PROMOCION FANTASMA de Javier Ruiz Caldera (2012)

Affiche du film Ghost Graduation
Un professeur de lycée possède un étrange pouvoir : il voit les morts.
Un don qui lui coûte régulièrement son poste et joue sur sa santé mentale.
Aussi lorsqu’il découvre que cinq fantômes de lycéens (morts en 1986 dans l’incendie de la bibliothèque du lycée) terrorisent l’établissement où il vient d’être embauché, Modesto entreprend de les aider à gagner l’au-delà en leur faisant passer le bac.
Improbable croisement entre une version adulte du Sixième Sens de M. Night Shyamalan et une transposition fantomatique de Breakfast Club de John Hughes, le film de Javier Ruiz Caldera se joue, avec humour, des poncifs en vogue dans les films pour adolescents américains et fait souvent mouche lorsqu’il s’amuse du contraste entre les mœurs des lycéens des années 80 et ceux des années 2010.

Photo des fantômes de Promocion fantasma
Bien que stéréotypés, les personnages sont convenablement campés et parviennent à surprendre. Du psychanalyste obsédé du « trou de balle » à la concierge du lycée, avide de tous types de possession. Car Promocion Fantasma fait aussi dans la blague grivoise. Mais avec un sens de l’à-propos tout à fait réjouissant qui désamorce la crudité de certaines situations.
Alors même si cette plaisante comédie fantastique espagnole n’est pas destinée aux plus jeunes, il est vraiment étrange qu’elle ne soit pas venue hanter nos salles obscures. Mais il en est, peut-être, des distributeurs comme des morts sur lesquelles s’interroge la directrice du lycée :
– Directrice : Vous pensez qu’ils sont biens ? Je parle des morts.
– Modesto : A priori c’est comme la vie. Y’en a qui sont heureux, d’autres qui sont tristes… Et il y en a qui sont cons aussi.

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LISA ET LE DIABLE de Mario Bava (1973)

Affiche du film Lisa et le diable
En visite touristique à Tolède, Lisa est troublée par ancienne fresque murale représentant le diable. Plus tard, dans une étrange boutique d’antiquités, elle croise un homme ressemblant au démon. Mal à l’aise, elle se sauve et se perd dans des ruelles qui semblent avoir été désertées par leurs habitants.
A la nuit tombée, un couple de riches et leur chauffeur acceptent de la prendre en stop. Mais la voiture tombe en panne juste devant un inquiétant domaine.
Lisa et le diable (rebaptisé La maison de l’exorcisme dans un nouveau montage qui se voulait plus commercial mais que n’a pas reconnu le cinéaste) est l’un des derniers films de Mario Bava. Un film en forme d’adieu à un genre, l’épouvante gothique, qui l’a fait connaitre dès son premier film : Le masque du démon.
Comme dans Opération peur, il est question de revenants et d’errance dans une vaste demeure abritant un dédale de couloirs et de pièces désertes.
La perte des repères, un thème récurrent chez Mario Bava et annonciateur des prémices de la peur chez ses personnages. Lisa ne fait pas exception à la règle, la jeune femme commençant par s’égarer dans une ville qu’elle ne reconnait plus avant d’échouer dans une propriété labyrinthique.
Tout comme la boutique d’antiquités, le choix des décors lugubres, des cadrages étranges, du montage et de la bande son – où les ricanements se mêlent au bruit du vent – contribuent au passage de l’héroïne dans un angoissant univers parallèle où le temps semble s’être figé. Une variation funèbre d’Alice au pays des merveilles qui a, peut-être, inspiré à Claude Chabrol l’un de ses films les plus étranges : Alice ou la dernière fugue sorti en 1977.
Par sa maîtrise des panoramiques, des travellings et des zooms agressifs, l’ancien directeur de la photo qu’est Mario Bava élabore un surprenant poème macabre, un songe teinté d’érotisme et de nécrophilie.
Du cinéma baroque qui s’accommode mal des années 70 et des « Chabadabada » musicaux en vogue à l’époque. Rapidement, le spectateur se perd en conjectures sur le sens à donner à cette intrigue et s’agace du cabotinage de certains des comédiens, dont un Telly Savalas en roue libre qui étrennait ici les fameuses sucettes de Kojak.
Mais peut-être n’y a-t-il rien à comprendre et qu’il ne faut voir en Lisa et le diable qu’une métaphore de la carrière finissante de Bava. Lui qui – comme Leandro, le maître d’hôtel interprété par Telly Savalas – s’est efforcé, au travers de ses films, de donner vie à des pantins plus ou moins bons. Des mannequins déjà présents dans Six femmes pour l’assassin qui avait contribué à faire de lui l’un des maîtres du Giallo.
C’est dire qu’en dépit de ses imperfections, les aventures de Lisa au pays de l’effroi n’en reste pas moins un œuvre troublante, aussi séduisante (Elke Sommer et Sylva Koscina sont superbes) que mortifère.

