UN PETIT BOULOT de Pascal Chaumeil (2016)

Affiche du film Un petit boulot
Dans une petite ville du nord de la France sinistrée par le chômage, Jacques, endetté jusqu’au cou, a tout perdu. Alors quand le mafieux du coin lui demande de buter sa femme en échange d’un bon paquet d’argent, difficile de refuser une proposition aussi intéressante que gratifiante…
Après L’arnacoeur et Un plan presque parfait, Pascal Chaumeil aborde les rives de la comédie grinçante à l’anglaise sur fond de crise économique et nous offre le portrait caustique d’un apprenti tueur à gages, un peu gaffeur, qui cherche à faire le « travail » pour lequel on le paie avec autant d’honnêteté et de rigueur professionnel que lorsqu’il était à l’usine.
Ce décalage cocasse fait tout le sel d’un film qui a le bon goût de poser un regard assez juste sur la misère sociale ainsi que sur les méthodes de management assassines de certaines sociétés qui profitent, sans scrupule, de la précarité de leurs employés.
Si le récit manque parfois de rythme, il n’est pas dépourvu de charme grâce à des dialogues, concoctés par Michel Blanc, qui font souvent mouche. Le tandem qu’il forme avec Romain Duris est d’ailleurs particulièrement savoureux et tous les seconds rôles, de Gustave Kervern au trop rare Charlie Dupont, sont particulièrement bien mis en valeur.
Pour son ultime petit boulot Pascal Chaumeil a, encore une fois, le mérite de sortir des sentiers balisés de la comédie française consensuelle et aseptisée.
Son humour et ses plans presque parfaits vont nous manquer.

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SAINT AMOUR de G. Kervern et B. Delépine (2016)

Affiche du film Saint Amour
Jean déprime de voir son fils Bruno se désintéresser de l’exploitation familiale et profiter du salon de l’agriculture pour se saouler dans une route des vins improvisée.
Pour tenter de se rapprocher de lui, Jean l’entraîne sur la vraie route des vins en compagnie de Mike, leur jeune chauffeur de taxi.
Après Mammuth, Gustave Kervern et Benoît Delépine lancent Depardieu, toujours aussi rond et généreux, dans un nouveau périple gouleyant auquel ils convient un Benoît Poelvoorde bien corsé et un Vincent Lacoste primeur très canaille malgré sa jeunesse.
Grâce à la subtile alliance de ces trois crus d’exception, le duo de réalisateurs retrouve une typicité, mélange d’épicurisme et de satire sociale, qui s’était un peu éventée avec Le grand soir et Near Death Experience.
Se présentant sous forme de sketchs à l’humour plutôt charpenté, Saint Amour pétille joyeusement lorsque Poelvoorde se met en tête d’expliquer à Vincent Lacoste les « 10 stades de l’alcool » ou lors d’une nuit bien chambrée en compagnie de Michel Houellebecq.
Si le breuvage ne fait pas toujours dans le vin en dentelle et à quelques longueurs en bouche, il fait le plus souvent mouche et débouche sur de beaux moments de tendresse et d’émotion (les messages que laissent Jean à sa femme) dessinant, avec beaucoup de justesse, les relations parfois complexes entre un père et son fils.
Un bon millésime qui fait souffler un vent de liberté sur le cinéma français, réjouit les zygomatiques et dont les femmes – au cœur de chaque étape du périple – sont le sublime bouquet. Car, en plus du vin, Saint Amour est aussi un récit d’apprentissage sur le cœur des femmes.
Messieurs Kervern et Delépine ne changez rien.
Et surtout : « Bonne continuation ! ».

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DANS LA COUR de Pierre Salvadori (2014)

Affiche du film Dans la cour
Antoine, un musicien au bout du rouleau trouve un emploi de gardien d’immeuble.
Là, il va faire la connaissance de Mathilde, une retraitée dont la raison se fissure plus rapidement que le mur de son salon.
Attention !
Une bonne mise en garde est nécessaire avant d’entrer Dans la cour tenue par Pierre Salvadori.
Si le film montre encore une fois l’art du cinéaste à composer des duos improbables et souvent imparables (le tandem Deneuve / Kervern est parfait) et prouve qu’il n’a pas son pareil pour aborder des sujets de société sur un ton décalé (ici, le malaise et la dépression qui s’emparent des gens en temps de crise), il n’est absolument pas la comédie que les médias et certains journalistes tentent de nous vendre.
Les quelques pauvres gags se trouvent dans la bande annonce et Dans la cour se révèle finalement hautement dépressif.
Dommage que cette chronique douce amère soit gagnée par la contagieuse langueur de ses personnages rendant le spectateur aussi amorphe que Gustave Kervern sur son banc public. Il aurait, sans doute, fallu plus de noirceur ou de folie, comme dans les films du tandem Kervern / Delépine.
On peut en tous cas préférer l’époque où, avant de faire de la comédie sociale, le réalisateur des Apprentis s’essayait avec bonheur à l’esprit loufoque de la comédie à l’anglaise. Le film s’appelait Cible émouvante et faisait vraiment mouche au lieu de nous planter Dans la cour.

