POUIC-POUIC de Jean Girault (1963)

Affiche du film Pouic-Pouic
Pour l’anniversaire de son mari Léonard, boursicoteur né, Cynthia Monestier achète à un escroc une concession pétrolière sans valeur en Amérique du sud. Pour éviter la ruine, Léonard décide de vendre son cadeau, au prix fort, à un homme fortuné qui courtise sa fille Patricia. Problème, la jeune femme vient de s’adjoindre les services d’un faux mari pour décourager son riche soupirant.
Pourquoi Pouic-Pouic ?
Et quel rapport avec cette histoire d’escroquerie en famille recomposée ?
Pouic-Pouic n’est, en fait, qu’un titre prétexte et hypocoristique (si, si. Sortez vos dictionnaires !). Une technique linguistique censée donner un côté familier, voire un peu péjoratif, au nom du bêbête gallinacé que la cucul Madame Monestier promène comme un toutou dans sa propriété alors que ledit volatile n’a pas de lien avec le sujet.
Une manière de plumer le spectateur ou d’en faire le dindon d’une farce aux rebondissements poussifs et théâtraux (on peut y voir les prémices d’Oscar avec ses quiproquos à la chaîne et son festival de portes qui claquent) qui ne vaut que pour le numéro de Fu-Fu qui peaufine ici son personnage de bourgeois grimaçant et atrabilaire. Et il ne ménage pas sa peine face à une troupe de comédiens sympathiques mais au jeu un peu trop sage où seule Jacqueline Maillan, en bibiche aussi fantasque que godiche, se montre finalement à la hauteur de sa performance. Quant à Jean Girault, pour sa première collaboration avec Louis de Funès, il se contente de mettre en boîte de manière pépère cette guéguerre banqueroutière.
Alors, Pouic- Pouic ? Bof-Bof !

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LE GRAND RESTAURANT de Jacques Besnard (1966)

Affiche du film Le grand restaurant
Monsieur Septime dirige l’un des restaurants les plus réputés de Paris. Véritable tyran avec son personnel, il se montre d’une agaçante obséquiosité avec ses riches clients à qui il passe les moindres caprices.
Mais la disparition d’un président sud-américain dans son établissement vient entacher sa réputation. Il accepte de collaborer avec la police pour démasquer les coupables.
Avec Le grand restaurant, Louis de Funès remet le couvert avec son personnage de chef d’entreprise tyrannique et veule qu’il affectionnait tant.
La première moitié du film est un véritable festival comique, l’acteur multipliant les raccourcis de génie pour illustrer le caractère despotique de son personnage : quiproquos autour des bruits de bouche qu’utilise Septime pour faire accourir ses employés comme des chiens ou habile jeu d’ombres transformant le restaurateur en un surprenant sosie d’Hitler.
Un humour absurde qui renoue avec l’époque où de Funès faisait partie de la troupe des Branquignols et dont on retrouve ici quelques membres : Pierre Tornade, Roger Caccia (le fameux pianiste chauve !) ou Jacques Legras.
Sous leur impulsion, le restaurant devient une sorte de théâtre où les gags millimétrés fusent (dont certains inspireront L’aile ou la cuisse) dans un enchaînement de sketchs qui trouvent leur aboutissement lors du ballet endiablé de Septime et de ses serveurs, rappelant au passage le goût de de Funès pour la danse. Goût qu’il affirmera dans L’homme-orchestre et, surtout, dans Les aventures de Rabbi Jacob.

Le grand restaurant 2
Dommage que le film peine à convaincre dès que l’action sort du cadre du restaurant.
La vague intrigue policière ne passionne guère, même si la confrontation entre le placide Bernard Blier et le survolté Louis de Funès ne manque pas de sel.
Quant à la course poursuite en voiture qui s’engage dans la dernière demi-heure entre Septime et les bandits, filmée platement par Jacques Besnard, elle manque cruellement de saveur, l’acteur n’ayant personne sur qui déverser sa bile.
Pas de quoi faire tout un plat de ce Grand restaurant qui, après une entrée d’exception, laisse rapidement retomber le soufflé pour se terminer sur un médiocre dessert.
Pour la pièce montée, il faudra attendre le film suivant : La grande vadrouille.