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LE FANTÔME DE CANTERVILLE de Yann Samuell (2016)

Affiche du film Le fantôme de Canterville
Une famille de parisiens décide de s’installer dans un château en Bretagne. Mais l’endroit est déjà occupé par l’un de ses anciens propriétaires : une femme chevalier fort irritable dont le serviteur passe son temps à perdre la tête, au propre comme au figuré, en essayant de la satisfaire.
Coulé dans le même moule que le peu glorieux Le grimoire d’Arkandias sorti il y a deux ans, Le fantôme de Canterville propose un divertissement fantastique et familial calibré pour la télévision aux heures de grandes audiences.
Un produit sans saveur que le réalisateur emballe de pauvres effets spéciaux et de dialogues qui sonnent tellement creux, à force de vouloir faire « jeune », qu’ils filent rapidement le « seum » au lieu de faire « kiffer ».
Acteurs fantomatiques, spectres de pacotille, fantastique de pacotille, Bretagne de pacotille (le film a été tourné en Belgique !) : tout sonne faux dans cette adaptation d’Oscar Wilde aseptisée pour ne froisser personne sauf, sans doute, les amoureux des Fest-Noz.
Quant à l’humour…
A côté, Les visiteurs de Jean-Marie Poiré c’est de l’Edmond Rostand !
Plutôt que de passer son temps à perdre la tête, Michaël Youn ferait mieux de remettre sa cagoule, elle lui va mieux au teint.

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CRIMSON PEAK de Guillermo del Toro (2015)

Affiche du film Crimson Peak
Une jeune américaine candide et fortunée – littéralement hantée par la mort de sa mère – s’éprend d’un séduisant Baronnet qui l’emmène vivre dans son sinistre château en Angleterre. Entre son inquiétante belle-sœur et de terrifiants spectres, les nerfs et la santé d’Edith vont être mis à rude épreuve.
Quelle tristesse de voir un cinéaste brader son talent pour tenter de garder sa place à Hollywood, affadissant au passage son style et son originalité pour rentrer dans la norme.
Allant jusqu’à plagier l’aspect de son poétique fantôme dans L’échine du diable, Guillermo del Toro nous offre dans Crimson Peak une série de hideux ectoplasmes au rendu trop numérique pour être réellement effrayant.
A l’inverse des décors baroques et surchargés de la vieille demeure, le scénario, d’une indigente pauvreté, nous resserre les éternels lieux communs sur les maisons hantées. Tandis que pour masquer son secret de Polichinelle, le réalisateur se cantonne dans le sursaut facile (notamment en abusant des effets sonores) plutôt que de tenter d’instiller une réelle angoisse.
Entre hommage et clins d’œil (l’héroïne se nomme Cushing comme le célèbre acteur de films fantastiques), la luxueuse demeure préfabriquée de Guillermo del Toro déçoit car elle ne parvient jamais à retrouver le charme vénéneux de La maison du diable de Robert Wise, ni l’ambiance frissonnante et gothique du château du Masque du démon de Mario Bava.
Mais le plus horrible se trouve dans la confrontation entre les deux actrices les plus fades du moment : Jessica Chastain et Mia Wasikowska. Leur affrontement en fin de film y atteint des sommets de Grand-Guignol. Face à elles, même Tom Hiddleston, plutôt convaincant, ne parvient à renouveler sa fantastique performance de Only Lovers Left Alive.
Bref, mieux vaut que l’adaptation de Lovecraft – dont rêve Guillermo del Toro – reste dans un tiroir si elle doit ressembler à ça…

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CONJURING : LES DOSSIERS WARREN de James Wan (2013)

Affiche du film Conjuring : Les dossiers Warren
Au cinéma, les deux principaux pigeons d’une maison hantée sont les médiums et les pauvres.
Les premiers, comme dans La maison des damnés, y vont de leur plein gré, tellement content de prouver l’existence des fantômes qu’ils se font souvent posséder eux-mêmes.
Les seconds, comme dans Les messagers, y vont un peu forcés, trop content d’avoir trouvé, pour un prix étrangement modique, une grande ferme perdue au fin fond de la campagne où monsieur va pouvoir laisser seuls femme et enfants pendant qu’il part travailler à plusieurs heures de là.
Avec Conjuring, James Wan nous propose la rencontre de ces deux pigeons, non sans avoir élaboré au préalable une projection test de sa future production (Annabelle) présentée sous forme d’une introduction tout à fait dispensable.
Heureusement, dès le que le couple Warren, spécialisé dans les enquêtes paranormales, se penche sur le cas d’une famille terrorisée dans leur maison par une présence maléfique, l’affaire repart sur les bonnes rails du classique train fantôme. Une attraction qui n’est pas dénuée de charme d’autant que le récit se déroule dans les années 70 et que l’horreur patte d’eph et rouflaquettes donne à l’ensemble un intéressant côté vintage. Que renforcent certaines séquences caméra à l’épaule reproduisant l’esthétique des films en super 8.
La première heure, particulièrement réussie, permet à James Wan de jouer avec habileté sur le versant frissonnant de l’horreur, une approche d’autant plus inquiétante qu’il l’associe à un jeu d’enfants : le cache-tape ou comment repérer, les yeux bandés, la cachette d’un des joueurs qui vous guide en tapant dans ses mains. Un jeu qui atteint son climax sur le palier d’une cave où l’un des protagonistes se retrouve enfermé. Sursaut garanti.
Dommage que la fin du film ne soit pas hantée par le même souci de faire naître la peur et tombe dans le travers facile du grand guignol. Tout d’abord en nous infligeant à nouveau Annabelle, l’horrible poupée de porcelaine, puis en transformant cette intrigante histoire de maison hantée en cas de possession qui vire à l’exorcisme grotesque et sanguinolent.
Un beau potentiel horrifique gâché, in fine, par un spectre un peu limité dans le domaine de l’épouvante, c’est peut être ça qui est finalement le plus effrayant.

