SAINT AMOUR de G. Kervern et B. Delépine (2016)

Affiche du film Saint Amour
Jean déprime de voir son fils Bruno se désintéresser de l’exploitation familiale et profiter du salon de l’agriculture pour se saouler dans une route des vins improvisée.
Pour tenter de se rapprocher de lui, Jean l’entraîne sur la vraie route des vins en compagnie de Mike, leur jeune chauffeur de taxi.
Après Mammuth, Gustave Kervern et Benoît Delépine lancent Depardieu, toujours aussi rond et généreux, dans un nouveau périple gouleyant auquel ils convient un Benoît Poelvoorde bien corsé et un Vincent Lacoste primeur très canaille malgré sa jeunesse.
Grâce à la subtile alliance de ces trois crus d’exception, le duo de réalisateurs retrouve une typicité, mélange d’épicurisme et de satire sociale, qui s’était un peu éventée avec Le grand soir et Near Death Experience.
Se présentant sous forme de sketchs à l’humour plutôt charpenté, Saint Amour pétille joyeusement lorsque Poelvoorde se met en tête d’expliquer à Vincent Lacoste les « 10 stades de l’alcool » ou lors d’une nuit bien chambrée en compagnie de Michel Houellebecq.
Si le breuvage ne fait pas toujours dans le vin en dentelle et à quelques longueurs en bouche, il fait le plus souvent mouche et débouche sur de beaux moments de tendresse et d’émotion (les messages que laissent Jean à sa femme) dessinant, avec beaucoup de justesse, les relations parfois complexes entre un père et son fils.
Un bon millésime qui fait souffler un vent de liberté sur le cinéma français, réjouit les zygomatiques et dont les femmes – au cœur de chaque étape du périple – sont le sublime bouquet. Car, en plus du vin, Saint Amour est aussi un récit d’apprentissage sur le cœur des femmes.
Messieurs Kervern et Delépine ne changez rien.
Et surtout : « Bonne continuation ! ».

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LE TOUT NOUVEAU TESTAMENT de Jaco van Dormael (2015)

Affiche du film Le tout nouveau testament
Dieu est belge, habite à Bruxelles et se comporte comme un sale con avec sa femme, sa fille de dix ans (qu’il garde enfermées dans un appartement miteux) et l’humanité toute entière.
Excédée par ses brimades, la jeune Ea décide de faire une fugue après s’être vengée de son père en dévoilant par SMS les dates de décès de chaque personne sur terre.
Si les voies du seigneur sont impénétrables, celles de Jaco van Dormael le sont tout autant.
Car une fois posé son amusant postulat de départ, le cinéaste ne semble plus trop savoir comment prêcher sa bonne parole.
Alors, il emprunte un peu de l’évangile du cinéma selon saint Jean-Pierre Jeunet pour ce qui est de la mise en scène et tente de mélanger épitre et pitrerie sans parvenir à multiplier les gags.
Benoît Poelvoorde, en roue libre, est loin d’être en odeur de sainteté. Tandis qu’une certaine gêne s’installe en voyant Yolande Moreau et surtout Catherine Deneuve perdre leur âme pour se complaire dans un humour domestique ou zoophile un peu poussiéreux et pas vraiment au poil.
Un Tout nouveau testament, bien dans l’air du temps, qui semble tout droit sorti de la Sélection du Reader’s digest et se résume à une quête sans réelle importance d’un évangéliste et de six apôtres. Tout cela pour nous resservir, in fine, l’éternel cantique de La femme est l’avenir de l’homme (et cela en dépit de ses goûts de chiotte).
Mieux vaut réécouter la bonne parole de Jean Ferrat !

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BRÈVES DE COMPTOIR de Jean-Michel Ribes (2014)

Affiche du film Brèves de comptoir
Une journée au café l’Hirondelle de l’ouverture, tôt le matin, à sa fermeture à 22h30. Entre le défilé incessant des habitués éméchés et le ballet permanent des bières qui s’écoulent jusqu’au cimetière voisin.
Du patron aux clients, tous ont quelque chose à dire pour le meilleur et surtout pour le pire !
Il y a des cuvées qui, sur l’étiquette, titillent les papilles et qui, une fois en bouche, râpent sévèrement le palais.
Les Brèves de comptoir de Jean-Michel Ribes font malheureusement partie de ce millésime un peu lourd en bouche. Tirée des recueils homonymes de Jean-Marie Gourio, cette ode cinématographique dédiée à la pensée biturée tient plus de l’assemblage approximatif que du grand cru.
Mal fermentée et surtout très fade, la mise en scène de Ribes se gargarise de sa fameuse liqueur verbale qu’elle sert à plus soif sans se soucier du spectateur qui n’a guère le temps de l’apprécier.
Les répliques frappées au coin du bon sens et du comptoir s’enchaînent, passant sans transition du vin Bourru au gros qui tâche et de la Cuvée Prestige à la Piquette Véritable.
Et c’est non sans amertume que l’on assiste à la cuite collective d’une bande d’acteurs qui ne manquent pourtant pas de bouteille, tous noyés dans les effluves d’un scénario prétexte mal charpenté.
Bref, si l’Hirondelle ne fait pas le printemps, elle ne fait pas non plus dans la comédie frappée. Et si rien ne bouge côté texte, pour le reste tout fout le camp et s’étire inconsidérément.
Visiblement, le cinéaste a oublié le fameux dicton qui dit que les plus brèves sont les meilleures.

