PERSONAL SHOPPER de Olivier Assayas (2016)

Affiche du film Personal Shopper
Maureen, une jeune américaine, travaille à Paris comme acheteuse de mode pour une célébrité « people ». Un métier ennuyeux qui lui permet de subsister en attendant que l’esprit de son frère jumeau, disparu quelques mois plus tôt, réussisse à entrer en contact avec elle.
Avec Personal Shopper, Olivier Assayas s’aventure dans l’univers du fantastique et, plus particulièrement, dans celui du film de fantômes. Une immersion aussi intrigante qu’angoissante soutenue par une mise en scène efficace lorsqu’elle s’attache aux déambulations nocturnes de l’héroïne dans une grande demeure isolée et déserte. Les mouvements de caméra, le travail sur les ombres et la lumière ainsi que l’importance donnée à la bande son, qui tout à coup s’incarne, forment un ensemble cohérent qui contribue à faire naître le malaise.
Une tension que le cinéaste ne parvient pas, hélas, à garder constante.
Car plutôt que de se concentrer sur la quête de son héroïne et de poursuivre dans cette veine viscérale, Assayas se disperse dans une approche cérébrale qui tente d’explorer différents niveaux de lecture qu’il ne parvient jamais à assembler, donnant au film un aspect artificiel.
Lorsque le réalisateur oppose le monde des esprits à celui de la mode, qui en manque cruellement, on voit surtout un prétexte pour jouer à la poupée avec la starlette Kristen Stewart – pas vraiment convaincante – qu’il se plaît à déshabiller ou à rhabiller de façon sexy.
Quand il fait bifurquer son récit vers un thriller cousu de fils blancs, où pointe la critique des nouveaux moyens de communication – ici les textos – avec lesquels certains n’hésitent pas à se dévoiler, psychologiquement et physiquement, devant de parfaits inconnus. Une intrigue qu’il évacue d’ailleurs à la sauvette, d’un revers de caméra, lors d’une scène énigmatique à la sortie d’un hôtel où il n’y a sans doute pas grand-chose à comprendre.
Et que penser de cet extrait de téléfilm soi-disant trouvé sur internet ? Sinon que Benjamin Biolay, peu crédible dans le rôle de Victor Hugo, peine surtout à articuler son texte.
Cette accumulation de pistes devient, entre deux dialogues creux, l’aveu d’impuissance d’un scénario ectoplasmique qui – à l’image de Maureen – se cherche et finit par revenir à son point de départ, comme un mauvais gag. Décevant.

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PROMOCION FANTASMA de Javier Ruiz Caldera (2012)

Affiche du film Ghost Graduation
Un professeur de lycée possède un étrange pouvoir : il voit les morts.
Un don qui lui coûte régulièrement son poste et joue sur sa santé mentale.
Aussi lorsqu’il découvre que cinq fantômes de lycéens (morts en 1986 dans l’incendie de la bibliothèque du lycée) terrorisent l’établissement où il vient d’être embauché, Modesto entreprend de les aider à gagner l’au-delà en leur faisant passer le bac.
Improbable croisement entre une version adulte du Sixième Sens de M. Night Shyamalan et une transposition fantomatique de Breakfast Club de John Hughes, le film de Javier Ruiz Caldera se joue, avec humour, des poncifs en vogue dans les films pour adolescents américains et fait souvent mouche lorsqu’il s’amuse du contraste entre les mœurs des lycéens des années 80 et ceux des années 2010.

Photo des fantômes de Promocion fantasma
Bien que stéréotypés, les personnages sont convenablement campés et parviennent à surprendre. Du psychanalyste obsédé du « trou de balle » à la concierge du lycée, avide de tous types de possession. Car Promocion Fantasma fait aussi dans la blague grivoise. Mais avec un sens de l’à-propos tout à fait réjouissant qui désamorce la crudité de certaines situations.
Alors même si cette plaisante comédie fantastique espagnole n’est pas destinée aux plus jeunes, il est vraiment étrange qu’elle ne soit pas venue hanter nos salles obscures. Mais il en est, peut-être, des distributeurs comme des morts sur lesquelles s’interroge la directrice du lycée :
– Directrice : Vous pensez qu’ils sont biens ? Je parle des morts.
– Modesto : A priori c’est comme la vie. Y’en a qui sont heureux, d’autres qui sont tristes… Et il y en a qui sont cons aussi.

