UN HOMME DE TROP de Costa-Gavras (1967)

Affiche du film Un homme de trop
1943. Une groupe de résistants attaque une prison pour libérer douze des leurs qui ont été condamnés à mort par les Allemands. De retour dans le maquis, ils découvrent qu’il y a un homme de trop parmi les évadés. Traitre ou simple prisonnier de droit commun ? Les maquisards vont devoir statuer sur son sort…
Un homme de trop reste l’un des films les plus méconnus de la riche filmographie de Costa-Gavras. Et c’est fort dommage car le cinéaste livre, dès son second film, un surprenant film de guerre dont les scènes d’action, efficaces et parfaitement maîtrisées, n’ont rien à envier à celles des productions américaines ou anglaises tournées à la même époque. Un film d’action doublé d’une intéressante réflexion sur le choix en temps de guerre. Le choix de ne pas avoir de camp. Mais aussi le choix d’obéir aux ordres, d’exécuter ou non un homme qui ne pense pas comme vous, d’être milicien ou résistant. Des choix qui s’avèrent le plus souvent fatals en période de conflit armé.
Le cinéaste livre aussi une représentation assez rare au cinéma de la vie des résistants dans le maquis pendant la seconde guerre mondiale. Il s’attarde sur la camaraderie qui les unit face à l’occupant en dépit de leurs différences d’opinions et ne se prive pas de quelques touches d’humour grâce aux excellents dialogues de Daniel Boulanger.
Pour donner vie à ces maquisards, le casting réunit par Costa-Gavras est d’ailleurs aussi impressionnant que la qualité des scènes d’action dans la production française d’alors et d’aujourd’hui. Tandis que la fin ouverte, sur un viaduc, fait intelligemment planer jusqu’au bout l’ambiguïté des thèmes qui sous-tendent tout le film.
Loin d’être une œuvre mineure, Un homme de trop à toutes les qualités d’un grand classique du film de guerre.

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SPECTRAL de Nic Mathieu (2016)

Affiche du film Spectral
Un scientifique travaillant pour le département de la Défense des États-Unis est envoyé en Moldavie où règne une violente guerre civile. Il doit tenter de percer le mystère de la mort de plusieurs soldats américains attaqués par des entités invisibles et invincibles.
Avec son impressionnant décor de ville en ruine, ses effets spéciaux convaincants et ses combats plutôt bien menés, Nic Mathieu compose un intéressant mélange entre film de guerre et science-fiction. Malheureusement, s’il parvient à créer une atmosphère intrigante et glauque plutôt crédible, il peine à faire décoller son sujet en raison de personnages sans nuances qui cumulent les poncifs.
Comment croire à ce MacGyver scientifique capable, en quelques heures seulement, de comprendre de quoi il retourne et de fabriquer des prototypes d’armes futuristes avec trois bouts de ficelle ? Ou de s’intéresser aux bidasses stéréotypés qui l’entourent ? C’est sans doute pour cela que le film n’a pas trouvé le chemin des salles, tout en faisant le bonheur de Netflix qui en a racheté les droits.
Une fois encore, la preuve est faite qu’un thème original et des moyens conséquents ne sont rien si la psychologie des protagonistes reste fantomatique.

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UN SAC DE BILLES de Christian Duguay (2017)

Affiche du film Un sac de billes
De 1943 à 1944, l’incroyable périple de deux enfants juifs livrés à eux-mêmes dans la France occupée.
En adaptant le livre autobiographique de Joseph Joffo, Christian Duguay offre une reconstitution plutôt convaincante des années d’occupation ainsi que le récit émouvant du destin d’une famille, privilégiant notamment le lien entre les deux jeunes frères qui se bonifie à mesure qu’ils progressent dans leur périlleux voyage.
Il faut dire que Dorian Le Clech et Batyste Fleurial font preuve, à l’image de leurs personnages, d’une complicité grandissante qui finit par emporter l’adhésion, faisant oublier le côté un peu cliché de certaines scènes – comme cette bataille de polochon se terminant dans une pluie de plumes – ainsi que quelques anachronismes langagiers.
Alors, même si le réalisateur de Jappeloup lorgne parfois du côté de l’esthétique « carte postale » pour illustrer son sujet, il a au moins le mérite de ne jamais perdre de vue le message d’espoir du romancier tout en remettant en lumière, sans complaisance, une époque (pas si éloignée de la nôtre) où le nationalisme, l’intolérance et les idées nauséeuses conduisirent aux pires atrocités.