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UNE VIEILLE MAÎTRESSE de Catherine Breillat (2007)

Affiche du film Une vieille maîtresse
1835. La marquise de Flers s’apprête à marier sa petite fille à un jeune noble dont la réputation de dandy libertin l’inquiète. Le temps d’une nuit, Ryno de Marigny va tenter de rassurer la vieille dame en lui racontant comment il a mis fin à dix années de passion dévorante avec une sulfureuse et possessive Malagaise : La Vellini.
Beau ratage plus que bel hommage, l’adaptation par Catherine Breillat du roman de Barbey d’Aurevilly sonne faux et sent le renfermé.
Sans doute pour compenser un sérieux manque de moyens et un choix de décors restreints, la réalisatrice tente de sauver les meubles (pas toujours d’époque) par une mise en scène « en coin » qui étouffe son cadre et bride son inventivité.
On a donc droit à un coin de balcon dans un théâtre, un coin de rue avec immeubles d’époques, un coin de miroir donnant sur l’angle d’un salon à la décoration XIXème, un improbable coin de forêt censé représenter le bois de Boulogne, un coin de jardin avec trois coussins et un narguilé pour illustrer l’exotisme de La Vellini et un ridicule coin de dune – avec sa tente – qui semble tout droit sorti du désert de sable d’Ermenonville pour nous faire croire au désert algérien. Coincé dans ce carcan formel, la mise en scène se limite le plus souvent à des champs-contrechamps noyés de dialogues qui agacent plus qu’ils ne transportent.
Avec ses grosses lèvres de bébé boudeur et ses traits féminins, Fu’ad Ait Aattou n’impressionne guère. Difficile de voir, dans cet ex mannequin reconverti en acteur, le séducteur cynique et expérimenté dont le tout Paris se fait l’écho. Face à lui, Asia Argento, qui a poussé le réalisme viril jusqu’à fumer le cigare et se laisser pousser les poils sous les bras, convainc un peu plus. Effectivement laide et sulfureuse, elle campe plutôt bien cette ibère passionnée. Du moins, tant qu’elle ferme la bouche. Car avec son fort accent italien, elle s’exprime en français comme une vache espagnole (ceci explique peut être cela) et rend incompréhensible une bonne partie de ses répliques. Et pour parler… elle parle la diva. Même pendant ses parties de jambes en l’air que Catherine Breillat filme comme des tableaux érotiques pompeux et ridicules.
Le reste de la distribution ne relève pas le niveau.
Claude Sarraute, en vieille carne confite affalée sur un sofa, est aussi horripilante qu’à la télé. Quant à Yolande Moreau et Michael Lonsdale, ils débitent leurs dialogues avec l’air résigné de l’acteur qui se sait grotesque dans un rôle et un costume aux relents de naphtaline.
Les présences anecdotiques de la vieille garde de Breillat – d’Amira Casar à Anne Parillaud – en passant par l’apparition risible et anachronique de Lio en chanteuse de salon, ne changent rien à l’affaire, cette vieille maîtresse est décidément bien plus grotesque que torride.

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LE GRAND SOIR de G. Kervern et B. Delépine (2012)

Affiche du film : Le Grand Soir
Tout oppose Benoît (qui s’est rebaptisé NOT) à son frère Jean-Pierre.
Le premier fait la manche et est le plus vieux punk à chien d’Europe tandis que l’autre est vendeur de literie dans une grande zone commerciale.
Mais lorsque Jean-Pierre perd son emploi, leurs différents finissent par s’estomper. Les deux frères décident alors de s’unir dans l’hypothétique espoir d’un Grand Soir.
Après la réussite qu’était Mammuth, c’est peu de dire que le nouveau film du tandem Kervern et Delépine était attendu avec impatience. Que les inconditionnels de leur humour absurde et décalé se rassurent Le Grand Soir conserve la même verve sociale ainsi que la même radicalité au niveau de la mise en scène. Une mise en scène à l’encontre des modes qui préfère l’agitation dans un plan fixe plutôt que le vide dans une image qui s’agite.
Plus qu’un appel révolutionnaire à la Louise-Michel, Le Grand Soir se penche sur la difficulté des gens à se faire entendre et à communiquer les uns avec les autres : dans la société en général (voir l’hilarante scène où un vigile – joué par l’excellent Bouli Lanners – parle pour ne rien dire avec le père des deux héros) et dans la famille en particulier. Le premier plan du film, qui met en scène un époustouflant dialogue de sourd entre les deux frères et leur père, résume d’ailleurs parfaitement cette idée.
Chacun vit dans sa petite bulle, en se contentant d’un bonheur factice, guidé par les enseignes des grandes marques et des supermarchés.
Pas dupes, les deux cinéastes montrent aussi que tenter de vivre en dehors du système, comme le fait NOT, n’apporte pas non plus le bonheur. Le cri de révolte que pousse le punk fatigué au micro de la grande surface est à ce titre un émouvant constat d’échec. De même que la visite de Jean-Pierre à son ex femme et à sa petite fille laisse un goût amer.
L’onirisme et la nostalgie de Mammuth ont laissé place à une satire teintée de tristesse et de désillusion à laquelle Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel donnent énergie et ambigüité. Pour leur premier grand rôle chez Kervern et Delépine (après une série d’apparitions ou de personnages secondaires), les deux comédiens – que personne n’avait jusqu’à présent pensé à réunir dans un même film – font des étincelles.
Pourtant, malgré l’inventivité de la mise en scène et l’évidente qualité de l’ensemble de la distribution, Le Grand Soir n’est pas dénué de quelques baisses de régime dans sa dernière partie et semble moins abouti que les précédents films du tandem. La faute a un scénario sans réel enjeu dramatique qui ne débouche sur rien et laisse le spectateur sur sa faim.
Sans doute le prix à payer pour ne pas avoir un film « aux normes » et rendre compte, au mieux, du bonheur insatisfait que procure notre société de con…sommation.

