LES SORCIÈRES DE SALEM de Raymond Rouleau (1957)

Affiche du film Les sorcières de Salem
Au XVIIe siècle, près de Salem dans le Massachusetts, une jeune servante pratique la sorcellerie pour se venger de sa patronne qui l’a chassée en raison de sa liaison adultère avec son mari. Surprise en plein sabbat avec d’autres jeunes filles du village, la jeune femme sème le trouble dans la population et se fait passer pour une victime.
Influençant ses compagnes et le tribunal créé pour l’occasion, elle va faire condamner à mort de nombreuses personnes de son entourage en les désignant comme des sorcières…
Cette adaptation par Jean-Paul Sartre de la pièce de théâtre d’Arthur Miller qui, sous couvert d’un évènement historique fustigeait le maccarthysme et sa chasse aux sorcières communistes, reste encore aujourd’hui d’une troublante actualité grâce à ses différents niveaux de lecture.
Critique du puritanisme qui, à force de vertu et de rigorisme, finit par pervertir ses adeptes, manipulation d’une communauté à des fins personnelles plus que religieuses, aveuglement borné des hommes, et de leur justice, qui n’apprennent pas de leurs erreurs passées…
Le dramaturge brosse un portrait peu reluisant de l’être humain que seul l’amour, sincère et véritable, semble pouvoir être en mesure de sauver.
Des thématiques qu’illustre trop sagement le réalisateur qui s’est attribué, au passage, le personnage le moins sympathique, celui de l’intraitable gouverneur Danforth.
Plus préoccupé par sa direction d’acteurs que par sa mise en scène, très académique et théâtrale, Raymond Rouleau réussit toutefois une stupéfiante scène de sabbat qui contraste avec le reste du film et marque les esprits.
En homme frustré et tourmenté par ses désirs qui retrouve peu à peu sa fierté, Yves Montand est plutôt convaincant. Simone Signoret, plus effacée, l’est beaucoup moins.
Photo de Yves Montand et Mylène Demongeot
Des prestations qui paraissent datées face à la modernité du jeu de Mylène Demongeot. Tour à tour sulfureuse, inquiétante et émouvante, elle semble littéralement possédée par son personnage et trouve là un de ses meilleurs rôles.
Les sorcières de Salem est un film rare, servi par une excellente troupe de comédiens, qui mérite d’être redécouvert.

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LES ANIMAUX FANTASTIQUES de David Yates (2016)

Affiche du film Les animaux fantastiques
Voyant sans doute qu’elle peine à transposer de façon convaincante les super-héros DC Comics au cinéma, la Warner revient à l’une de ses sagas les plus emblématiques (et les plus lucratives) pour remplir ses caisses. Toutefois, plutôt que de nous servir la suite tant espérée des aventures d’Harry Potter, J.K. Rowling, en charge du scénario, préfère s’intéresser à une aventure se déroulant bien avant la naissance du petit sorcier.
L’histoire de Norbert Dragonneau, timide magicien anglais (un peu tête en l’air également puisqu’il se déplace en bateau au lieu de « transplaner ») qui débarque à New-York en 1926 avec une valise remplie de créatures fantastiques alors que la communauté américaine des sorciers risque d’être démasquée par les « Non-maj’ » (les « Moldus » américains).
L’auteure de la saga Potter contourne habilement le problème de la suite inutile et mercantile en proposant un univers étendu à son Cottage magique, un dépaysement en terre inconnue tout en restant en terrain connu.
Du côté des idées, il y est toujours question d’obscurantisme et de choix à faire entre le bien et le mal.
Côté décor, par contre, c’est bizarrement la reconstitution du New-York des années 20 qui est la plus bluffante face au monde parallèle des sorciers américains qui, cette fois, paraît plus terne.
Le Congrès Magique des États-Unis d’Amérique semble d’ailleurs s’inspirer de l’univers froid du Brazil de Terry Gilliam. Un univers de bureaucrates de la baguette que Norbert Dragonneau vient dynamiter avec son joyeux bestiaire. Grâce à sa valise et à l’interprétation inspirée de Eddie Redmayne, Les animaux fantastiques ne manque pas de charme. Un charme qui, comme pour le pendant anglais, repose autant sur les trouvailles féériques que sur la qualité des comédiens recrutés. Il ne fait aucun doute qu’avec Jacob Kowalski et Tina Goldstein (Dan Fogler et Katherine Waterston, excellents tous les deux), Norbert trouve son Ron et son Hermione.
Dommage que cette nouvelle saga n’ait pas trouvé, quant à elle, de réalisateur à la hauteur et continue d’employer celui des quatre derniers Harry Potter. David Yates se contente, encore une fois, d’illustrer platement un récit qui a parfois tendance à se perdre dans l’exposition des nombreux personnages sans que l’on sache vraiment de quoi il retourne.
Ces réserves faites, Les animaux fantastiques reste un très bon divertissement qui donne envie de poursuivre le voyage en compagnie de Norbert Dragonneau, histoire d’en apprendre davantage sur le monde merveilleux des sorciers qui n’a pas encore épuisé tous ses sortilèges.

