UN HOMME DE TROP de Costa-Gavras (1967)

Affiche du film Un homme de trop
1943. Une groupe de résistants attaque une prison pour libérer douze des leurs qui ont été condamnés à mort par les Allemands. De retour dans le maquis, ils découvrent qu’il y a un homme de trop parmi les évadés. Traitre ou simple prisonnier de droit commun ? Les maquisards vont devoir statuer sur son sort…
Un homme de trop reste l’un des films les plus méconnus de la riche filmographie de Costa-Gavras. Et c’est fort dommage car le cinéaste livre, dès son second film, un surprenant film de guerre dont les scènes d’action, efficaces et parfaitement maîtrisées, n’ont rien à envier à celles des productions américaines ou anglaises tournées à la même époque. Un film d’action doublé d’une intéressante réflexion sur le choix en temps de guerre. Le choix de ne pas avoir de camp. Mais aussi le choix d’obéir aux ordres, d’exécuter ou non un homme qui ne pense pas comme vous, d’être milicien ou résistant. Des choix qui s’avèrent le plus souvent fatals en période de conflit armé.
Le cinéaste livre aussi une représentation assez rare au cinéma de la vie des résistants dans le maquis pendant la seconde guerre mondiale. Il s’attarde sur la camaraderie qui les unit face à l’occupant en dépit de leurs différences d’opinions et ne se prive pas de quelques touches d’humour grâce aux excellents dialogues de Daniel Boulanger.
Pour donner vie à ces maquisards, le casting réunit par Costa-Gavras est d’ailleurs aussi impressionnant que la qualité des scènes d’action dans la production française d’alors et d’aujourd’hui. Tandis que la fin ouverte, sur un viaduc, fait intelligemment planer jusqu’au bout l’ambiguïté des thèmes qui sous-tendent tout le film.
Loin d’être une œuvre mineure, Un homme de trop à toutes les qualités d’un grand classique du film de guerre.

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ADORABLE MENTEUSE de Michel Deville (1962)

Affiche du film Adorable menteuse
Juliette ment !
A tous ! Tout le temps !
A sa sœur, à ses amis, à ses nombreux amants.
Mais ils lui pardonnent car Juliette est charmante.
D’ailleurs personne ne lui résiste.
Sauf ce voisin qui a une tête ennuyeuse, remplie de choses pas très drôles.
Il est amusant de constater que le titre du deuxième long métrage de Michel Deville contient déjà deux des thèmes majeurs de son cinéma : la séduction et la manipulation. Une œuvre où, bien souvent, les femmes mènent le jeu et ne s’en laissent pas conter.
Juliette est un peu la grande sœur de toutes les héroïnes qui jalonneront les films de Deville mais aussi une sorte d’alter ego du cinéaste. Tout comme le réalisateur, elle invente des histoires pour distraire son auditoire. Une activité qu’elle revendique comme un art. Elle le dit d’ailleurs à sa sœur Sophie : « Mentir (…) c’est amusant. C’est comme un roman. Seulement, au lieu d’écrire ce qu’on invente, on le vit. » Et de la vie, Juliette n’en manque pas grâce à la prestation enjouée de la belle Marina Vlady, ni Sophie jouée par la mutine Macha Méril. A elles deux, elles portent le film sur leurs épaules et lui impriment, dès les premières scènes, un rythme fluide et enlevé.
Une nouvelle fois, les brillants dialogues de Nina Companeez sonnent juste, rehaussés par la mise en scène élégante et très élaborée du cinéaste.
Mais, contrairement au huis clos de Ce soir ou jamais, Adorable menteuse s’ouvre cette fois sur le monde extérieur. De la campagne à Pigalle, on pense à Renoir et à son Déjeuner sur l’herbe (1959) mais aussi au polar noir américain avec lequel Deville semble moins à son aise (à la limite de l’onirisme, l’agression nocturne de Juliette par une bande de voyous ne convainc pas vraiment).
Entre classicisme et Nouvelle Vague, entre film d’auteur et film grand public, le jeune réalisateur trace sa route et impose sa vision du monde en marge des modes et des courants cinématographiques.
Dommage que la liberté de ton et l’inventivité de la réalisation ne parviennent pas à compenser un scénario bien trop léger. Aussi fantaisiste soit-elle, cette histoire d’amour entre un quarantenaire très sérieux et une ravissante poupée blonde est amenée d’une façon trop improbable pour être crédible, malgré le talent de Michel Vitold et de Marina Vlady.
On peut néanmoins voir dans cette Adorable menteuse, le brouillon du chef d’œuvre que sera huit ans plus tard L’Ours et la poupée, point d’orgue (avec Benjamin ou les mémoires d’un puceau) du marivaudage ludique orchestré par Michel Deville et Nina Companeez.

