UN HOMME DE TROP de Costa-Gavras (1967)

Affiche du film Un homme de trop
1943. Une groupe de résistants attaque une prison pour libérer douze des leurs qui ont été condamnés à mort par les Allemands. De retour dans le maquis, ils découvrent qu’il y a un homme de trop parmi les évadés. Traitre ou simple prisonnier de droit commun ? Les maquisards vont devoir statuer sur son sort…
Un homme de trop reste l’un des films les plus méconnus de la riche filmographie de Costa-Gavras. Et c’est fort dommage car le cinéaste livre, dès son second film, un surprenant film de guerre dont les scènes d’action, efficaces et parfaitement maîtrisées, n’ont rien à envier à celles des productions américaines ou anglaises tournées à la même époque. Un film d’action doublé d’une intéressante réflexion sur le choix en temps de guerre. Le choix de ne pas avoir de camp. Mais aussi le choix d’obéir aux ordres, d’exécuter ou non un homme qui ne pense pas comme vous, d’être milicien ou résistant. Des choix qui s’avèrent le plus souvent fatals en période de conflit armé.
Le cinéaste livre aussi une représentation assez rare au cinéma de la vie des résistants dans le maquis pendant la seconde guerre mondiale. Il s’attarde sur la camaraderie qui les unit face à l’occupant en dépit de leurs différences d’opinions et ne se prive pas de quelques touches d’humour grâce aux excellents dialogues de Daniel Boulanger.
Pour donner vie à ces maquisards, le casting réunit par Costa-Gavras est d’ailleurs aussi impressionnant que la qualité des scènes d’action dans la production française d’alors et d’aujourd’hui. Tandis que la fin ouverte, sur un viaduc, fait intelligemment planer jusqu’au bout l’ambiguïté des thèmes qui sous-tendent tout le film.
Loin d’être une œuvre mineure, Un homme de trop à toutes les qualités d’un grand classique du film de guerre.

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LE MAGNIFIQUE de Philippe de Broca (1973)

Affiche du film Le Magnifique
Un petit écrivain sans le sou, spécialisé dans les romans de gare, tente de terminer la nouvelle aventure de son héros magnifique : l’espion français Bob Saint-Clare.
Pressé par le temps et cumulant les contretemps, il donne à ses personnages de papier le visage des gens de son entourage.
Quatrième collaboration entre de Broca et Belmondo et dernier film de leur trilogie d’aventures exotiques (après L’homme de Rio et Les tribulations d’un chinois en Chine), Le Magnifique est autant un hommage parodique aux films de James Bond qu’une comédie sentimentale réussie. Car tout en brocardant les films d’espionnage en vogue dans les années 60/70, Philippe de Broca aborde malicieusement les rives de la création et illustre de manière distrayante les affres de l’auteur qui vit sa vie par procuration. Autant impliqué dans les aventures excentriques de Saint-Clare que dans la romance qui se noue entre l’écrivain et sa jolie voisine, le cinéaste passe avec aisance de l’un à l’autre et oppose en permanence la grisaille du quotidien de François Merlin aux aventures ensoleillées de Bob Saint-Clare. Il apporte ainsi une indéniable plus-value à un sujet original débordant de trouvailles et d’idées, dont certaines plutôt gonflées (Tatiana violée par une horde de militaires) que beaucoup de scénaristes hésiteraient aujourd’hui à écrire. Un cinéma d’aventure rieur et insolent dont les cinéastes français semblent avoir aujourd’hui perdu la recette.

Photo Saint-Clare et Tatiana dans Le Magnifique
De répliques percutantes : « Oui, je suis impuissant et je vous emmerde ! », en tirades z’émouvantes et magnifiques : « Lorsque je vois une abeille porter le pollen de fleurs z’en fleurs et perpétuer ainsi la vie, j’ai presque les larmes z’aux zyeux ! », Jean-Paul Belmondo s’en donne à cœur joie dans un double rôle mémorable, passant avec la même aisance des charentaises de l’écrivain aux tenues extravagantes de l’agent secret.
A ses côtés, Jacqueline Bisset, aussi convaincante en excentrique Tatiana qu’en timide étudiante, est d’une beauté à couper le souffle.

François Merlin et Christine dans Le Magnifique
L’indéniable alchimie de leur couple, dans les deux récits, participe grandement à la réussite du film, de même que la performance de Vittorio Caprioli qui compose avec délectation un véritable méchant de dessin animé. Le tout emballé par l’excellente partition composée par Claude Bolling.

Photo François et Christine dans un parc
Qui aurait pu penser que le titre volontairement parodique du film lancerait aussi la mode des fameux titres à base de qualificatifs qui allaient s’amonceler dans la filmographie de Belmondo ?
Même si le magnifique acteur allait continuer à faire Le Guignolo, il allait aussi – de Professionnel en Marginal, voire en Solitaire – finir par perdre de sa superbe dans des « produits » convenus, le plus souvent dépourvus d’humour. Et l’on se dit qu’il n’aurait peut-être pas dû prendre pour lui la réplique exaspérée de Tatiana à Saint-Clare : « Quand vous allez arrêter de faire le con ! ».
Heureusement, malgré son titre prémonitoire, Le Magnifique, lui, n’a absolument pas volé son titre de gloire !

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