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MACBETH de Justin Kurzel (2015)

Affiche du film Macbeth
L’Écosse au XIème siècle.
Exalté par la prédiction de trois sorcières lui annonçant qu’il deviendrait roi, Macbeth, chef de guerre victorieux, complote avec l’aide de sa femme pour accéder au trône.
Mais ce pouvoir si convoité va bientôt le rendre fou…
C’est effectivement une tragédie que de voir Justin Kurzel jouer les artistes poseurs en adaptant la célèbre pièce de Shakespeare.
Une tragédie également que de devoir subir sa mise en scène chichiteuse qui force sur les brouillards artificiels, les filtres colorés et l’hémoglobine bon marché.
Mais si le traitre parvient à dénaturer la force du propos, en abusant de ralentis et de mouvements de caméra aussi inutiles qu’alambiqués, c’est en vain qu’il tente de masquer la beauté des Highlands. Un décor majestueux où erre comme un acteur en peine – et en chemise de nuit – un Michael Fassbender hagard et peinturluré qui éructe, grimace, bave et crie comme un possédé.
A ses côtés, Marion Cotillard campe une insipide Lady Macbeth qui semble n’avoir été placée là que pour exploiter sa propension aux larmes et à la morve facile, déjà à l’œuvre dans Les petits mouchoirs.
Interminable et pourtant insignifiant, ce film se révèle plus Macbête que Macbeth.

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LE CHASSEUR ET LA REINE DES GLACES de Cedric Nicolas-Troyan (2016)

Affiche du film Le chasseur et la reine des glaces
Nous ne savions pas tout, hélas…
Avant qu’il ne vienne en aide à Blanche-Neige, le chasseur était tombé amoureux d’une jeune femme sans le consentement de la reine des glaces, la frigorifique Freya.
Exilé, il en a profité pour régler son compte à la reine Ravenna (dans Blanche-Neige et le chasseur). Pas de bol, il doit aujourd’hui faire face à la vengeance de Freya, bien décidé à récupérer le miroir magique de sa grande sœur.
Il y a toujours quelque chose de déglingué au pays des contes de fées…
Mais où sont donc passées les hideuses sorcières de notre enfance ? Pas dans cette suite où elles ont toutes des têtes de top-modèles.
Affiche du film avec Freya et Ravenna Charlize Theron, toute dior vêtue, est loin d’être un laideron.
Quant à Emily Blunt, elle ne laisse pas de glace.
Tant de beautés réunies rendent définitivement consensuelle cette production déjà bien aseptisée.
D’autant que le chasseur aime les fadasses (ça pourrait faire un bon titre pour un troisième film, non ?), puisqu’après Kristen Stewart – qui heureusement ne rempile pas – le grand dadais blond à l’humour balourd s’amourache de la jolie, mais inexpressive, Jessica Chastain.
Bref, à défaut d’avoir du cœur, c’est une fable industrielle que l’on nous sert sur un plateau avec son lot de bons sentiments et de combats filmés à la hache.
Si seulement ce pouvait être un solde de tout… conte.