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LE GRAND SOIR de G. Kervern et B. Delépine (2012)

Affiche du film : Le Grand Soir
Tout oppose Benoît (qui s’est rebaptisé NOT) à son frère Jean-Pierre.
Le premier fait la manche et est le plus vieux punk à chien d’Europe tandis que l’autre est vendeur de literie dans une grande zone commerciale.
Mais lorsque Jean-Pierre perd son emploi, leurs différents finissent par s’estomper. Les deux frères décident alors de s’unir dans l’hypothétique espoir d’un Grand Soir.
Après la réussite qu’était Mammuth, c’est peu de dire que le nouveau film du tandem Kervern et Delépine était attendu avec impatience. Que les inconditionnels de leur humour absurde et décalé se rassurent Le Grand Soir conserve la même verve sociale ainsi que la même radicalité au niveau de la mise en scène. Une mise en scène à l’encontre des modes qui préfère l’agitation dans un plan fixe plutôt que le vide dans une image qui s’agite.
Plus qu’un appel révolutionnaire à la Louise-Michel, Le Grand Soir se penche sur la difficulté des gens à se faire entendre et à communiquer les uns avec les autres : dans la société en général (voir l’hilarante scène où un vigile – joué par l’excellent Bouli Lanners – parle pour ne rien dire avec le père des deux héros) et dans la famille en particulier. Le premier plan du film, qui met en scène un époustouflant dialogue de sourd entre les deux frères et leur père, résume d’ailleurs parfaitement cette idée.
Chacun vit dans sa petite bulle, en se contentant d’un bonheur factice, guidé par les enseignes des grandes marques et des supermarchés.
Pas dupes, les deux cinéastes montrent aussi que tenter de vivre en dehors du système, comme le fait NOT, n’apporte pas non plus le bonheur. Le cri de révolte que pousse le punk fatigué au micro de la grande surface est à ce titre un émouvant constat d’échec. De même que la visite de Jean-Pierre à son ex femme et à sa petite fille laisse un goût amer.
L’onirisme et la nostalgie de Mammuth ont laissé place à une satire teintée de tristesse et de désillusion à laquelle Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel donnent énergie et ambigüité. Pour leur premier grand rôle chez Kervern et Delépine (après une série d’apparitions ou de personnages secondaires), les deux comédiens – que personne n’avait jusqu’à présent pensé à réunir dans un même film – font des étincelles.
Pourtant, malgré l’inventivité de la mise en scène et l’évidente qualité de l’ensemble de la distribution, Le Grand Soir n’est pas dénué de quelques baisses de régime dans sa dernière partie et semble moins abouti que les précédents films du tandem. La faute a un scénario sans réel enjeu dramatique qui ne débouche sur rien et laisse le spectateur sur sa faim.
Sans doute le prix à payer pour ne pas avoir un film « aux normes » et rendre compte, au mieux, du bonheur insatisfait que procure notre société de con…sommation.

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TORPÉDO de Matthieu Donck (2012)

Affiche du film Torpédo (Les 3 héros du film posent en souriant devant un camping-car)
Lorsqu’un appel téléphonique lui annonce qu’il a gagné un repas en compagnie d’Eddie Merckx, son idole, Michel Ressac voit l’opportunité de renouer avec sa famille tout en leur prouvant qu’il n’a rien de l’éternel perdant qui vit de la vente de camelotes sur les marchés de petites bourgades belge. Le problème, c’est que Michel vit seul et que pour décrocher le gros lot, il doit se présenter dans un magasin de meubles avec femme et enfants.
Qu’à cela ne tienne, il va se fabriquer une famille !
Avec son cinémascope et ses paysages insolites, de la campagne wallonne en hiver aux rivages ensoleillées du Finistère en passant par les aires d’autoroutes, c’est à un drôle de voyage, sensible et plein d’humour, que nous convie Matthieu Donck. Car plus qu’une comédie familiale, Torpédo est un film sur la famille.
Bien sûr, les situations comiques ne manquent pas et les dialogues, très enlevés, font mouches portés par le charisme de François Damiens, le jeu pétillant d’Audrey Dana et l’excellence de l’ensemble de la distribution : Christian Charmetant et le jeune Cédric Constantin sont tous les deux épatants. Mais derrière les pitreries et les excès des personnages se dessinent, en creux, la fêlure de gens modestes qui n’ont pas su, ou pu, trouver leur place au sein de leur famille et dans la société. Si Michel Ressac se démène autant, c’est plus pour retrouver l’estime et la complicité d’un père que pour l’improbable lot qu’il est censé avoir gagné. Christine en couple avec un abruti et Kevin placé dans une famille d’accueil ne sont pas mieux lotis et sont aussi en quête de lendemains meilleurs.
Nulle moquerie dans le regard que porte le réalisateur sur ces gens, juste une empathie communicative qui permet au périple un peu dingue improvisé par Michel de se transformer en un voyage initiatique où tout devient possible, même le bonheur…
D’un charme doux amer, Torpédo est un premier film drôle et attachant qui, malgré quelques baisses de régime, ne dépare pas dans la longue liste des comédies satiriques belges réussies.

