PROPRIÉTÉ PRIVÉE de Leslie Stevens (1960)

Affiche du film Propriété privée
Duke et Boots, deux voyous désœuvrés, aperçoivent dans une station-service une séduisante femme blonde au volant d’une belle voiture.
Ils décident de la suivre jusqu’à son domicile, une luxueuse villa isolée sur les hauteurs de Los Angeles. Là, ils s’installent dans la maison inoccupée d’à côté afin de pouvoir épier la belle à leur aise.
Doté d’un somptueux noir et blanc, Propriété privée est une réflexion sur le désir et la frustration (tant sexuelle que matérielle) qui fourmille d’idées de mise en scène, à l’image de ce couple ivre semblant danser à l’intérieur d’un verre vide posé au premier plan.
Hommage à Hitchcock, avec son héroïne blonde et ses deux marginaux qui fantasment devant leur fenêtre sur jardin en forme d’écran de télévision, le film de Leslie Stevens instaure, avec trois fois rien, une véritable tension sexuelle tout au long d’un huis clos parfaitement maîtrisé.

Duke et Boots devant leur fenêtre
Le récit où se séduisent et s’affrontent un trio aux comportements ambigus est d’une surprenante modernité, évoquant aussi bien l’homosexualité latente des deux hommes que les envies inassouvies de la femme qu’ils convoitent.
Face à Warren Oates, dont c’est l’une des premières apparitions au cinéma, Corey Allen ne manque pas de charme. Un charme équivoque, aussi attirant qu’angoissant, qui fait regretter sa trop brève carrière d’acteur. Mais c’est, sans conteste, la prestation de Kate Manx qui fascine et marque les esprits.

Kate Manx
Femme du réalisateur et étoile filante qui s’éteindra quatre ans plus tard, elle apporte à cette histoire un indéniable trouble érotique, que ce soit dans ses poses lascives ou dans sa façon de caresser, avec dépit, une bougie sur la table du dîner.
Tourné en quelques jours pour un budget modeste, Propriété privée est un chef d’œuvre méconnu. Un petit bijou du polar noir, récemment retrouvé, qu’il ne faut surtout pas manquer.

Affiche reprise Propriété privée
Carlotta édite dès le 1er mars 2017 une très belle restauration 4K en DVD et Blu-ray de Propriété privée qui rend vraiment justice aux superbes images en noir et blanc du chef opérateur Ted D. McCord.
Une restauration parfaite accompagnée d’un supplément instructif : un entretien avec Alexander Singer, photographe de plateau, qui évoque ses souvenirs du tournage.

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DOCTEUR JEKYLL ET LES FEMMES de Walerian Borowczyk (1981)

Affiche du film Dr Jekyll et les femmes
A Londres, le docteur Jekyll convie chez lui famille et amis de la haute société victorienne afin de fêter ses fiançailles avec la désirable Fanny Osbourne. Une soirée qui vire au cauchemar lorsqu’un dangereux pervers sexuel se glisse dans l’immense demeure, violant et tuant tous ceux qui croisent son chemin.
Reprenant à son compte le fameux roman de Stevenson, Walerian Borowczyk décrit une société corsetée (le fétichisme du corset, récurent dans tout le film, n’est sans doute pas un hasard) devenant la proie de ses pulsions et compose un film sulfureux qu’il imprègne tout entier de la dualité de son personnage principal.
Aux vastes salons éclairés où festoient les convives, le cinéaste oppose les couloirs sombres et tortueux de l’étrange demeure qu’il transforme en un véritable dédale (sorte de représentation tourmentée de l’espace intérieur de Hyde ?), tandis que les femmes, personnages clefs de tous ses films, jouent de leur ambivalence, entre innocence opprimée et tentation de la perversion, face à des hommes arrogants et sans nuances.
Photo de Marina Pierro dans le rôle de Fanny Osbourne
Borowczyk, en parfait esthète, crée pour l’occasion des images dignes de tableaux de maître – mêlant jeu d’ombres et de lumière, escaliers spiralés, visage féminin recomposé dans un reflet et hommage à Vermeer – et fait baigner son film dans une atmosphère cotonneuse et floue, sans doute pour pour mieux illustrer cette idée de perte des repères. L’ambiance fantastique qui en découle est proche de celles composées par Mario Bava en Italie. La maison labyrinthique et l’apparition fugace, en début de film, de la petite fille blonde derrière une fenêtre semblent d’ailleurs faire écho aux plans élaborés par le maître italien de l’angoisse dans Opération peur.
Photo petite fille blonde derrière la fenêtre
Mais, tout à ses compositions esthétiques, Borowczyk en oublie son scénario, beaucoup trop décousu et verbeux, ainsi que sa direction d’acteur avec des comédiens en roue libre. Si le choix d’Udo Kier et de son regard magnétique, pour jouer Jekyll, est tout à fait judicieux, sa prestation relève le plus souvent du cabotinage. Le doublage approximatif de certains de ses partenaires n’arrange rien et participe au côté calamiteux de l’ensemble.
Parfois à la limite du grotesque, Dr Jekyll et les femmes peine à convaincre même si le film possède d’indéniables fulgurances fantastiques (le bain où se transforme le docteur) et érotiques (l’effeuillage de la fille du général penchée sur la table d’une machine à coudre).
Il n’en reste pas moins une véritable curiosité réservée à un public averti.

