BLANCHE de Walerian Borowczyk (1972)

Affiche du film Blanche
En France, au XIIIème siècle. Un vieux seigneur veille jalousement sur Blanche, sa jeune épouse, sans se rendre compte que son propre fils en est amoureux. De passage au château, le roi et son page tentent, tour à tour, de séduire la belle, déclenchant le courroux du seigneur et de son fils.
Surprenant et déroutant, Blanche propose une autre approche du film médiéval. Une vision du Moyen-Âge moins clinquante et bien loin des standards des grosses productions hollywoodiennes mais, certainement, plus plausible. Le soin minutieux porté à chaque décor, costume et accessoire participe pour beaucoup au rendu authentique de cette fresque tragique aussi violente qu’intimiste.
S’inspirant d’enluminures ou de tableaux médiévaux, dont il retrouve l’esthétique et la distanciation, Borowczyk compose chacun de ses plans avec une extrême méticulosité et travaille parfaitement ses ambiances, de l’austérité grisâtre du château à la verdure des forêts.
Il expérimente des cadres dans le cadre et juxtapose par petites touches ses images, créant une sorte de tapisserie cinématographique ponctuée de musiques et de chants anciens.
Rien n’est laissé au hasard. De la symbolique des objets et des animaux aux thèmes qui traverseront toute la filmographie du cinéaste. L’innocence féminine souillée par les désirs de l’homme. La pureté considérée comme suspecte et accusée de tous les maux/mots.
Son goût pour la satire y est également présent, notamment religieuse avec ses moines guerriers – aux armes surprenantes – plus intéressés par la bonne chair que par le prêche en chaire.
Finalement, comme souvent chez Borowczyk, seul le jeu des acteurs laisse un peu à désirer. Encore qu’ici les interprétations de Michel Simon, Georges Wilson, Jacques Perrin et Lawrence Trimble ne manquent pas de charme. Tandis que dans le rôle-titre, Ligia Branice, compagne et égérie du cinéaste, impose, contre toute attente, son étrange jeu atone et ses yeux expressifs.
Blanche est un film rare, sans doute le plus personnel de l’inclassable Walerian Borowczyk.

Coffret collector Borowczyk
Dans le cadre de la rétrospective Borowczyk qui aura lieu au centre Pompidou – du 24 février au 19 mars 2017 – Carlotta édite à partir du 22 février 2017 un superbe coffret collector DVD et Blu-ray reprenant certains de ses films (et courts métrages) les plus emblématiques.
Des copies entièrement restaurées qui rendent enfin justice à l’esthétique si particulière de ce cinéaste plasticien d’origine polonaise. Un coffret qui bénéficie, en outre, de nombreux suppléments ainsi que de deux livres inédits pour éclairer cette filmographie sulfureuse et inclassable.

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TU NE TUERAS POINT de Mel Gibson (2016)

Affiche du film Tu ne tueras point
Présenté comme le retour en grâce du réalisateur de La Passion du Christ voué au purgatoire cinématographique depuis dix ans, Tu ne tueras point (qui raconte les exploits d’un infirmier objecteur de conscience qui participa, sans arme, à la bataille d’Okinawa pendant la seconde guerre mondiale) n’est pas le chef d’œuvre annoncé par certains.
Si le dernier tiers du film avec ses monstrueux affrontements prouve que Mel Gibson n’a pas perdu la main quand il s’agit de filmer les horreurs de la guerre, il déçoit par une première partie bavarde et moralisatrice teintée d’un discours religieux bon teint.
On ne se refait pas et puis c’est le personnage qui veut ça, me direz-vous.
Certes, mais Mel Gibson était-il obligé de nous infliger ensuite une série de poncifs liés au film de guerre ? L’éternel sonnerie au drapeau, le sergent grande gueule mais brave type qui apprécie ses hommes, l’arrivée des jeunes soldats qui croisent sur la route les blessés et les morts revenant du front…
Des clichés que le cinéaste enfile comme des perles sans la moindre originalité tandis que l’interprétation inepte d’Andrew Garfield, alias Andy la touffe, dans le rôle principal n’arrange rien.
Reste qu’après avoir soufflé le froid pendant plus d’une heure avec sa romance fleur bleue et son classique camp d’entraînement, Mel Gibson se réveille et parvient dans la dernière demi-heure à faire ressentir la brûlure des affrontements. Comme à son habitude, le cinéaste n’est pas à un paradoxe près et si Tu ne tueras point, tu montreras le champ de bataille dans toute son horreur et sa crudité. Une incroyable histoire qui aurait pu donner lieu à un grand film si son traitement avait été plus court et centré sur les combats et la psychologie de ses protagonistes.
Pour renouer avec la puissance de son Braveheart, Tu prêcheras moins serait un bon conseil à donner au père Mel.

