UN HOMME DE TROP de Costa-Gavras (1967)

Affiche du film Un homme de trop
1943. Une groupe de résistants attaque une prison pour libérer douze des leurs qui ont été condamnés à mort par les Allemands. De retour dans le maquis, ils découvrent qu’il y a un homme de trop parmi les évadés. Traitre ou simple prisonnier de droit commun ? Les maquisards vont devoir statuer sur son sort…
Un homme de trop reste l’un des films les plus méconnus de la riche filmographie de Costa-Gavras. Et c’est fort dommage car le cinéaste livre, dès son second film, un surprenant film de guerre dont les scènes d’action, efficaces et parfaitement maîtrisées, n’ont rien à envier à celles des productions américaines ou anglaises tournées à la même époque. Un film d’action doublé d’une intéressante réflexion sur le choix en temps de guerre. Le choix de ne pas avoir de camp. Mais aussi le choix d’obéir aux ordres, d’exécuter ou non un homme qui ne pense pas comme vous, d’être milicien ou résistant. Des choix qui s’avèrent le plus souvent fatals en période de conflit armé.
Le cinéaste livre aussi une représentation assez rare au cinéma de la vie des résistants dans le maquis pendant la seconde guerre mondiale. Il s’attarde sur la camaraderie qui les unit face à l’occupant en dépit de leurs différences d’opinions et ne se prive pas de quelques touches d’humour grâce aux excellents dialogues de Daniel Boulanger.
Pour donner vie à ces maquisards, le casting réunit par Costa-Gavras est d’ailleurs aussi impressionnant que la qualité des scènes d’action dans la production française d’alors et d’aujourd’hui. Tandis que la fin ouverte, sur un viaduc, fait intelligemment planer jusqu’au bout l’ambiguïté des thèmes qui sous-tendent tout le film.
Loin d’être une œuvre mineure, Un homme de trop à toutes les qualités d’un grand classique du film de guerre.

Cliquez ici pour voir un extrait du film.

Haut de la page d’accueil

LE ROI DE CŒUR de Philippe de Broca (1966)

Affiche du film Le roi de coeur
1918. Fuyant la progression des alliés, un bataillon allemand cache des bombes dans un blockhaus situé sur la place d’une petite ville du nord de la France, bien décidé à tout faire sauter. Prévenus de la menace, les britanniques envoient un soldat écossais en éclaireur pour localiser et désamorcer les explosifs. Le problème, c’est que les pensionnaires de l’asile d’aliénés ont pris possession du bourg déserté par ses habitants.
Abandonnant, pour un temps, l’exotisme et l’action trépidante de ces précédents films avec Belmondo (L’homme de Rio et Les tribulations d’un Chinois en Chine), de Broca revient en France pour nous conter une fable s’inspirant d’un fait divers réel. Un sujet qui lui tient visiblement à cœur et où, comme le soldat Plumpick, il se met à nu.
Se servant de la folie comme d’un subterfuge, le cinéaste met à profit le caractère décalé de ses personnages et de leurs actions pour composer un univers parallèle loufoque et coloré qui lui permet de faire passer, tout à la fois, son amour pour le spectacle ainsi que sa haine de la guerre.
Loin de se présenter comme un pamphlet, Le Roi de cœur choisit le point de vue du moraliste et de la fable poétique pour nous laisser entendre que les fous ne sont pas toujours ceux que l’on croit.
Au cœur de cette fantaisie baroque, les acteurs, tous excellents, s’en donnent à cœur joie. Françoise Christophe et Micheline Presle imposent leurs jeux subtils et sensuels, Pierre Brasseur son charisme bonhomme, tandis que Julien Guiomar se lâche dans un rôle d’ecclésiastique extraverti et que Michel Serrault semble se préparer à son futur rôle de Zaza dans La cage aux folles. Même de Broca y va de son clin d’œil en s’octroyant le rôle, très bref, d’un certain caporal Adolf.