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CINQUANTE NUANCES PLUS SOMBRES de James Foley (2017)

Affiche du film 50 nuances plus sombres
Toujours produit par Univers sale, le bien nommé, la suite de Cinquante nuances de Grey annonce d’entrée sur son affiche « Plus aucune règle ».
Ça commence bien !
Anastasia Steele serait-elle enceinte, voire déjà ménopausée ?
Rien de tout ça, rassurez-vous. La belle semble même en avoir fini avec son herpès labial (elle ne se mordille plus la lèvre inférieure) ainsi qu’avec le riche bellâtre brun Christian Grey.
Elle travaille aujourd’hui comme assistante dans une maison d’édition sous la direction d’un autre bellâtre, blond celui-là, qui se dit intello et que l’on suppose éditeur. La preuve, il se promène dans son bureau avec un crayon coincé sur l’oreille.
Le plus inquiétant c’est que ce type s’appelle Hyde et que la godichonne (en un seul mot) n’a, semble-t-il, jamais lu de roman de Stevenson. Pas méfiante pour deux sous, va-t-elle tomber entre les griffes de ce pervers ?
C’est sans compter sur le retour inopiné (en un seul mot) de Christian.
S’il y a des nuances plus sombres dans ce film, elles sont foutrement bien cachées.
Ici, tout n’est que luxe, « glam » et vacuité.
C’est peu dire qu’il ne se passe rien. Quasiment aucune action (du vin jeté au visage, une voiture peinturlurée et le crash escamoté d’un hélicoptère) au milieu d’un océan de dialogues ineptes.
Lorsque Christian propose un repas à Anastasia pour tenter de la reconquérir, elle ne trouve rien de mieux que de lui dire : « Très bien, je vais dîner avec toi parce que… j’ai faim ».
Et quand – enfin !!! – il la conduit à un lit encore toute habillée, la belle empressée exprime son désarroi par un saisissant : « Je suis trop couverte ! ».
Pour le reste, Anastasia se contente de terminer ses phrases par des petits « Oh, my god ! » censées illustrer son trouble à chaque fois que Monsieur lui déballe tout son matériel.
Les fameuses boules de Geisha notamment, dont la gentille oie blanche à peur qu’elles ne finissent dans son derrière. Heureusement, en bon mâle dominant, Christian va vite lui faire comprendre que ses craintes sont sans fondement et que ce n’est pas demain qu’elle se fera appeler Anustasia.
Dès lors, elle ne s’effraie même plus lorsqu’il recommence à vouloir contrôler sa vie et qu’il lui avoue ne pas être pervers, juste sadique ! Le pauvre garçon fait payer aux soumises qu’il fesse un traumatisme de sa petite enfance.
Rassurée sur son comportement équilibré, Anastasia peut maintenant accepter sans crainte sa demande en mariage. D’autant que Chrichri la bricole n’arrête pas de la surprendre, lui faisant même découvrir – dans une cabine d’ascenseur bondée – qu’elle possède sous la jupe un bouton privé lui permettant de monter au septième… ciel. Oh my god !

Anastasia et Christian sont dans un ascenseur
Autour du couple mal assorti que forment Jamie Dornan et Dakota Johnson, le reste de la distribution est franchement pathétique. La palme revenant à Kim Basinger, méconnaissable avec son visage figé et inexpressif.
Botox ou abus de sperme sur le visage ? La question reste en suspens pour celle qui joue le rôle d’une patronne d’un salon de coiffure qu’elle a appelé : Esclava !
De quoi faire bouillir un peu plus l’esprit de ces dames qui lisent E.L. James sous leurs casques de coiffure.
Avec sa jeune ingénue, son homme très riche et ses scènes de sexe plus cucul que panpan… Ces « Harlequinades » cinématographiques n’ont vraiment rien de bandant !