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LE ROI DE CŒUR de Philippe de Broca (1966)

Affiche du film Le roi de coeur
1918. Fuyant la progression des alliés, un bataillon allemand cache des bombes dans un blockhaus situé sur la place d’une petite ville du nord de la France, bien décidé à tout faire sauter. Prévenus de la menace, les britanniques envoient un soldat écossais en éclaireur pour localiser et désamorcer les explosifs. Le problème, c’est que les pensionnaires de l’asile d’aliénés ont pris possession du bourg déserté par ses habitants.
Abandonnant, pour un temps, l’exotisme et l’action trépidante de ces précédents films avec Belmondo (L’homme de Rio et Les tribulations d’un Chinois en Chine), de Broca revient en France pour nous conter une fable s’inspirant d’un fait divers réel. Un sujet qui lui tient visiblement à cœur et où, comme le soldat Plumpick, il se met à nu.
Se servant de la folie comme d’un subterfuge, le cinéaste met à profit le caractère décalé de ses personnages et de leurs actions pour composer un univers parallèle loufoque et coloré qui lui permet de faire passer, tout à la fois, son amour pour le spectacle ainsi que sa haine de la guerre.
Loin de se présenter comme un pamphlet, Le Roi de cœur choisit le point de vue du moraliste et de la fable poétique pour nous laisser entendre que les fous ne sont pas toujours ceux que l’on croit.
Au cœur de cette fantaisie baroque, les acteurs, tous excellents, s’en donnent à cœur joie. Françoise Christophe et Micheline Presle imposent leurs jeux subtils et sensuels, Pierre Brasseur son charisme bonhomme, tandis que Julien Guiomar se lâche dans un rôle d’ecclésiastique extraverti et que Michel Serrault semble se préparer à son futur rôle de Zaza dans La cage aux folles. Même de Broca y va de son clin d’œil en s’octroyant le rôle, très bref, d’un certain caporal Adolf.

Photo du film Le Roi de coeur
Jolie comme un cœur Geneviève Bujold est une parfaite ingénue face au séduisant Alan Bates – homme de cœur et cœur à prendre – lui-même parfait en soldat tiraillé entre son devoir et son envie de déposer les armes. Dommage que, malgré son élocution française plus que convenable, certaines de ses répliques soit difficilement compréhensibles et gâchent un peu la saveur des dialogues de Daniel Boulanger.
Porté par la belle musique de Georges Delerue, Le Roi de cœur, sous ses dehors excentriques, est aussi teinté de nostalgie. La rêverie s’avère éphémère et les fous, loin d’être dupes, savent à quoi s’en tenir.
Le personnage du duc de Trèfle, incarné avec finesse par Jean-Claude Brialy, offre sans doute l’une des clés de ce film rare, injustement boudé par le public français à sa sortie. Son personnage (sorte de double du cinéaste sensible, élégant et passionné qu’était de Broca) révèle dans une dernière réplique énigmatique que : « Les plus beaux voyages se font par la fenêtre ». Belle métaphore sur le cinéma !

Jaquette Blu-ray du Roi de coeur Restauré pour L’atelier d’images, Le Roi de cœur ressort le 24 janvier 2017, en DVD et Blu-ray, dans une copie aux images rutilantes (supervisée par le directeur de la photographie Pierre Lhomme) qui redonne au film une seconde jeunesse. Une édition royale remplie de témoignages et de documents d’époque passionnants.
Le film sera aussi visible en salles à partir du 25 janvier. Soit plus de 50 ans après sa sortie.