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MACBETH de Justin Kurzel (2015)

Affiche du film Macbeth
L’Écosse au XIème siècle.
Exalté par la prédiction de trois sorcières lui annonçant qu’il deviendrait roi, Macbeth, chef de guerre victorieux, complote avec l’aide de sa femme pour accéder au trône.
Mais ce pouvoir si convoité va bientôt le rendre fou…
C’est effectivement une tragédie que de voir Justin Kurzel jouer les artistes poseurs en adaptant la célèbre pièce de Shakespeare.
Une tragédie également que de devoir subir sa mise en scène chichiteuse qui force sur les brouillards artificiels, les filtres colorés et l’hémoglobine bon marché.
Mais si le traitre parvient à dénaturer la force du propos, en abusant de ralentis et de mouvements de caméra aussi inutiles qu’alambiqués, c’est en vain qu’il tente de masquer la beauté des Highlands. Un décor majestueux où erre comme un acteur en peine – et en chemise de nuit – un Michael Fassbender hagard et peinturluré qui éructe, grimace, bave et crie comme un possédé.
A ses côtés, Marion Cotillard campe une insipide Lady Macbeth qui semble n’avoir été placée là que pour exploiter sa propension aux larmes et à la morve facile, déjà à l’œuvre dans Les petits mouchoirs.
Interminable et pourtant insignifiant, ce film se révèle plus Macbête que Macbeth.

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LE PONT DES ESPIONS de Steven Spielberg (2015)

Affiche du film Le pont des espions
En pleine guerre froide, un avocat new-yorkais est chargé de défendre un espion russe arrêté sur le sol américain.
Avec Le pont des espions, Steven Spielberg retrace le parcours exemplaire et véridique d’un homme seul contre tous au beau milieu de la guerre froide. Loin de se perdre dans les méandres géopolitiques de l’époque ou de sombrer dans un ennuyeux didactisme, le cinéaste rend parfaitement accessible sa complexe histoire d’espions, tout en s’attachant au parcours personnel de son avocat qui devient le vecteur émotionnel de son film et lui permet d’illustrer au mieux son propos humaniste. La mise en scène empreinte de classicisme (et parsemée de quelques pointes d’humour) fait ici merveille, ponctuée de séquences parfaitement maîtrisée : une angoissante filature sous la pluie, l’éjection spectaculaire du pilote d’un avion espion…
Pour sa quatrième collaboration avec Spielberg, Tom Hanks joue avec conviction de son image d’acteur sympathique et incarne idéalement cet habile avocat qui, au contact de son client et face aux manigances du pouvoir judiciaire de son pays, se transforme progressivement en homme intègre, obstiné et courageux.
Face à lui, Mark Rylance campe, avec beaucoup de finesse, un espion soviétique fataliste et attachant.
Sombre mais résolument optimiste, Le pont des espions pose des questions essentielles sur le libre arbitre et l’engagement de chacun pour la sauvegarde de la paix dans le monde. Preuve, s’il en était besoin, que Spielberg croit toujours en la force du cinéma pour faire évoluer les mentalités.