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CINQUANTE NUANCES DE GREY de Sam Taylor-Johnson (2015)

À deux, c’est mieux. Et c’est surtout plus amusant. C’est ce qu’on s’est dit avec Polinacide pour notre première collaboration « ciné », inaugurée avec le très attendu Cinquante nuances de Grey. Histoire de marquer le « coup », quoi.

Affiche du film 50 nuances de Grey
Énorme…
C’est à une queue énorme que le critique, toujours prêt à recevoir une bonne claque cinématographique, s’était préparé en arrivant au cinéma.
Prêt à être acculé devant la caisse par une horde de ménagères de, plus ou moins, 50 ans (tout est dans la nuance) avides de découvrir l’adaptation sur grand écran du roman à succès de E.L. James.
Mais, comme souvent après un bon fantasme, la réalité a le don malicieux de faire retomber la pression. Pas de queue devant le cinéma et cinq personnes dans la salle. Votre serviteur, deux adolescentes et deux mamies.
Les premières suivirent le film tout en regardant les messages sur leur portable, les secondes en commentant l’action comme devant la télé.
Voilà pour l’ambiance torride.
Quant à votre serviteur, il se demandait s’il allait appliquer le « lâcher prise » recommandé par l’affiche ou démonter hardiment cette rencontre entre Anastasia, jeune oie blanche adepte de littérature et de culottes en coton, et Christian, petit branluchon arrogant qui, comme les schtroumpfs, n’a dans sa garde-robe qu’un seul type de tenue : costume sombre et chemise blanche qu’il agrémente de cravates (de notaire ?) aux différentes nuances de gris.

Affiches cravate et mordillage de lèvres Une cravate qui semble être le symbole de la virilité de cet ambitieux chef d’entreprise pour qui prendre son pied consiste à faire des nœuds dedans afin d’attacher ses partenaires de jeu, que l’on imagine consentante même si le film n’est pas en odorama.
De son côté, la jeune étudiante en lettres passe son temps à se mordiller le coin de la lèvre inférieure, signe d’une intense excitation contenue ou d’un herpès labial particulièrement irritant.
Rendons grâce à la réalisatrice qui, dès les premiers plans, nous fait « subtilement » rentrer dans l’ambiance grâce à une vue aérienne sur de gros nuages gris d’aspects spermatiques.
S’en suit l’arrivée de l’héroïne qui laisse échapper un « Waow » d’admiration devant le building Grey qui se dresse fièrement devant ses yeux.
Puis un rencontre plus que tendu avec son bel Apollon, qui la laissera toute mouillée sur le trottoir (il pleut, qu’allez-vous donc imaginer ?).

Photo d'Anastasia suçotant sensuellement son crayon Notre héroïne (à laquelle Dakota Johnson – fille de Don Johnson et de Melanie Griffith – prête son joli minois et ses petits gloussements) n’a alors plus qu’une envie : aller suivre distraitement ses cours de littérature en suçotant sensuellement un long crayon rigide avec Grey marqué dessus.
Il faut la comprendre, Christian est interprété par l’insipide Jamie Dornan : une des anciennes égéries de Calvin Klein. C’est sans doute pourquoi il vit dans un grand loft façon « Carte Noire », raffole des balades en forêt idéales pour promouvoir les vestes en cuir et adore s’envoyer en l’air dans des hélicoptères intérieur cuir ou des planeurs aux allures de spermatozoïdes.
Vous noterez, au passage, qu’avant qu’il ne croque la pomme, Christian offre un Mac à sa dulcinée pour des échanges en ligne… hmmmmm, très coquins !
De là à dire que 50 nuances de Grey fait aussi dans le placement de produits…
Et les scènes de sexe ?
Peu nombreuses, elles sont aussi excitantes que des pubs pour gels douche, la réalisatrice se bornant à filmer les fesses de ses deux gravures de mode tout en s’ingéniant à dissimuler leur sexe. Mention spéciale pour la première séance de bondage au son de chœurs angéliques. Sans doute pour mieux faire ressentir l’extase de la soumise et nous faire agréablement patienter en attendant l’arrivée du petit Jésus… dont les miracles supposés resteront invisibles, désolé mesdames !
Vous l’aurez compris, 50 nuances de Grey est aux films érotiques, ce que Twilight est aux films de vampires : une niaiserie romantique pour midinettes, vaguement pimentée de poncifs sexuels éculés.
Les spectateurs ont de quoi faire grise mine car, à trop cravacher pour édulcorer ses petites sauteries, Sam Taylor-Johnson manque de doigté dans le choix de ses nuances.
Un coup pour rien !