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LA MAISON DES OMBRES – THE AWAKENING de Nick Murphy (2011)

Affiche du film La maison des ombres - The Awakening
Angleterre, 1921.
Une scientifique et écrivain chasse les faux médiums qui pullulent après la première guerre mondiale, profitant du désespoir des familles ayant perdu un des leurs sur le front.
Le cas étrange d’un élève, retrouvé mort dans un pensionnat isolé en pleine campagne, va susciter son intérêt. Peu avant son décès, le jeune garçon se disait effrayé par les apparitions fantomatiques d’un enfant dans les couloirs de l’austère demeure.
Dans la lignée de Les autres ou de L’orphelinat, le film de Nick Murphy confronte une fois de plus des enfants à des manifestations surnaturelles et privilégie intelligemment les ambiances angoissantes et la suggestion pour faire frissonner.
Bien sûr, La maison des ombres ne manque pas de moments chocs, grâce à quelques apparitions furtives et à la présence inquiétante d’une vieille maison de poupées, mais ils ne sont pas une fin en soi. Le cinéaste utilise astucieusement le contexte historique (la fin de la première guerre mondiale, le développement du spiritisme et les avancés de la science) et ancre son récit entre une population désireuse de retrouver ses disparus et d’anciens combattants blessés, hantés par la mort de leurs camarades sur le champ de bataille. Son héroïne n’est pas en reste, victime, elle aussi, d’un traumatisme. Son caractère, mélange de force et de faiblesse, et son histoire personnelle jouent tout autant dans l’intérêt que l’on porte au film que sa chasse au fantôme.
Rebecca Hall est particulièrement touchante dans ce rôle de femme moderne et meurtrie qui cache ses doutes et ses peurs derrière la carapace du savoir. Grâce à elle, et à un magnifique travail sur la photo qui se pare de teintes grises proche du noir et blanc, La maison des ombres diffuse un charme vénéneux qui parvient à compenser un rythme parfois trop lent et une révélation finale décevante car un peu trop tirée par les cheveux.
Pas de quoi justifier en tous cas son absence dans les salles obscures et une sortie directement en vidéo, d’autant que la scène finale, qui laisse une dernière fois planer le doute et l’ambiguïté, classe définitivement La maison des ombres dans la catégorie des bonnes demeures cinématographiques hantées.

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HAUNTER de Vincenzo Natali (2013)

Affiche du film Haunter
Dans une maison perdue dans la brume, une adolescente revit chaque jour la veille de son anniversaire sans que ses parents où son petit frère s’en aperçoivent.
Malgré tous ses efforts, rien ne semble pouvoir venir troubler cette journée qui se répète inlassablement. Jusqu’au jour où des bruits inhabituels se manifestent dans la maison…
Adepte du mélange des genres depuis son premier film Cube, Vincenzo Natali essaye avec Haunter de fusionner trois thèmes du fantastique : les fantômes, la boucle temporelle et le voyage dans temps.
A mi-chemin entre Les autres et Un jour sans fin, cette tentative ne possède pas les qualités des deux films précités mais se laisse suivre avec un certain plaisir grâce à un récit qui a le bon goût de privilégier le frisson à l’horreur. Le cinéaste profite des voyages dans le temps de son héroïne pour jouer avec habileté sur les ambiances de chaque époque et s’amuse, dans le dernier tiers, avec la texture de ses images pour donner à Haunter l’aspect suranné d’un vieux film.
Atmosphère inquiétante garantie.
Même si le croquemitaine n’est pas très original et que la résolution de l’intrigue ne tient pas les promesses de son intéressant postulat de départ, Haunter ne manque pas d’intérêt et est loin d’offrir un spectacle fantomatique. D’où cet autre mystère : pourquoi ce film de bonne facture n’a-t-il pas eu droit à une sortie en salles alors qu’un nombre incalculable de navets continue de hanter régulièrement nos cinémas ?

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