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LE DERNIER CHASSEUR DE SORCIÈRES de Breck Eisner (2015)

Affiche du film Le dernier chasseur de sorcières
Au moyen-âge, un chasseur de sorcières est condamné par leur reine à vivre éternellement.
800 ans plus tard, Kaulder poursuit son combat dans les rues de New York et à la charge de faire respecter un pacte de non-agression entre humains et sorcières. Mais la mort de son meilleur ami, victime d’une puissante magie noire, va rompre ce fragile équilibre et faire ressurgir des sortilèges qu’il croyait disparu.
Pas de quoi brûler ce film sur le bûcher, ni le soumettre à la question.
La mise en scène fonctionnelle de Breck Eisner n’a vraiment rien de sorcier, les effets numériques sont à peine magiques et les comédiens n’ont rien d’enchanteur.
Elijah Wood, complètement hagard, semble sortir d’une variante de Mon curé chez les Hobbits.
Michael Caine, qui joue les utilités de luxe, à l’honneur de prononcer la seule réplique amusante du film.
Rose Leslie, nouvelle transfuge du Trône de fer, n’a visiblement été choisie que pour sa chevelure rousse.
Quant à Vin Diesel, il reprend son éternel rôle de gros bras xXx avec, cette fois, un balai… dans le cul. Ce qui ne l’empêche pas, à la fin du film, de faire un gros clin d’œil à sa franchise à base de grosses cylindrées, annonçant un possible Witch & Furious ?
« Que la chasse commence » annonce l’affiche de ce spectacle standardisé.
Un conseil, contentez-vous de la tirer !

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HARRY POTTER ET LE PRISONNIER D’AZKABAN de Alfonso Cuaron (2004)

Affiche du film Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban
Pour sa troisième année à l’école de Poudlard, Harry Potter doit faire face à un nouvel adversaire : Sirius Black.
Ce dangereux criminel, évadé de la sinistre prison d’Azkaban, aurait l’intention de le tuer après avoir, autrefois, livré ses parents à Lord Voldemort.
Pour le jeune sorcier, le temps est compté s’il veut éclaircir ce mystère et venger les siens. D’autant que les geôliers d’Azkaban, les dangereux Détraqueurs, rôdent autour de l’école de magie, bien décidés à capturer le fugitif.
Des huit films tirés des romans de J.K. Rowling, Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban est certainement la meilleure adaptation des aventures du jeune magicien.
Avec le passage d’Harry et de ses camarades dans le monde de l’adolescence, Alfonso Cuaron inscrit son film dans une tonalité plus sombre que les deux précédents opus tout en apportant une touche de modernité qui tranche avec l’univers propret des films de Chris Columbus. Une transformation que le cinéaste aborde avec finesse en mêlant subtilement humour et noirceur.
Loin d’illustrer platement le roman dont il a hérité, comme le feront par la suite ses successeurs, Cuaron s’amuse à jouer avec les artifices du cinéma (fermeture et ouverture à l’iris entre deux scènes, éclairages inquiétants et jeux d’ombre) et donne un véritable style à son film.
Il soigne particulièrement ses ambiances et compose plusieurs scènes nocturnes à l’atmosphère cauchemardesque (la fuite d’Harry Potter de chez les Dursley, l’apparition du Détraqueur dans le train) qui symbolisent – mieux que par des mots – les troubles qui assaillent Harry : son passage de l’insouciance de l’enfance aux angoisses et questionnements de l’adolescence.
Le temps ayant une grande importance dans cette nouvelle histoire, le réalisateur marque habilement le changement des saisons grâce aux interventions percutantes du saule cogneur. Tandis qu’à l’humour gentillet des débuts, Cuaron préfère les gags proches du burlesque (la tante Marge qui gonfle comme un ballon) ou de l’absurde (la brève confrontation entre la femme de ménage du Chaudron Baveur et l’occupant invisible d’une des chambres).
La distribution exclusivement anglaise continue de faire la force de cette franchise. Et si, dans le rôle de Dumbledore, Michael Gambon n’a pas l’œil aussi malicieux que celui de Richard Harris (décédé après le tournage de Harry Potter et la chambre des secrets), l’arrivée de Emma Thompson, David Thewlis et surtout de Gary Oldman aux côté d’Alan Rickman et de Maggie Smith contribue grandement au plaisir que l’on prend au spectacle.
Méfait – parfaitement – accompli !