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IN THE CUT de Jane Campion (2003)

Affiche du film In the cut
Frannie est professeur de Lettres à New-York.
Jolie mais coincée de la fesse, elle vit seule et préfère se réfugier dans l’étude des romans policiers et de l’argot plutôt que de s’envoyer en l’air.
Un soir, dans les toilettes d’un bar, elle découvre une femme prodiguant une gâterie à un homme portant un curieux tatouage sur le poignet.
Une scène torride qui va la faire fantasmer jusque dans son lit, alors qu’en bas de chez elle une femme se fait assassiner.
Un crime qui lui permet de rencontrer Malloy, le policier chargé de l’enquête : un moustachu qui n’a vraiment pas sa langue dans sa poche… dans tous les sens du terme. A son contact, la belle va lentement sombrer dans un univers où jouir et souffrir sont les deux faces de la même pièce.
Le polar, qui plus est érotique, revisité par une femme de la trempe de Jane Campion, voilà qui avait de quoi susciter le désir, sinon l’intérêt. D’autant que la réalisatrice de La leçon de piano est parvenue à débaucher pour son film la reine de la comédie romantique : la sage Meg Ryan qui avait su charmer nos oreilles par ses cris de jouissance débridés dans Quand Harry rencontre Sally.
Mais Eros n’en fait qu’à son bon plaisir et n’a visiblement pas daigné se pencher sur In the cut, laissant le soin au demi-dieu ayant conseillé David Hamilton de souffler ses mots flous aux oreilles de Campion. S’en suit un banal thriller nocturne, à l’enquête aussi vague et stéréotypée que ses images, qui s’évertue à faire ressentir le trouble de son héroïne à grands renforts de plans pas nets et mal cadrés. Une mise en scène chichiteuse d’autant plus frustrante que la mise en bouche dans le bar louche démarrait plutôt bien.
De là à penser que Jane Campion a mis plus de fougue à frustrer son public qu’à peaufiner son intrigue qui ne tient que sur des banals faux-semblants…
Quant à Meg Ryan, encore épargnée par les ravages de la chirurgie esthétique, elle ne dévoile pas grand-chose (même si l’argumentaire de l’affiche française prétend le contraire), limitant son interprétation sulfureuse à une poitrine dénudée, à quelques masturbations tout juste explicites et à des airs de jouissance qui évoquent une nouvelle fois la simulation plus que la réelle extase.
Pas de quoi s’extasier non plus devant la prestation moustachue soi-disant sexy du falot Mark Ruffalo !
Une vraie tromperie sur la marchandise qui fait dire que, si pour les amateurs de polar, In the cut n’atteint pas son but, les amateurs d’érotisme, eux, l’ont vraiment In the cul !

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NYMPH( )MANIAC – Volume 1 de Lars von Trier (2014)