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LES AVENTURES DE RABBI JACOB de Gérard Oury (1973)

Affiche du film Les aventures de Rabbi Jacob
Victor Pivert, un industriel colérique, raciste – mais catholique ! – se trouve contraint de faire équipe avec un dissident politique d’un pays arabe recherché par des tueurs. Pour leur échapper, les deux fuyards se déguisent en rabbins…
Dernier film de Gérard Oury avec son acteur fétiche Louis de Funès, Les aventures de Rabbi Jacob marque l’apogée de leur collaboration et permet au duo de confronter leur art de la comédie à un sujet politique sensible.
Un film dont le scénario exploite avec finesse la force principale de Louis de Funès qui avait su, au fil des années, rendre sympathique son personnage d’odieux râleur.
Pour fustiger le racisme ordinaire, Gérard Oury et sa scénariste, Danièle Thompson, n’hésitent pas à lui faire tenir des propos xénophobes que l’acteur enrobe de grimaces et de pitreries pour mieux faire passer la caricature. Jamais le jeu du comédien n’aura été aussi survolté, jamais il n’aura donné autant de sa personne : qu’il tombe à répétition dans une cuve de chewing-gum vert pomme ou qu’il danse sans faiblir au milieu d’un groupe de danseurs folkloriques. Photo de Louis de Funès couvert de chewing-gum
Deux scènes d’anthologie où explose son génie comique et qui expliquent sans doute la crise cardiaque qui allait le frapper quelques temps plus tard, mettant provisoirement un terme à sa carrière.
De son côté, Gérard Oury à l’intelligence de ne pas se reposer sur les performances de son acteur vedette et utilise toutes les ressources d’un scénario malin doté de plusieurs niveaux de lecture (où même les invraisemblances passent comme des lettres à la poste) et d’un casting impeccable (d’Henri Guybet à Suzy Delair en passant par Marcel Dalio) pour délivrer son message fraternel.
Comme dans La grande vadrouille ou Le corniaud, on retrouve le goût du cinéaste pour les courses poursuites, les jeux de mots incongrus : « Ca alors ! C’était Farès ? C’est effarant ! », ou les voitures qui partent en morceaux.
Mais ce sont surtout le tempo de sa mise en scène et son comique de précision qui font la différence et emballent le tout, portés par la pétillante partition de Vladimir Cosma.
Ce film, qui étonne encore par son culot, pourrait-il être tourné aujourd’hui ?
Rien n’est moins sûr, tant nombre de comédies oscillent entre humour consensuel et méchancetés gratuites en oubliant l’essentiel : la générosité. C’est elle la qualité principale des Aventures de Rabbi Jacob et ce qui en fait tout le prix.

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FANTÔMAS CONTRE SCOTLAND YARD de André Hunebelle (1967)

Affiche du film Fantômas contre Scotland Yard
Fantômas n’a pas dit son dernier mot et a toujours pour ambition de devenir le maître du monde. Pour cela, il décide de lever un « impôt sur le droit de vivre » auprès des plus riches hommes de la planète. Bien décidé à ne pas se laisser plumer, le riche écossais Lord Mac Rashley fait appel au commissaire Juve, au journaliste Fandor et à sa fiancée Hélène pour coincer l’inquiétant criminel masqué.
En 1967, alors que Fantômas cherche toujours à devenir le maître du monde, Louis de Funès s’est imposé comme le roi des comiques en France.
Avec Fantômas contre Scotland Yard, il vole définitivement la vedette à son partenaire Jean Marais, qu’il condamne à jouer les cascadeurs de luxe dans des scènes d’action devenues moins nombreuses que dans les deux précédentes aventures.
Il faut dire qu’André Hunebelle, dont la mise en scène n’a pas la précision comique d’un Gérard Oury, n’a d’yeux que pour de Funès auquel il laisse pratiquement carte blanche pour pimenter le récit de ses grimaces – lorsqu’il voit des pendus partout, parle à son cheval ou chevauche un lit voyageur – toujours accompagné de son faire-valoir Jacques Dynam, parfait contrepoint comique à ses pitreries.
Un peu plus réussi que Fantômas se déchaîne, c’est surtout la première partie du film qui retient l’attention avec son ambiance gentiment fantastique qui mêle lande brumeuse et château hanté, le tout magnifiquement illustré par les compositions surprenantes de Michel Magne. La seconde partie retombe, hélas, dans le film d’aventure standard avec un Fantômas moins combatif qu’à l’accoutumée, qui finit même par perdre de sa superbe en craignant par deux fois pour sa vie : face à l’amant de Lady McRashley, puis face à Hélène.
Il était temps pour le fameux génie du crime de disparaître définitivement. Son rire grinçant ne parvenant plus à cacher qu’il s’était fait, lui aussi, posséder par un autre génie… du rire celui-là !

