UN HOMME DE TROP de Costa-Gavras (1967)

Affiche du film Un homme de trop
1943. Une groupe de résistants attaque une prison pour libérer douze des leurs qui ont été condamnés à mort par les Allemands. De retour dans le maquis, ils découvrent qu’il y a un homme de trop parmi les évadés. Traitre ou simple prisonnier de droit commun ? Les maquisards vont devoir statuer sur son sort…
Un homme de trop reste l’un des films les plus méconnus de la riche filmographie de Costa-Gavras. Et c’est fort dommage car le cinéaste livre, dès son second film, un surprenant film de guerre dont les scènes d’action, efficaces et parfaitement maîtrisées, n’ont rien à envier à celles des productions américaines ou anglaises tournées à la même époque. Un film d’action doublé d’une intéressante réflexion sur le choix en temps de guerre. Le choix de ne pas avoir de camp. Mais aussi le choix d’obéir aux ordres, d’exécuter ou non un homme qui ne pense pas comme vous, d’être milicien ou résistant. Des choix qui s’avèrent le plus souvent fatals en période de conflit armé.
Le cinéaste livre aussi une représentation assez rare au cinéma de la vie des résistants dans le maquis pendant la seconde guerre mondiale. Il s’attarde sur la camaraderie qui les unit face à l’occupant en dépit de leurs différences d’opinions et ne se prive pas de quelques touches d’humour grâce aux excellents dialogues de Daniel Boulanger.
Pour donner vie à ces maquisards, le casting réunit par Costa-Gavras est d’ailleurs aussi impressionnant que la qualité des scènes d’action dans la production française d’alors et d’aujourd’hui. Tandis que la fin ouverte, sur un viaduc, fait intelligemment planer jusqu’au bout l’ambiguïté des thèmes qui sous-tendent tout le film.
Loin d’être une œuvre mineure, Un homme de trop à toutes les qualités d’un grand classique du film de guerre.

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LES SORCIÈRES DE SALEM de Raymond Rouleau (1957)

Affiche du film Les sorcières de Salem
Au XVIIe siècle, près de Salem dans le Massachusetts, une jeune servante pratique la sorcellerie pour se venger de sa patronne qui l’a chassée en raison de sa liaison adultère avec son mari. Surprise en plein sabbat avec d’autres jeunes filles du village, la jeune femme sème le trouble dans la population et se fait passer pour une victime.
Influençant ses compagnes et le tribunal créé pour l’occasion, elle va faire condamner à mort de nombreuses personnes de son entourage en les désignant comme des sorcières…
Cette adaptation par Jean-Paul Sartre de la pièce de théâtre d’Arthur Miller qui, sous couvert d’un évènement historique fustigeait le maccarthysme et sa chasse aux sorcières communistes, reste encore aujourd’hui d’une troublante actualité grâce à ses différents niveaux de lecture.
Critique du puritanisme qui, à force de vertu et de rigorisme, finit par pervertir ses adeptes, manipulation d’une communauté à des fins personnelles plus que religieuses, aveuglement borné des hommes, et de leur justice, qui n’apprennent pas de leurs erreurs passées…
Le dramaturge brosse un portrait peu reluisant de l’être humain que seul l’amour, sincère et véritable, semble pouvoir être en mesure de sauver.
Des thématiques qu’illustre trop sagement le réalisateur qui s’est attribué, au passage, le personnage le moins sympathique, celui de l’intraitable gouverneur Danforth.
Plus préoccupé par sa direction d’acteurs que par sa mise en scène, très académique et théâtrale, Raymond Rouleau réussit toutefois une stupéfiante scène de sabbat qui contraste avec le reste du film et marque les esprits.
En homme frustré et tourmenté par ses désirs qui retrouve peu à peu sa fierté, Yves Montand est plutôt convaincant. Simone Signoret, plus effacée, l’est beaucoup moins.
Photo de Yves Montand et Mylène Demongeot
Des prestations qui paraissent datées face à la modernité du jeu de Mylène Demongeot. Tour à tour sulfureuse, inquiétante et émouvante, elle semble littéralement possédée par son personnage et trouve là un de ses meilleurs rôles.
Les sorcières de Salem est un film rare, servi par une excellente troupe de comédiens, qui mérite d’être redécouvert.

Cliquez ici pour voir l’interview de Simone Signoret.

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HABEMUS PAPAM de Nanni Moretti (2011)