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TU NE TUERAS POINT de Mel Gibson (2016)

Affiche du film Tu ne tueras point
Présenté comme le retour en grâce du réalisateur de La Passion du Christ voué au purgatoire cinématographique depuis dix ans, Tu ne tueras point (qui raconte les exploits d’un infirmier objecteur de conscience qui participa, sans arme, à la bataille d’Okinawa pendant la seconde guerre mondiale) n’est pas le chef d’œuvre annoncé par certains.
Si le dernier tiers du film avec ses monstrueux affrontements prouve que Mel Gibson n’a pas perdu la main quand il s’agit de filmer les horreurs de la guerre, il déçoit par une première partie bavarde et moralisatrice teintée d’un discours religieux bon teint.
On ne se refait pas et puis c’est le personnage qui veut ça, me direz-vous.
Certes, mais Mel Gibson était-il obligé de nous infliger ensuite une série de poncifs liés au film de guerre ? L’éternel sonnerie au drapeau, le sergent grande gueule mais brave type qui apprécie ses hommes, l’arrivée des jeunes soldats qui croisent sur la route les blessés et les morts revenant du front…
Des clichés que le cinéaste enfile comme des perles sans la moindre originalité tandis que l’interprétation inepte d’Andrew Garfield, alias Andy la touffe, dans le rôle principal n’arrange rien.
Reste qu’après avoir soufflé le froid pendant plus d’une heure avec sa romance fleur bleue et son classique camp d’entraînement, Mel Gibson se réveille et parvient dans la dernière demi-heure à faire ressentir la brûlure des affrontements. Comme à son habitude, le cinéaste n’est pas à un paradoxe près et si Tu ne tueras point, tu montreras le champ de bataille dans toute son horreur et sa crudité. Une incroyable histoire qui aurait pu donner lieu à un grand film si son traitement avait été plus court et centré sur les combats et la psychologie de ses protagonistes.
Pour renouer avec la puissance de son Braveheart, Tu prêcheras moins serait un bon conseil à donner au père Mel.

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WAR DOGS de Todd Phillips (2016)

Affiche du film War dogs
Profitant de la guerre en Irak, deux amis d’enfance vont s’improviser courtiers en armement, vendant sans état d’âme des équipements militaires, comme d’autres des petits pois. Pour le plaisir du fric facile.
Mais enivrés par le succès de leur petite entreprise qui ne connait pas la crise, leurs magouilles vont vite devenir incontrôlables.
Le réalisateur de Very Bad Trip était-il l’homme de la situation pour adapter cette incroyable affaire inspirée d’une histoire vraie ? La question se pose en regardant War Dogs qui préfère s’attarder sur les tribulations de ses deux dangereux inconscients sans vraiment remettre en cause les dérives guerrières du gouvernement Bush et les pratiques douteuses du Pentagone.
Si le film se laisse suivre, c’est surtout grâce aux compositions plaisantes de ses deux interprètes, notamment Jonah Hill en bedonnant fan du Tony Montana de Scarface. Pour le reste, le pamphlet attendu reste bien consensuel et la leçon de morale (plutôt douteuse) de rigueur.

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FREE STATE OF JONES de Gary Ross (2016)

Affiche du film Free State of Jones
En pleine guerre de Sécession, Newton Knight déserte l’armée sudiste et retourne au Mississippi où il prend la tête d’un groupe de paysans blancs et d’esclaves en fuite. A la tête d’une véritable troupe, il contrôle bientôt la région grâce à sa connaissance des lieux.
Contre l’injustice et l’exploitation humaine, Knight fonde le premier État d’hommes libres où Noirs et Blancs sont à égalité.
Voilà un beau sujet et une reconstitution convaincante gâchés par une mise en scène dénuée de lyrisme et pauvre en émotion. Free State of Jones fait penser à un sage livre d’histoire qui égrène avec application les dates phares de son récit sans y apporter la moindre plus-value, tandis que de surprenants sauts dans le futur – censés faire écho au combat de Newton Knight mais, hélas,toujours à contretemps – viennent parasiter le récit.
Le film ne peut même pas compter sur le talent de ses acteurs pour faire oublier ses longueurs. Trahis par un montage improbable et des ellipses hasardeuses, Matthew McConaughey et Mahershala Ali se démènent en vain pour cette fresque historique au rendu trop lisse qui ne manquait pourtant pas d’intérêt.

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