière un peu noire.
Une agaçante désinvolture qui serait loin de faire l’unanimité si elle n’était pas associée au nom de Woody Allen.

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