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FANTÔMAS SE DÉCHAÎNE de André Hunebelle (1965)

Affiche du film Fantômas se déchaîne
Fantômas a encore frappé !
Le professeur Marchand, dont les recherches portent sur un rayon télépathique capable de contrôler la pensée, a été enlevé. Bien décidé à attraper le coupable, le journaliste Fandor – aidé par Hélène et le commissaire Juve – va prendre les traits d’un des confrères du professeur disparu pour tendre un piège au redoutable criminel masqué.
Pour cette suite de Fantômas, on ne peut pas dire qu’André Hunebelle se soit déchaîné.
L’intrigue, paresseuse, lorgne toujours vers les aventures de James Bond et le fait dire à Juve : « Nous sommes à l’époque des agents secrets et des gadgets ». Mais ce que le commissaire oublie de rajouter, c’est que ces aventures se déroulent aussi à l’époque de La panthère rose (1964). Une comédie dont le réalisateur s’inspire largement : générique en dessin animé et action située en Italie où il va jusqu’à reprendre l’idée du bal masqué.
Un autre point commun, involontaire celui-là, est l’ascension de deux seconds rôles comiques – Peter Sellers pour La panthère rose et Louis de Funès avec Fantômas – qui finissent par détrôner les têtes d’affiches qu’étaient pour l’un : David Niven et pour l’autre : Jean Marais.
Le jeu des ressemblances s’arrête là car, côté mise en scène, André Hunebelle est loin d’avoir le génie burlesque de Blake Edwards et se contente de filmer platement les numéros comiques de de Funès. Quant Jean Marais, laissé à l’abandon, il n’a plus grand-chose à faire sinon passer son temps à se déguiser et faire quelques cascades le temps d’une bagarre spectaculaire.
Reste la musique de Michel Magne, le repaire kitsch-high-tech de Fantômas avec ses entrées grandiloquentes à l’orgue, et Fantômas lui-même : surprenant mélange entre le physique félin de Jean Marais et la voix mystérieuse de Raymond Pellegrin.
Sans oublier la fameuse DS volante, seule idée vraiment originale, mais qui arrive beaucoup trop tard pour faire décoller le film.
Bref, c’est presque à un travail de « jean-foutre » que nous assistons, pour reprendre une expression chère au commissaire Juve.

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FANTÔMAS de André Hunebelle (1964)

Affiche du film Fantômas
Un mystérieux génie du crime nommé Fantômas terrorise la France par ses vols audacieux et ses crimes sans scrupules.
Le commissaire Juve et le journaliste Fandor décident de s’attaquer à lui en le tournant en ridicule.
Blessé dans son orgueil, le criminel masqué entreprend de discréditer ses deux adversaires auprès de l’opinion publique.
Adaptation très fantaisiste des romans feuilletons de Pierre Souvestre et Marcel Allain, le Fantômas d’André Hunebelle s’inspire beaucoup plus de James Bond (dont la première aventure était sortie sur les écrans deux ans plus tôt) et de la recette à succès du duo mal assorti élaboré par le réalisateur dans Le Bossu ou Le Capitan où le fringant Jean Marais avait pour contrepoint comique Bourvil. C’est d’ailleurs à ce dernier que fut d’abord proposé le personnage du commissaire Juve. Un rôle qu’il refusa au profit de Louis de Funès permettant à celui-ci d’accéder définitivement au vedettariat – quelques mois après Le gendarme de Saint-Tropez – et au film de rester gravé dans les mémoires.
Car que retient-on de cette gentille comédie policière si ce n’est l’interprétation délirante du commissaire Juve par de Funès ? Il offre au film ses meilleurs moments (l’interrogatoire de Fandor, la scène des boules Quies ou celle du portrait-robot) et impose un tempo résolument moderne face au jeu plus classique de Jean Marais qui se fait littéralement voler la vedette. L’interprète du Capitaine Fracasse parvient heureusement à tirer son épingle du jeu grâce à son double rôle Fandor/Fantômas et aux cascades/bagarres – particulièrement bien réglée – qu’il effectue lui-même.
Coincée entre les deux acteurs, Mylène Demongeot doit se contenter de jouer les sympathiques potiches. Les seconds rôles s’en sortent mieux, André Hunebelle ayant eu le bon goût de faire appel à quelques gueules emblématiques du cinéma français pour pimenter son intrigue : de Dominique Zardi en porte-flingue à Robert Dalban en passant par Jacques Dynam, excellent faire-valoir dans le rôle de l’adjoint du commissaire.
Paradoxalement, ce sont les nombreuses et interminables courses poursuites (pourtant un des seuls éléments fidèle au roman, avec l’utilisation des déguisements) qui ralentissent le spectacle et le desservent par leurs grotesques invraisemblances : comment Hélène parvient-elle, depuis un hélicoptère, à retrouver la trace de la voiture où sont séquestrés Juve et Fandor ?
Des facilités que le réalisateur parvient malgré tout à faire avaler à son public à l’aide des superbes musiques composés par Michel Magne et dont les thèmes – inquiétant pour Fantômas et sautillant pour le commissaire Juve – ont largement contribué à l’ambiance et au succès du film.
Et pour ce qui est de la transposition fidèle des aventures de Fantômas au cinéma, il semblerait que le redoutable bandit ne soit toujours pas décidé à se faire mettre en boîte…