Habemus papam : Affiche
Le Conclave vient d’élire le nouveau Pape. Sur le point de prendre ses fonctions et d’être présenté aux fidèles qui attendent sur la place Saint-Pierre, celui-ci se dérobe à sa charge. Pour résoudre cette crise, le Vatican fait appel à un éminent psychanalyste afin de venir en aide au souverain pontife récalcitrant.
C’est sur le ton de la farce que débute le nouveau film de Nanni Moretti. Les cardinaux réunis en conclave y sont présentés comme de vieux gamins dissipés plus proche d’écoliers – avec ses cancres et ses premiers de la classe – que de maîtres à penser. Pourtant, derrière cette gentille satire, à peine anticlérical, ce n’est pas le Vatican qui est particulièrement visé mais plutôt le manque d’engagement et de prises de position des politiques et des puissants. Tout ce petit monde redoutant, au mieux d’assumer les charges qui vont de pair avec leur fonction, au pire que l’on découvre qu’ils n’ont pas les compétences requises pour l’exercer. Impuissants qu’ils sont à appréhender le monde et à prendre la parole, ils n’ont pas d’autres choix que de s’en remettre à leurs « experts » en communication plus à l’aise dans le mensonge que dans le parler vrai.
Les cardinaux, qui délèguent la gestion de la crise à leur porte-parole, n’échappent pas à cette règle.
Et le cardinal Melville n’est pas en reste : son refus de prendre le pontificat relevant plus d’une crise de la parole que d’une crise de foi.
Etre élu Pape : soit ! Mais pour dire quoi ? Et avec quelle légitimité ?
A défaut d’avoir les réponses, au moins a-t-il le courage de se poser des questions semble nous dire Nanni Moretti qui fait prendre à son film un tournant inattendu, la farce se teintant d’une certaine gravité au contact du monde extérieur.
Car, quelle aide peut espérer trouver le cardinal auprès d’une société angoissée par le ronron faussement rassurant des médias et des communicants ? (Au passage, des cardinaux, les soi-disant journalistes en prennent d’ailleurs pour leur grade et l’intervention télévisée d’un spécialiste en question religieuse est l’occasion d’un sidérant mea culpa dont bien des « experts » auto-déclarés devraient prendre de la graine). Une société où même ceux qui vivent de la parole tournent en rond et s’écoutent parler. Le psychanalyste, finement joué par Nanni Moretti, ramène tout à ses problèmes de famille et les acteurs, que croisent également Melville, dissimulent leur mal-être derrière les jolies phrases d’un dramaturge russe qu’ils répètent à l’envie.
Bien sûr, le film n’est pas dénué de quelques longueurs et il peut déconcerter, voir décevoir, à ne jamais vouloir choisir entre le rire et le drame. Mais par son analyse lucide d’un sujet dans l’air du temps, Habemus Papam aurait dû avoir sa place au palmarès du dernier festival de Cannes. Bien plus que l’énorme pensum esthético-mystique de Terrence Malick.
A tout seigneur, tout honneur. Saluons, enfin, la belle prestation de Michel Piccoli dans le rôle du cardinal Melville. Nanni Moretti ne s’y est pas trompé. Qui d’autre que lui pouvait incarner ce Pape en proie aux doutes avec autant d’émotions et illustrer l’adage « Quand on ne sait rien, on se tait » avec autant de panache ?

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BENJAMIN OU LES MÉMOIRES D’UN PUCEAU de Michel Deville (1968)


Benjamin, jeune garçon de 17 ans, vient trouver refuge chez sa tante, la comtesse de Valandry. Naïf et ignorant des choses de l’amour, il devra, bon gré mal gré, faire face aux assauts des femmes du château tout en suivant l’éducation libertine de l’amant de sa tante : le comte de Saint-Germain.
Benjamin ou le film des premières fois.
A l’instar de son personnage principal, Michel Deville, après quelques films de jeunesse ou de commande, s’émancipe et va développer (en compagnie de sa scénariste Nina Companeez) un style et des thèmes que l’on retrouvera de manière récurrente dans toute sa filmographie.
Il convie tous les arts au sein de sa mise en scène fluide et très élaborée :
La littérature tout d’abord : celle de l’éducation sentimentale et des mots/maux amoureux, de Marivaux à Laclos.
La peinture ensuite, et plus particulièrement celle de Watteau.
La musique enfin, avec Mozart, Haydn ou encore Rameau…
Dans cette joyeuse alchimie, il fait l’apprentissage de l’amoralité cinématographique et aborde, pour la première fois, les rivages du libertinage où séduction et manipulation vont souvent de pair.
Première approche de l’érotisme, donc, qui sous-tendra, de façon plus ou moins prononcée, une grande partie de ses films.
Un érotisme qui sied bien aux mœurs libertines du 18ème siècle mais qui, à l’époque de la sortie de Benjamin, pouvait aussi être un clin d’œil à la libération sexuelle que connaissait la France des années 60.
Première approche de la manipulation, ensuite. Ici, les personnages passent leur temps à mentir pour mieux se séduire.
Benjamin, quand il n’est pas abusé par son entourage, apprend l’art du mensonge. Sa tante, quand elle n’est pas désabusée, se ment à elle-même, espérant conserver son amant. De son côté, le comte dupe ses conquêtes pour mieux les séduire. Quant à Anne, elle dissimule ses sentiments au comte pour mieux le faire souffrir et l’attirer à elle. Femme manipulée et manipulatrice, Catherine Deneuve est le premier modèle des héroïnes qui traverseront toute l’œuvre du réalisateur de Péril en la demeure.
Le ton badin mais pas anodin de Benjamin amène, in fine, à ce qui sera une constante dans la filmographie de Michel Deville : la notion de jeu.
Dans ce ballet des faux semblants, les protagonistes passent leur temps à jouer entre eux et à se jouer des uns et des autres. Ils jouent à se mentir, à se séduire et finalement à se déshabiller comme dans la jolie scène entre Odile Versois et Pierre Clémenti. Tandis que le cinéaste s’amuse de la frustration du spectateur qui ne cesse de se demander si Benjamin parviendra enfin à ses fins.
La conclusion aura pour son héros le goût doux amer des premières fois et offrira au cinéaste l’occasion d’élaborer ce qui fera la force de son cinéma : une apparente légèreté où percent pourtant désenchantement et gravité. Sans doute ceux qui suivent la perte de l’innocence…

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