Affiche du film Nymphomaniac - Volume 1
Il mouille.
Une ruelle très humide suinte de tous ses pores.
Un trou noir dans un mur que la caméra explore.
Sur le pavé trempé, une femme allongée a pris des coups.
Un homme d’âge mûr la recueille et lui propose un thé (dont on ne saura pas si c’est celui des Geisha).
En échange, elle lui sert un récit plutôt corsé.
Nymph( )maniac – Volume 1 débute par un avertissement : « Le film est une version abrégée, et censurée, de la version originale de Nymph( )maniac de Lars von Trier. Il a été réalisé avec sa permission, mais sans autre implication de sa part ».
Avertissement honnête ou nouveau coup de pub de Lars Von Trier qui depuis son fameux « dogme », qu’il s’était empressé de ne pas suivre, n’en est plus à un foutage de gueule près pour se faire remarquer ?
Il aurait tort de s’en priver puisque son public en redemande. Et, en fin calculateur, il est probable qu’il prépare déjà une version longue non censurée de son film pour la sortie en DVD.
Nymph( )maniac serait-il juste un coup… commercial ?
Cela y ressemble en tous cas.
Les affiches qui montrent les acteurs en plein orgasme relèvent de la publicité mensongère, le cinéaste préférant visiblement la fesse triste à la « raie jouit ». Quant à la pornographie annoncée à grands coups de communiqués depuis quelques mois, elle n’est pas vraiment au rendez-vous. Le film n’est d’ailleurs interdit qu’aux moins de 12 ans.
Alors, que peut-on avoir à foutre du nouveau film (mais est-ce vraiment le sien ?) du père la morale Danois aux pensées aussi troubles que sa manière de filmer ?
Si l’on décide de ne pas s’attarder sur son baratin antisioniste, ses penchants misogyne et sur sa mise en scène démonstrative qui illustre, systématiquement et sans finesse, les propos tenus par Joe et Seligman, le Trivial Pour bites de Lars Von Trier parvient de temps à autre à titiller l’attention.
Paradoxalement, c’est quand il ne montre pas de culs qu’il « con-vainc » le plus. Dans cette longue discussion entre le vieux misanthrope et cette femme triste, malade de son obsession (et oui, Lars Von Trier n’est pas Marc Dorcel). Dans les rapports tendres qu’entretiennent la jeune Joe et son père ou lors d’une douloureuse scène à l’hôpital.
Les acteurs, Shia LaBeouf mis à part, sont d’ailleurs pour beaucoup dans les quelques moments réussis du film où ils se livrent sans artifice – du moins pour le haut du corps, le bas étant doublé grâce à des trucages numériques – parvenant à mettre en valeur jusqu’aux scènes les plus grotesques : Chapeau Uma Thurman !
Malgré tout, ce premier volume reste plus tiède que chaud et laisse au final un sentiment mitigé. Sans emballer et encore moins exciter, il donne tout de même envie d’aller jeter un œil à la suite annoncée.
Espérons simplement qu’après ces préliminaires mollassons, le passage à l’acte ne ressemble pas à une éjaculation filmique précoce.

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LES ORGUEILLEUX de Yves Allégret (1953)

Affiche du film Les Orgueilleux
Un couple de voyageurs européens arrive en car dans une petite ville de bord de mer du Golfe du Mexique. Le mari est malade et porteur d’un virus qui risque de se propager dans la région.
Seule et sans ressource, sa femme va faire la connaissance d’un ancien médecin français qui noie dans l’alcool un lourd chagrin.
Adapté d’un scénario de Jean-Paul Sartre (Typhus) mais désavoué par l’écrivain qui demandera que l’on retire son nom du générique, Les Orgueilleux ne manque pourtant pas d’intérêt.
En décidant de tourner loin des studios, sur les lieux même de son récit (la petite ville d’Alvarado) et avec le concours de la population locale, Yves Allégret compose une œuvre charnière qui retrouve le vérisme du néoréalisme italien tout en préfigurant le cinéma de la Nouvelle Vague.
Privilégiant l’atmosphère à l’intrigue, Yves Allégret tourne de longues scènes qui cherchent à rendre palpable les sensations éprouvées par les personnages. De la douleur qui les accable à la moiteur omniprésente qui trempe de sueurs les visages et les vêtements.
Si la progression de l’épidémie est filmée sans détour et de manière quasi documentaire (la séquence de la piqûre est plutôt impressionnante), c’est surtout pendant les sept minutes où Michèle Morgan se déshabille pour lutter contre la chaleur que le cinéaste marque les esprits. Il faut dire que le contraste entre la froideur de la comédienne et l’ambiance torride de la scène est tout bonnement électrisant : de ses pieds laissant des empreintes humides sur le carrelage au passage où elle retire ses bas et se rafraîchit les jambes avec un petit ventilateur…
Autant de moments qui en ont fait vibrer plus d’un à l’époque, à commencer par le jeune Martin Scorsese. Des instants lascifs toutefois vite contrebalancés par une tentative de viol d’une surprenante brutalité.
Face à l’héroïne de Quai des brumes, Gérard Philipe impose sans peine son charme magnétique, même s’il en fait parfois un peu trop dans le registre de l’ivrogne titubant.
Pourtant, malgré la qualité de la mise en scène et de l’interprétation, Les Orgueilleux ne convainc pas totalement. Sans doute parce que le réalisateur bâcle son final, visiblement peu intéressé par la rédemption subite et le coup de foudre improbable qui s’y opère. (La fin fut imposée par les coproducteurs du film contre l’avis du cinéaste).
Ces réserves faites, cette histoire d’amour sur fond de contagion mérite qu’on s’y attarde ne serait-ce que pour ses ambiances réussies et ses dialogues signés Jean Aurenche.

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