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FREE STATE OF JONES de Gary Ross (2016)

Affiche du film Free State of Jones
En pleine guerre de Sécession, Newton Knight déserte l’armée sudiste et retourne au Mississippi où il prend la tête d’un groupe de paysans blancs et d’esclaves en fuite. A la tête d’une véritable troupe, il contrôle bientôt la région grâce à sa connaissance des lieux.
Contre l’injustice et l’exploitation humaine, Knight fonde le premier État d’hommes libres où Noirs et Blancs sont à égalité.
Voilà un beau sujet et une reconstitution convaincante gâchés par une mise en scène dénuée de lyrisme et pauvre en émotion. Free State of Jones fait penser à un sage livre d’histoire qui égrène avec application les dates phares de son récit sans y apporter la moindre plus-value, tandis que de surprenants sauts dans le futur – censés faire écho au combat de Newton Knight mais, hélas,toujours à contretemps – viennent parasiter le récit.
Le film ne peut même pas compter sur le talent de ses acteurs pour faire oublier ses longueurs. Trahis par un montage improbable et des ellipses hasardeuses, Matthew McConaughey et Mahershala Ali se démènent en vain pour cette fresque historique au rendu trop lisse qui ne manquait pourtant pas d’intérêt.

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VALMONT de Milos Forman (1989)

Affiche du film Valmont
La marquise de Merteuil désire se venger de son amant qui l’abandonne pour épouser la jeune Cécile de Volanges. Elle demande au vicomte de Valmont de séduire la promise et de la déflorer avant ses noces. Mais le beau libertin a déjà une autre conquête en tête…
Sorti la même année que Les liaisons dangereuses, Valmont supporte difficilement la comparaison avec le film de Stephen Frears.
Jean-Claude Carrière, en charge du scénario, n’est pas Choderlos de Laclos et il affadit considérablement le récit en le modifiant (notamment la fin qui perd de sa noirceur) et en y ajoutant des passages humoristiques qui tombent souvent à plat ou mal à propos.
Si la mise en scène de Milos Forman ne manque pas d’élégance au sein d’une reconstitution soignée, on sent en permanence que le réalisateur et son producteur, Claude Berri, courent après le succès d’Amadeus dont certaines scènes à l’opéra font inévitablement penser.
La distribution du film n’arrange rien.
Colin Firth manque de maturité pour incarner Valmont et son personnage, qui donne pourtant son nom au film, semble secondaire par rapport à celui de la marquise. Merteuil aurait été un titre plus approprié, d’autant qu’Annette Bening se sort plutôt bien d’un rôle difficile. Ce qui n’est pas le cas de la fade Meg Tilly et de l’agaçante Fairuza Balk.
Alors que reste-t-il de ces amours épistolaires ?
Une affiche polissonne qui marqua les esprits et quelques scènes réussies : les amusantes retrouvailles de Cécile de Volange et de Danceny ou la visite de Valmont chez la marquise pendant son bain.
Comme quoi il ne suffit pas d’avoir des lettres pour en faire de belles !

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‘71 de Yann Demange (2014)

Affiche du film '71
1971.
De jeunes soldats anglais sont envoyés à Belfast pour maintenir l’ordre et éviter la guerre civile entre catholiques et protestants qui se partagent la ville.
Abandonné par sa patrouille lors d’une émeute, Gary se retrouve seul dans le quartier catholique. Pourchassé par plusieurs membres de l’IRA qui veulent le tuer, il va tout faire pour rejoindre sa garnison.
Avec ‘71, Yann Demange réussit un intelligent mélange des genres.
Débutant comme un film de guerre basé sur des faits historiques, le cinéaste a la bonne idée de faire subitement basculer son récit vers le thriller retors plutôt que de tomber dans la classique critique militaro-politique.
Se focalisant sur la fuite d’un soldat à la dérive dans une ville sur le point d’imploser, le film – âpre et très sombre : l’action se déroulant de nuit – dégage une ambiance digne d’un polar noir parcourue de moments hallucinés, à la limite du fantastique.
Collé aux rangers de Gary et aussi déboussolé que lui, le spectateur se laisse d’autant plus facilement surprendre que la mise en scène ne lui laisse presque aucun répit.
En perpétuel mouvement, Jack O’Connell se dépense sans compter et donne à son personnage de bidasse, plongé malgré lui dans l’horreur, une indéniable humanité.
Même si ‘71 n’est pas exempt d’un certain manichéisme (notamment dans sa représentation de la police secrète anglaise) et de quelques facilités de scénario, il séduit dans sa volonté de ne pas chercher à porter un jugement sur les motivations des différents protagonistes, ainsi que dans le tableau glaçant qu’il dresse sur la place des enfants vivant en zone de conflits.
Ni pamphlet, ni brûlot, ce surprenant film de guerre et d’action en a, en tous cas, la même efficacité.

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