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MAMMUTH de G. Kervern et B. Delépine (2010)

Affiche du film Mammuth
Les tribulations excentriques et motorisées d’un nouveau retraité à la poursuite de ses trimestres oubliés…
Avec Mammuth, Gustave Kervern et Benoît Delépine reprennent la voie qu’ils avaient brillamment tracée dans Louise-Michel. Celle d’un cinéma social et expérimental qui, s’il ne fait pas toujours dans la dentelle, est porté par sa mise en scène inventive et audacieuse.
Si l’humour « Groslandais » et le goût pour l’absurde des deux hommes est bien au rendez-vous, portés par la formidable bande d’acteurs qui les accompagne de film en film, l’arrivée de Gérard Depardieu (et dans une moindre mesure celle d’Isabelle Adjani) vient modifier imperceptiblement leur univers décalé. Il faut dire qu’au contact du comédien tout prend des proportions énormes. Doux et bedonnant, sous sa longue crinière blonde décolorée, l’acteur ouvre ses yeux, ouvre ses narines, ouvre ses bras et ouvre son cul sans retenue (la scène des retrouvailles avec son cousin risque d’en surprendre plus d’un !).
Mais en se donnant de la sorte, il offre un véritable bol d’air aux deux réalisateurs qui imprègnent leur film d’un onirisme discret et d’une nostalgie inattendue. Petit à petit, la quête des points perdus devient réflexion sur le temps passé.
Une cure du souvenir pour mieux rebondir.
Si la rencontre entre Gérard Depardieu et Yolande Moreau produit effectivement les étincelles attendues, celles plus brèves entre Gérard Depardieu et Isabelle Adjani sont carrément insolites et émouvantes.
De là à dire que le couple Kervern/Delépine se bonifie de film en film, il n’y a qu’un pas…
Allez, pour fêter ça, que diriez-vous d’entamer avec eux un puzzle de 2000 pièces tout en engloutissant un gros paquet de chips ?
Santé, les gars !

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ENFERMÉS DEHORS d’Albert Dupontel (2006)


C’est un peu déçu que l’on sort du dernier film d’Albert Dupontel.
Déçu parce que le comédien/réalisateur suscite la sympathie et que ses prises de position vis à vis des sans abri et des marginaux témoignent d’un engagement qui dépasse le simple cadre de la sempiternelle promotion convenue du tout venant cinématographique.
Mais des idées généreuses suffisent-elles à faire un bon film ?
A priori non.
Bien sûr, le film est sympathique.
Les comédiens y sont pour beaucoup qui dégagent une énergie et un enthousiasme communicatif. Albert Dupontel en tête, merveilleusement secondé par Yolande Moreau, Claude Perron, Bruno Lochet et l’ensemble de la distribution.
Certaines trouvailles sont fort drôles et font parfois mouche, comme la découverte par Roland (le SDF interprété par Albert Dupontel) de la cafétéria du commissariat, véritable caverne d’Ali Baba débordante de victuailles.
Les gags façon dessin animé donnent également à Enfermés dehors un rythme singulier et décalé qui le démarque du reste des comédies actuelles.
Mais toutes ces bonnes idées n’arrivent malheureusement pas à compenser un scénario un peu foutraque, filmé à la va comme je te pousse !
Car si le Albert Dupontel comédien fait montre d’un bel enthousiasme, le Albert Dupontel réalisateur convainc moins.
Il confond bien souvent mise en scène énergique et images secouées en tous sens comme si le cameraman était atteint de la danse de Saint-Guy.
Bref, même si au début l’effet est amusant, répété à longueur de film le procédé devient usant !
Et la musique, gueularde à souhait, n’arrange rien à la chose.
Sur le thème similaire des sans domicile fixe, il vaut mieux revoir l’excellente (et méconnue) comédie de Mel Brooks : Chienne de vie.

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