UN HOMME DE TROP de Costa-Gavras (1967)

Affiche du film Un homme de trop
1943. Une groupe de résistants attaque une prison pour libérer douze des leurs qui ont été condamnés à mort par les Allemands. De retour dans le maquis, ils découvrent qu’il y a un homme de trop parmi les évadés. Traitre ou simple prisonnier de droit commun ? Les maquisards vont devoir statuer sur son sort…
Un homme de trop reste l’un des films les plus méconnus de la riche filmographie de Costa-Gavras. Et c’est fort dommage car le cinéaste livre, dès son second film, un surprenant film de guerre dont les scènes d’action, efficaces et parfaitement maîtrisées, n’ont rien à envier à celles des productions américaines ou anglaises tournées à la même époque. Un film d’action doublé d’une intéressante réflexion sur le choix en temps de guerre. Le choix de ne pas avoir de camp. Mais aussi le choix d’obéir aux ordres, d’exécuter ou non un homme qui ne pense pas comme vous, d’être milicien ou résistant. Des choix qui s’avèrent le plus souvent fatals en période de conflit armé.
Le cinéaste livre aussi une représentation assez rare au cinéma de la vie des résistants dans le maquis pendant la seconde guerre mondiale. Il s’attarde sur la camaraderie qui les unit face à l’occupant en dépit de leurs différences d’opinions et ne se prive pas de quelques touches d’humour grâce aux excellents dialogues de Daniel Boulanger.
Pour donner vie à ces maquisards, le casting réunit par Costa-Gavras est d’ailleurs aussi impressionnant que la qualité des scènes d’action dans la production française d’alors et d’aujourd’hui. Tandis que la fin ouverte, sur un viaduc, fait intelligemment planer jusqu’au bout l’ambiguïté des thèmes qui sous-tendent tout le film.
Loin d’être une œuvre mineure, Un homme de trop à toutes les qualités d’un grand classique du film de guerre.

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BLANCHE de Walerian Borowczyk (1972)

Affiche du film Blanche
En France, au XIIIème siècle. Un vieux seigneur veille jalousement sur Blanche, sa jeune épouse, sans se rendre compte que son propre fils en est amoureux. De passage au château, le roi et son page tentent, tour à tour, de séduire la belle, déclenchant le courroux du seigneur et de son fils.
Surprenant et déroutant, Blanche propose une autre approche du film médiéval. Une vision du Moyen-Âge moins clinquante et bien loin des standards des grosses productions hollywoodiennes mais, certainement, plus plausible. Le soin minutieux porté à chaque décor, costume et accessoire participe pour beaucoup au rendu authentique de cette fresque tragique aussi violente qu’intimiste.
S’inspirant d’enluminures ou de tableaux médiévaux, dont il retrouve l’esthétique et la distanciation, Borowczyk compose chacun de ses plans avec une extrême méticulosité et travaille parfaitement ses ambiances, de l’austérité grisâtre du château à la verdure des forêts.
Il expérimente des cadres dans le cadre et juxtapose par petites touches ses images, créant une sorte de tapisserie cinématographique ponctuée de musiques et de chants anciens.
Rien n’est laissé au hasard. De la symbolique des objets et des animaux aux thèmes qui traverseront toute la filmographie du cinéaste. L’innocence féminine souillée par les désirs de l’homme. La pureté considérée comme suspecte et accusée de tous les maux/mots.
Son goût pour la satire y est également présent, notamment religieuse avec ses moines guerriers – aux armes surprenantes – plus intéressés par la bonne chair que par le prêche en chaire.
Finalement, comme souvent chez Borowczyk, seul le jeu des acteurs laisse un peu à désirer. Encore qu’ici les interprétations de Michel Simon, Georges Wilson, Jacques Perrin et Lawrence Trimble ne manquent pas de charme. Tandis que dans le rôle-titre, Ligia Branice, compagne et égérie du cinéaste, impose, contre toute attente, son étrange jeu atone et ses yeux expressifs.
Blanche est un film rare, sans doute le plus personnel de l’inclassable Walerian Borowczyk.

Coffret collector Borowczyk
Dans le cadre de la rétrospective Borowczyk qui aura lieu au centre Pompidou – du 24 février au 19 mars 2017 – Carlotta édite à partir du 22 février 2017 un superbe coffret collector DVD et Blu-ray reprenant certains de ses films (et courts métrages) les plus emblématiques.
Des copies entièrement restaurées qui rendent enfin justice à l’esthétique si particulière de ce cinéaste plasticien d’origine polonaise. Un coffret qui bénéficie, en outre, de nombreux suppléments ainsi que de deux livres inédits pour éclairer cette filmographie sulfureuse et inclassable.

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PEAU D’ÂNE de Jacques Demy (1970)

Affiche du film Peau d'âne
Un roi veuf s’est mis en tête d’épouser sa fille. Pour échapper à cette union contre-nature, la princesse s’enfuit du château revêtue d’une peau d’âne et trouve refuge dans une hutte au fond des bois.
Après le drame en chanté (Les parapluies de Cherbourg) et la romance colorée (Les demoiselles de Rochefort), Jacques Demy s’intéresse, une fois encore, aux amours contrariés mais cette fois sous l’angle du conte où chant et enchantement font particulièrement bon ménage.
Le cinéaste aborde, sans chercher à les édulcorer, les différentes ambivalences d’un récit que l’on destine souvent à la jeunesse mais qui, sous son aspect féérique, traite aussi de scatologie et d’inceste, un thème d’ailleurs récurrent dans l’œuvre de Demy.
Le film, tout en dualité, oppose ainsi en permanence magnificence et saleté, beauté et laideur, vieux et moderne pour enseigner, in fine, à voir par-delà les apparences et les préjugés.
Outre ses jolies chansons et son côté kitsch assumé (notamment dans les décors qui évoquent autant le pop art que La belle et la bête de Cocteau, dont Jean Marais cite d’ailleurs un des poèmes), l’aspect merveilleux de Peau d’âne tient surtout à un habile équilibre entre des trucages très simples à la Méliès et l’utilisation malicieuse de termes ou d’objets anachroniques, comme cet hélicoptère transportant la fée et le roi bleu.

Photo de Catherine Deneuve et Jacques Perrin
Catherine Deneuve et Jacques Perrin sont les interprètes idéaux de ce « conte de fée charmant ». La prestance de Jean Marais, la malice de Micheline Presle, les tenues sexy de la fée Delphine Seyrig, les irrésistibles bafouillages de Pierre Repp et la participation de Coluche magnifient le reste, sans oublier les très belles musiques de Michel Legrand et des chansons, comme la Recette pour un cake d’amour, devenues des classiques.
Les fées se sont assurément penchées sur le berceau Peau d’âne qui fut, hélas, le dernier grand succès populaire d’un cinéaste enchanteur.

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