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MAMMUTH de G. Kervern et B. Delépine (2010)

Affiche du film Mammuth
Les tribulations excentriques et motorisées d’un nouveau retraité à la poursuite de ses trimestres oubliés…
Avec Mammuth, Gustave Kervern et Benoît Delépine reprennent la voie qu’ils avaient brillamment tracée dans Louise-Michel. Celle d’un cinéma social et expérimental qui, s’il ne fait pas toujours dans la dentelle, est porté par sa mise en scène inventive et audacieuse.
Si l’humour « Groslandais » et le goût pour l’absurde des deux hommes est bien au rendez-vous, portés par la formidable bande d’acteurs qui les accompagne de film en film, l’arrivée de Gérard Depardieu (et dans une moindre mesure celle d’Isabelle Adjani) vient modifier imperceptiblement leur univers décalé. Il faut dire qu’au contact du comédien tout prend des proportions énormes. Doux et bedonnant, sous sa longue crinière blonde décolorée, l’acteur ouvre ses yeux, ouvre ses narines, ouvre ses bras et ouvre son cul sans retenue (la scène des retrouvailles avec son cousin risque d’en surprendre plus d’un !).
Mais en se donnant de la sorte, il offre un véritable bol d’air aux deux réalisateurs qui imprègnent leur film d’un onirisme discret et d’une nostalgie inattendue. Petit à petit, la quête des points perdus devient réflexion sur le temps passé.
Une cure du souvenir pour mieux rebondir.
Si la rencontre entre Gérard Depardieu et Yolande Moreau produit effectivement les étincelles attendues, celles plus brèves entre Gérard Depardieu et Isabelle Adjani sont carrément insolites et émouvantes.
De là à dire que le couple Kervern/Delépine se bonifie de film en film, il n’y a qu’un pas…
Allez, pour fêter ça, que diriez-vous d’entamer avec eux un puzzle de 2000 pièces tout en engloutissant un gros paquet de chips ?
Santé, les gars !

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NI À VENDRE, NI À LOUER de Pascal Rabaté (2011)

Ni à vendre, ni à louer : Affiche
Tranches de vies balnéaires dans la Presqu’île Guérandaise.
C’est à quelques plages de celle de M. Hulot que Pascal Rabaté à choisi de situer les mini-intrigues de son nouveau film. S’inspirant très largement des vacances imaginées par Tati, le réalisateur nous compose une série de sketchs sans dialogue faisant la part belle à la musique et aux onomatopées.
On y retrouve un hôtel en bord de mer, un enterrement, un personnage un peu lunaire interprété par Jacques Gamblin avec, toutefois, quelques petits aménagements. Le tacot de M. Hulot a laissé la place à une voiturette sans permis, le chapeau est devenu une casquette jaune canari et la fameuse partie de tennis s’est transformée en un bref échange entre deux joueurs de Jokari.
Seul apport notable de Rabaté : l’intrusion de quelques scènes lestes ou légèrement triviales.
Autre temps, autre mœurs…
De fait, à mesure que le récit avance, Ni à vendre, ni à louer lorgne beaucoup plus du côté de l’humour de Grosland ou des Deschiens (la présence de Gustave Kervern et de François Morel au générique ne fait, d’ailleurs, que renforcer cette sensation) que des gags très élaborés de Tati.
Lorgne seulement, car le film peine bizarrement à faire sourire.
La faute à l’absence d’un personnage fil rouge, comme l’était M. Hulot, permettant de lier entre elles toutes ces histoires qui s’entrecroisent. Ici, le Monsieur Cerf-volant, interprété par Jacques Gamblin, n’est malheureusement qu’une silhouette parmi d’autres.
C’est d’autant plus rageant que le réalisateur s’est entouré de très bons comédiens. Outre ceux cités plus haut, on y trouve également la trop rare Maria de Medeiros, l’excellent Dominique Pinon et l’hilarant François Damien qui semble s’ennuyer ferme.
Un comble !
Bref, si la formule peut paraître originale, voir « poétique » pour certains spectateurs indulgents, Pascal Rabaté ne prend pas beaucoup de risques en labourant dans les sillons déjà tracés par d’autres et en se moquant gentiment des manies des petites gens.
Plutôt que de revenir sur ces vacances de monsieur tout le monde, le réalisateur des Petits ruisseaux aurait, sans doute, été plus inspiré de s’intéresser à celles des nantis de la côte d’azur et à leurs petits travers.
Tout est à vendre, tout est à acheter ou Les vacances de M. Bling Bling ! Voici des titres – et un sujet – qui auraient certainement été beaucoup plus porteurs et nettement plus grinçants !

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