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L’AILE OU LA CUISSE de Claude Zidi (1976)

Affiche du film L'aile ou la cuisse
Charles Duchemin et son guide gastronomique font la pluie et le beau temps sur la restauration française.
Sur le point de prendre sa retraite, le célèbre critique souhaite passer la main à son fils, plus intéressé à faire le clown dans un cirque qu’à traquer les mauvaises tables. Mais l’arrivée de Jacques Tricatel, roi de la cuisine industrielle, dans le petit monde de la restauration traditionnelle va rapprocher les Duchemin dans un même combat contre le chantre de la malbouffe et ses méthodes agressives.
La sortie de L’aile ou la cuisse en 1976 fut un événement car elle marquait le retour au cinéma de Louis de Funès – absent des écrans depuis le mémorable Les aventures de Rabbi Jacob en 1973 – suite à un infarctus survenu en 1975.
Visiblement affaiblit, l’interprète du Corniaud ne parvient pas à retrouver sa hargne d’antan mais réussit encore à faire illusion grâce à un scénario malin, et plutôt prémonitoire, sur les méfaits de la bouffe industrielle.
Une charge qui se payait alors le luxe de caricaturer ouvertement l’un de ses plus fervents promoteurs. A l’époque, il est facile de reconnaître en Jacques Tricatel : Jacque Borel initiateur de la restauration industrielle en France et inventeur du premier Restoroute en 1968.
Orchestré sur un rythme plutôt enlevé par Claude Zidi et porté par une partition entraînante de Vladimir Cosma, L’aile ou la cuisse marque les esprits grâce à quelques scènes savoureuses rappelant les grands moments de la filmographie de De Funès. La valse des valises dans un hôtel renvoie aux inversions de chambres de La grande vadrouille tandis que la visite de l’usine de Tricatel fait, bien sûr, penser à celle de l’usine de chewing-gum dans Les aventures de Rabbi Jacob.
Les divers déguisements dont le célèbre comique s’affuble et la façon dont on l’oblige à se goinfrer (alors qu’il devait suivre un régime strict !) d’huîtres pas fraîches, d’une choucroute bien grasse et de poireaux filandreux, participent aussi au succès du film.
Sans oublier le casting impeccable. De la fidèle Claude Gensac à Raymond Bussières en passant par le truculent Julien Guiomar, épatant en odieux Tricatel.
Quant à Coluche, qui remplaçait Pierre Richard initialement prévu, il trouve là son premier rôle marquant et montre une réjouissante complicité avec son partenaire. Un personnage de gentil timide, à l’opposé des portraits grinçants qu’il interprétait sur scène, qu’il n’allait quasiment plus quitter au cinéma.
Malheureusement, de lourde Soupe aux choux en indigestes Gendarme, L’aile ou la cuisse sera le dernier bon cru de la prestigieuse filmographie de Louis de Funès.

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