Photo du film Le Roi de coeur
Jolie comme un cœur Geneviève Bujold est une parfaite ingénue face au séduisant Alan Bates – homme de cœur et cœur à prendre – lui-même parfait en soldat tiraillé entre son devoir et son envie de déposer les armes. Dommage que, malgré son élocution française plus que convenable, certaines de ses répliques soit difficilement compréhensibles et gâchent un peu la saveur des dialogues de Daniel Boulanger.
Porté par la belle musique de Georges Delerue, Le Roi de cœur, sous ses dehors excentriques, est aussi teinté de nostalgie. La rêverie s’avère éphémère et les fous, loin d’être dupes, savent à quoi s’en tenir.
Le personnage du duc de Trèfle, incarné avec finesse par Jean-Claude Brialy, offre sans doute l’une des clés de ce film rare, injustement boudé par le public français à sa sortie. Son personnage (sorte de double du cinéaste sensible, élégant et passionné qu’était de Broca) révèle dans une dernière réplique énigmatique que : « Les plus beaux voyages se font par la fenêtre ». Belle métaphore sur le cinéma !

Jaquette Blu-ray du Roi de coeur Restauré pour L’atelier d’images, Le Roi de cœur ressort le 24 janvier 2017, en DVD et Blu-ray, dans une copie aux images rutilantes (supervisée par le directeur de la photographie Pierre Lhomme) qui redonne au film une seconde jeunesse. Une édition royale remplie de témoignages et de documents d’époque passionnants.
Le film sera aussi visible en salles à partir du 25 janvier. Soit plus de 50 ans après sa sortie.

Cliquez ici pour voir la bande annonce.

Haut de la page d’accueil

KENNEDY ET MOI de Sam Karmann (1999)

Kennedy et moi
Simon Polaris traverse une grave crise existentielle.
Sa femme, ses enfants, ses amis, son métier d’écrivain et ses relations : tout l’exaspère et le pousse à envisager le pire. Jusqu’au jour où une montre, enfouie dans la poche de pantalon de son psychanalyste, vient lui redonner goût à la vie.
Pour son premier film, Sam Karmann offre à Jean-Pierre Bacri l’un de ses plus beaux rôles.
Ce portrait en demi-teinte d’un homme à un tournant de sa vie semble avoir été écrit pour lui.
Les commentaires de Simon – sur lui-même et les autres – font mouche et nous égayent par leur humour noir et leur lucidité. Rien n’échappe à son sens de la dérision : des spécialistes dentaires qui mettent des gants pour exercer leur métier : « comme les voleurs pour pas laisser d’empreintes », à sa famille : « Je rêvais d’un fils unique et j’ai eu deux imbéciles ! ». Simon nous émeut, nous fait rire et parfois nous venge en disant tout haut ce que certains pensent tout bas.
Dans cet état des lieux ravageur, seule son épouse trouve grâce à ses yeux. En femme dépassée et amusée par son misanthrope de mari, Nicole Garcia offre une belle composition toute en nuance, parfait contrepoint au jeu bougon et râleur de Jean-Pierre Bacri.
Et que dire des seconds rôles dans lequel le film puise aussi sa force.
Sam Karmann, Patrick Chesnais, François Chattot, Jean-Claude Brialy (hilarant de suffisance) et la trop rare Francine Bergé (mémorable servante dans Benjamin ou les mémoires d’un puceau de Michel Deville) : tous contribuent à la finesse de cette étude de caractère que viennent mettre en valeur la magnifique partition musicale de Pierre Adenot et des répliques à l’humour désenchanté : « Aujourd’hui (…) on enterre les gens avec leur montre à quartz au poignet. Enterrée ou pas, la montre continue de donner l’heure pendant un an. C’est à ça que je pense en ce moment. A tous ces types enterrés, qui ont l’heure exacte au poignet !».
Pour un coup d’essai, Kennedy et moi est quasiment un coup de maître.

Cliquez ici pour voir la bande annonce.

Haut de la page d’accueil