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LISA ET LE DIABLE de Mario Bava (1973)

Affiche du film Lisa et le diable
En visite touristique à Tolède, Lisa est troublée par ancienne fresque murale représentant le diable. Plus tard, dans une étrange boutique d’antiquités, elle croise un homme ressemblant au démon. Mal à l’aise, elle se sauve et se perd dans des ruelles qui semblent avoir été désertées par leurs habitants.
A la nuit tombée, un couple de riches et leur chauffeur acceptent de la prendre en stop. Mais la voiture tombe en panne juste devant un inquiétant domaine.
Lisa et le diable (rebaptisé La maison de l’exorcisme dans un nouveau montage qui se voulait plus commercial mais que n’a pas reconnu le cinéaste) est l’un des derniers films de Mario Bava. Un film en forme d’adieu à un genre, l’épouvante gothique, qui l’a fait connaitre dès son premier film : Le masque du démon.
Comme dans Opération peur, il est question de revenants et d’errance dans une vaste demeure abritant un dédale de couloirs et de pièces désertes.
La perte des repères, un thème récurrent chez Mario Bava et annonciateur des prémices de la peur chez ses personnages. Lisa ne fait pas exception à la règle, la jeune femme commençant par s’égarer dans une ville qu’elle ne reconnait plus avant d’échouer dans une propriété labyrinthique.
Tout comme la boutique d’antiquités, le choix des décors lugubres, des cadrages étranges, du montage et de la bande son – où les ricanements se mêlent au bruit du vent – contribuent au passage de l’héroïne dans un angoissant univers parallèle où le temps semble s’être figé. Une variation funèbre d’Alice au pays des merveilles qui a, peut-être, inspiré à Claude Chabrol l’un de ses films les plus étranges : Alice ou la dernière fugue sorti en 1977.
Par sa maîtrise des panoramiques, des travellings et des zooms agressifs, l’ancien directeur de la photo qu’est Mario Bava élabore un surprenant poème macabre, un songe teinté d’érotisme et de nécrophilie.
Du cinéma baroque qui s’accommode mal des années 70 et des « Chabadabada » musicaux en vogue à l’époque. Rapidement, le spectateur se perd en conjectures sur le sens à donner à cette intrigue et s’agace du cabotinage de certains des comédiens, dont un Telly Savalas en roue libre qui étrennait ici les fameuses sucettes de Kojak.
Mais peut-être n’y a-t-il rien à comprendre et qu’il ne faut voir en Lisa et le diable qu’une métaphore de la carrière finissante de Bava. Lui qui – comme Leandro, le maître d’hôtel interprété par Telly Savalas – s’est efforcé, au travers de ses films, de donner vie à des pantins plus ou moins bons. Des mannequins déjà présents dans Six femmes pour l’assassin qui avait contribué à faire de lui l’un des maîtres du Giallo.
C’est dire qu’en dépit de ses imperfections, les aventures de Lisa au pays de l’effroi n’en reste pas moins un œuvre troublante, aussi séduisante (Elke Sommer et Sylva Koscina sont superbes) que mortifère.

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MAMA de Andrés Muschietti (2013)

Affiche du film Mama
Deux jeunes sœurs, portées disparues le jour du décès de leurs parents, sont retrouvées cinq ans plus tard dans une inquiétante cabane au fond des bois. Confiées à leur oncle et à sa petite amie, elles tentent de se réadapter à la vie en société, mais un être malfaisant semble les avoir accompagnées…
Au carrefour de deux styles horrifiques en vogue – l’un japonais avec son fantôme de femme désarticulée aux longs cheveux et l’autre espagnol avec sa mère courage et ses enfants en proie à l’au-delà – Mama se démarque pourtant du tout venant des films d’horreur en jouant la carte du conte fantastique et de l’ambiguïté.
Andrés Muschietti dispense avec parcimonie ses effets pour mieux faire peur et à le bon goût de donner une réelle épaisseur à sa revenante (dangereuse mais aimant vraiment les deux fillettes) ainsi qu’à Jessica Chastain, moins lisse et insipide qu’à l’accoutumée.
Plus qu’à une banale histoire de spectre revanchard, c’est finalement à l’affrontement de deux mères adoptives pour la garde de leurs enfants que nous convie ce film. Un changement de point de vue qui fait toute la différence et rend cette Mama plutôt fréquentable.