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LE MONDE FANTASTIQUE D’OZ de Sam Raimi (2013)

Affiche du film Le monde fantastique d'Oz
Kansas. 1905.
Dans un petit cirque itinérant, Oscar Diggs, un saltimbanque charmeur et filou, se sauve précipitamment en montgolfière pour échapper à un mari jaloux et musclé. Emporté par une gigantesque tornade, il atterrit dans un monde fantastique qui attend désespérément l’arrivée d’un sauveur : un grand magicien tombé du ciel.
Avec Le monde fantastique d’Oz, Sam Raimi nous offre un divertissement familial aussi intelligent que dépaysant, tout en parvenant à marier harmonieusement trucages à l’ancienne et effets numériques récents.
Le résultat (porté par une très belle partition de Danny Elfman) est magnifique, entre idées neuves et nombreux clins d’œil. Car le film de Raimi, précédent l’intrigue du Magicien d’Oz (1939), est tout autant une relecture des romans de Baum qu’un hommage au film de Victor Fleming.
Tout comme Le magicien d’Oz, Le monde fantastique d’Oz débute dans un Kansas en noir et blanc avant de passer à la couleur (ainsi qu’au grand écran et à la 3D) dès que le magicien arrive dans le monde merveilleux d’Oz. Univers chatoyant rappelant les grandes heures du technicolor dont bénéficia en son temps le film de Fleming. Et, comme pour Dorothy, l’aventure d’Oscar Diggs est avant tout un parcours intérieur, un voyage initiatique qui le fera se révéler à lui-même.
Dans le rôle principal, James Franco est un parfait charlatan, réussissant à être dans un même plan aussi veule et cupide que séduisant et sympathique. Face à lui, Mila Kunis et Rachel Weisz (toutes deux superbes) s’en donnent à cœur joie en sorcières. Mila Kunis, surtout, qui apporte un peu d’humanité et d’émotion à son célèbre personnage qui aurait pu être d’une seule pièce.
Seule, Michelle Williams déçoit. Un peu trop fade dans le rôle de Glinda, la bonne sorcière. Ce qu’était déjà, cela dit, le personnage dans la version de 1939. Une petite déconvenue que font oublier les deux adorables compagnons de voyage du magicien : un singe volant habillé en groom et une jolie petite poupée de porcelaine auxquels le cinéaste parvient à donner une âme et une réelle épaisseur.
Quand on y réfléchit, qui d’autre que Sam Raimi pouvait raconter cette histoire ?
Oscar Diggs, c’est lui ! Et le parcours du magicien ressemble beaucoup à celui de ce cinéaste bricoleur qui se fit connaître avec Evil Dead (petit film d’horreur fauché mais plein d’idées) avant de devenir l’une des valeurs sûres d’Hollywood grâce à ses trois Spiderman.
Sam Raimi profite d’ailleurs du Monde fantastique d’Oz pour rendre un hommage appuyé aux débuts du cinéma, ainsi qu’aux attractions de fêtes foraines qui le précédèrent : magie, prestidigitation, lanterne magique, praxinoscope, théâtre d’ombres qu’il convie tour à tour, tout au long de son film. Véritable déclaration d’amour au pouvoir de l’image, de l’illusion et de l’imaginaire.

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