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BENJAMIN OU LES MÉMOIRES D’UN PUCEAU de Michel Deville (1968)


Benjamin, jeune garçon de 17 ans, vient trouver refuge chez sa tante, la comtesse de Valandry. Naïf et ignorant des choses de l’amour, il devra, bon gré mal gré, faire face aux assauts des femmes du château tout en suivant l’éducation libertine de l’amant de sa tante : le comte de Saint-Germain.
Benjamin ou le film des premières fois.
A l’instar de son personnage principal, Michel Deville, après quelques films de jeunesse ou de commande, s’émancipe et va développer (en compagnie de sa scénariste Nina Companeez) un style et des thèmes que l’on retrouvera de manière récurrente dans toute sa filmographie.
Il convie tous les arts au sein de sa mise en scène fluide et très élaborée :
La littérature tout d’abord : celle de l’éducation sentimentale et des mots/maux amoureux, de Marivaux à Laclos.
La peinture ensuite, et plus particulièrement celle de Watteau.
La musique enfin, avec Mozart, Haydn ou encore Rameau…
Dans cette joyeuse alchimie, il fait l’apprentissage de l’amoralité cinématographique et aborde, pour la première fois, les rivages du libertinage où séduction et manipulation vont souvent de pair.
Première approche de l’érotisme, donc, qui sous-tendra, de façon plus ou moins prononcée, une grande partie de ses films.
Un érotisme qui sied bien aux mœurs libertines du 18ème siècle mais qui, à l’époque de la sortie de Benjamin, pouvait aussi être un clin d’œil à la libération sexuelle que connaissait la France des années 60.
Première approche de la manipulation, ensuite. Ici, les personnages passent leur temps à mentir pour mieux se séduire.
Benjamin, quand il n’est pas abusé par son entourage, apprend l’art du mensonge. Sa tante, quand elle n’est pas désabusée, se ment à elle-même, espérant conserver son amant. De son côté, le comte dupe ses conquêtes pour mieux les séduire. Quant à Anne, elle dissimule ses sentiments au comte pour mieux le faire souffrir et l’attirer à elle. Femme manipulée et manipulatrice, Catherine Deneuve est le premier modèle des héroïnes qui traverseront toute l’œuvre du réalisateur de Péril en la demeure.
Le ton badin mais pas anodin de Benjamin amène, in fine, à ce qui sera une constante dans la filmographie de Michel Deville : la notion de jeu.
Dans ce ballet des faux semblants, les protagonistes passent leur temps à jouer entre eux et à se jouer des uns et des autres. Ils jouent à se mentir, à se séduire et finalement à se déshabiller comme dans la jolie scène entre Odile Versois et Pierre Clémenti. Tandis que le cinéaste s’amuse de la frustration du spectateur qui ne cesse de se demander si Benjamin parviendra enfin à ses fins.
La conclusion aura pour son héros le goût doux amer des premières fois et offrira au cinéaste l’occasion d’élaborer ce qui fera la force de son cinéma : une apparente légèreté où percent pourtant désenchantement et gravité. Sans doute ceux qui suivent la perte de l’innocence…

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SUREXPOSÉ de James Toback (1983)

Surexposé
Entre New York et Paris, un violoniste (Rudolf Noureev) ayant perdu sa maman dans un attentat veut se venger du méchant terroriste (Harvey Keitel) en utilisant comme appât une jeune gourde du Wisconsin (Nastassja Kinski) devenue par hasard mannequin vedette.
C’est sur cette trame fumeuse que James Toback cherche à nous entraîner dans un thriller qu’il veut labyrinthique tout en dénonçant la branchouille attitude des années 80.
Malheureusement, le réalisateur lui-même semble s’être perdu dans son dédale et fini par se vautrer dans cette branchitude qu’il voulait critiquer.
La pauvre Nastassja Kinski, si belle au naturel, se voit affublée d’horribles brushings choucroutés ou de cheveux gominés rehaussés d’un maquillage – à faire peur – typique de ces années là.
Une époque où le fin du fin gastronomique était d’aller manger au… McDonald !!! (Le film à au moins le mérite, certes involontaire, de nous le rappeler).
Bref, tout cela ne devait pas avoir grand intérêt à l’époque mais avec le temps, le film est carrément devenu ridicule. A l’image de cette scène où le musicien, interprété par un Rudolf Noureev insipide, joue un long morceau sur son violon pour le mannequin fasciné par sa virtuosité.
« Vous ne jouez rien d’autre avec autant de passion ? » lui dit-elle.
Pour toute réponse, le violoniste se met à passer son archet sur le corps de la jeune femme qui se pâme (on se demande bien pourquoi !) sous la « caresse ». S’en suit une improbable empoignade où Nastassja Kinski joue tant bien que mal la fougue amoureuse tandis que son partenaire semble être autant attiré par elle qu’un camionneur par un fer à friser.
Ajoutez à cela un Harvey Keitel qui cachetonne, un final bâclé et vous obtenez certainement un des plus gros navets de l’année 1983.

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