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S.O.S FANTÔMES de Paul Feig (2016)

Affiche du film SOS Fantômes
Quatre femmes se lancent dans la chasse aux fantômes dans un New York envahi par les spectres.
C’est peu dire que l’annonce d’une distribution féminine pour remplacer Bill Murray et sa bande a fait dresser les cheveux sur la tête de nombreux fans des films originaux (même si l’on est en droit de se demander ce qu’ils ont bien pu trouver de drôle au pitoyable S.O.S Fantômes 2). Pourtant, n’en déplaise aux esprits chagrins, Melissa McCarthy et son équipe de chasseuses de fantômes sont loin d’être des ectoplasmes et surpassent en humour leurs homologues masculins, secondées par un Chris Hemsworth épatant en secrétaire blond.
Le choix de Paul Feig à la réalisation est plutôt judicieux qui, de Mes meilleures amies à Spy, a su donner ses lettres de noblesse à un comique féminin décomplexé et agrémenté de brillantes improvisations. Loin de se désavouer avec S.O.S Fantômes, il continue de tracer son sillon humoristique en mêlant, avec bonheur, ses fameuses blagues potaches à des gags tout public.
Le résultat est un divertissement enlevé, rempli d’effets spéciaux convaincants et de répliques qui font mouche, qui parvient à faire oublier les films originaux auxquels le cinéaste n’oublie pas de faire de nombreux clins d’œil.

Finalement, la seule chose qui pose question est : préférez-vous Kevin en train de jouer du saxo ou en train d’écouter du saxo ?

Chris Hemsworth fait son Kevin

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LE FANTÔME DE CANTERVILLE de Yann Samuell (2016)

Affiche du film Le fantôme de Canterville
Une famille de parisiens décide de s’installer dans un château en Bretagne. Mais l’endroit est déjà occupé par l’un de ses anciens propriétaires : une femme chevalier fort irritable dont le serviteur passe son temps à perdre la tête, au propre comme au figuré, en essayant de la satisfaire.
Coulé dans le même moule que le peu glorieux Le grimoire d’Arkandias sorti il y a deux ans, Le fantôme de Canterville propose un divertissement fantastique et familial calibré pour la télévision aux heures de grandes audiences.
Un produit sans saveur que le réalisateur emballe de pauvres effets spéciaux et de dialogues qui sonnent tellement creux, à force de vouloir faire « jeune », qu’ils filent rapidement le « seum » au lieu de faire « kiffer ».
Acteurs fantomatiques, spectres de pacotille, fantastique de pacotille, Bretagne de pacotille (le film a été tourné en Belgique !) : tout sonne faux dans cette adaptation d’Oscar Wilde aseptisée pour ne froisser personne sauf, sans doute, les amoureux des Fest-Noz.
Quant à l’humour…
A côté, Les visiteurs de Jean-Marie Poiré c’est de l’Edmond Rostand !
Plutôt que de passer son temps à perdre la tête, Michaël Youn ferait mieux de remettre sa cagoule, elle lui va mieux au teint.

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CRIMSON PEAK de Guillermo del Toro (2015)

Affiche du film Crimson Peak
Une jeune américaine candide et fortunée – littéralement hantée par la mort de sa mère – s’éprend d’un séduisant Baronnet qui l’emmène vivre dans son sinistre château en Angleterre. Entre son inquiétante belle-sœur et de terrifiants spectres, les nerfs et la santé d’Edith vont être mis à rude épreuve.
Quelle tristesse de voir un cinéaste brader son talent pour tenter de garder sa place à Hollywood, affadissant au passage son style et son originalité pour rentrer dans la norme.
Allant jusqu’à plagier l’aspect de son poétique fantôme dans L’échine du diable, Guillermo del Toro nous offre dans Crimson Peak une série de hideux ectoplasmes au rendu trop numérique pour être réellement effrayant.
A l’inverse des décors baroques et surchargés de la vieille demeure, le scénario, d’une indigente pauvreté, nous resserre les éternels lieux communs sur les maisons hantées. Tandis que pour masquer son secret de Polichinelle, le réalisateur se cantonne dans le sursaut facile (notamment en abusant des effets sonores) plutôt que de tenter d’instiller une réelle angoisse.
Entre hommage et clins d’œil (l’héroïne se nomme Cushing comme le célèbre acteur de films fantastiques), la luxueuse demeure préfabriquée de Guillermo del Toro déçoit car elle ne parvient jamais à retrouver le charme vénéneux de La maison du diable de Robert Wise, ni l’ambiance frissonnante et gothique du château du Masque du démon de Mario Bava.
Mais le plus horrible se trouve dans la confrontation entre les deux actrices les plus fades du moment : Jessica Chastain et Mia Wasikowska. Leur affrontement en fin de film y atteint des sommets de Grand-Guignol. Face à elles, même Tom Hiddleston, plutôt convaincant, ne parvient à renouveler sa fantastique performance de Only Lovers Left Alive.
Bref, mieux vaut que l’adaptation de Lovecraft – dont rêve Guillermo del Toro – reste dans un tiroir si elle doit ressembler à ça…

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