L’ILLUSIONNISTE de Neil Burger (2007)

Affiche du film L'illusionniste
Vienne, au début du XXème siècle.
Un mystérieux illusionniste aux tours extraordinaires arrive en ville.
Sa popularité grandissante et le fait qu’il convoite la même femme irrite rapidement le Prince héritier Léopold qui charge l’inspecteur Uhl d’enquêter sur le magicien…
Avec son élégante reconstitution de Vienne en 1900, ses intrigantes images au rendu sépia, ses ouvertures et fermetures à l’iris qui ponctuent le récit et la superbe musique de Philip Glass, Neil Burger compose un magnifique écrin pour son film qui est tout à la fois un hommage à la magie et aux débuts du cinématographe.

Photo vieux magicien sous un arbre
Romantique et fantastique, réaliste et onirique, L’illusionniste soigne ses ambiances qu’il entremêle harmonieusement par différents trucages tout en s’inspirant d’authentiques tours de magie, comme celui de « L’oranger merveilleux » créé par Robert-Houdin, pour mieux distraire de l’essentiel.
Les acteurs tiennent leur promesse et concourent au prestige du spectacle.
Edward Norton, ténébreux à souhait, donne une belle intensité à son personnage de magicien. Alors que dans le rôle du narrateur, Paul Giamatti et son allure affable se place du côté du spectateur qui, comme lui, tente de démêler le vrai du faux.
L'illusionniste et une apparition
Intéressante réflexion sur la manipulation du regard et de l’opinion ainsi que sur l’envie, presque enfantine, de tout un chacun de croire en l’artifice plutôt qu’en la logique ou la vérité, L’illusionniste n’est peut-être pas le film le plus précis sur la magie mais il parvient à en retranscrire l’esprit ce qui, en soi, est déjà un vrai tour de force.
Edward Norton dans le rôle de l'illusionniste

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Bande originale de Philip Glass.

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LE DERNIER PUB AVANT LA FIN DU MONDE de Edgar Wright (2013)

Affiche du film Le dernier pub avant la fin du monde
Cinq amis d’enfance se retrouvent pour terminer un Barathon qu’ils n’avaient pu achever une vingtaine d’années plus tôt.
Le temps d’une nuit, les voilà de nouveau en piste, à l’assaut des douze pubs de la ville où ils ont grandi sans se douter que Newton Haven est en proie à une invasion du troisième type.
Six ans après Hot Fuzz qui pastichait avec plus ou moins de bonheur les codes des films d’action, Simon Pegg et Nick Frost retrouvent le réalisateur de Shaun of the dead pour un hommage alcoolisé aux films d’invasion extraterrestre. Sans doute moins abouti que la comédie sur les morts vivants qui les a fait connaître, Le dernier pub avant la fin du monde n’en reste pas moins efficace en reprenant la structure narrative qui avait fait le succès de leur premier film et en exploitant jusqu’à l’ivresse la thématique – déjà très présente – du pub : ultime refuge quand rien ne va plus.
L’intrigue, coécrite par Simon Pegg et Edgar Wright, commence donc par prendre son temps pour mieux nous décrire les cinq compagnons de beuverie. Petit à petit, après chaque verre consommé, se dévoile leur caractère, leurs fêlures et surtout leurs regrets d’une époque révolue. Les deux scénaristes en profitent au passage pour régler leurs comptes avec nos sociétés de plus en plus standardisées, où l’uniformisation atteint jusqu’au plus petit débit de boisson, et prônent en riant le droit à l’ivresse et à la connerie, valeurs fondamentales de l’humanité.
Adeptes du mélange des genres – et après s’être offert les services d’un ancien agent 007 dans Hot Fuzz avec Timothy Dalton – les deux auteurs font un doublé Bondien en invitant dans leur hymne à la bière : Pierce Brosnan et Rosamund Pike, autrefois réunis dans Meurs un autre jour et tous deux fort convaincants dans le registre de l’autodérision.
Mais si une palme de l’interprétation biturée existe, elle revient sans conteste aux cinq acteurs principaux dont le jeu, virtuose, monte en charge à mesure que l’alcoolémie de leur personnage augmente et que le récit part en vrille. Ils nous offrent alors un réjouissant florilège de mots qui fourchent, de théories sérieusement fumeuses et de discussions sans queue ni tête propre aux délires éthyliques des piliers de bar. Un florilège de brèves de comptoir qui culmine avec deux magnifiques combats de pochtrons qui risquent de laisser plusieurs spectateurs sur le cul, sec ! Il faut dire qu’Edgar Wright n’a pas lésiné sur les effets spéciaux qui, loin d’être saoulant, en mettent plein la tête.
Cependant, la plus grande réussite du film tient surtout au fait que le doute subsiste en permanence sur les mésaventures de nos « cinq mousquetaires ». Véritable invasion ou simple délire de poivrots ? Le réalisateur laisse à chacun son interprétation tandis que ses héros ivre mort dévissent des têtes comme d’autres des bouteilles.
Adeptes de la cinématographie et de la soûlographie réunies, ne manquez pas cette invasion des profanateurs de pubs qui clôt, de manière explosive, une gouleyante trilogie parodique dont on reprendrait volontiers une petite pinte.
Santé, les gars !

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JACK LE CHASSEUR DE GÉANTS de Bryan Singer (2013)

Affiche du film Jack le chasseur de géant
Jack, jeune paysan sans le sou, récupère par hasard quelques graines de haricots dotées d’étranges pouvoirs. Une fois mouillées, elles poussent rapidement en direction du ciel où, derrière les nuages, se cache le pays des géants amateurs de chairs fraîches.
Ce qu’il y a de plus effrayant dans la modernisation des contes de fées entreprit ces derniers temps par Hollywood, c’est le nivellement par le bas quasi systématique de ces récits soudain privés de leur contenu symbolique et/ou poétique au profit d’effets numériques tape-à-l’œil.
Jack le chasseur de géants ne fait pas exception à la règle avec son Moyen Âge d’opérettes (les costumes et les décors sont affreusement kitsch) et ses géants laids et demeurés qui rotent, pètent et mangent leurs crottes de nez.
Ici, peu de suspense mais un récit balourd (à l’image de ce ridicule affrontement au tir à la corde (!!!) entre humains et géants pour franchir le pont levis) destiné à mettre en avant des effets spéciaux corrects mais dénués de toute poésie.
Les acteurs eux-mêmes ne semblent guère passionnés par le sujet.
Stanley Tucci cabotine dans son énième rôle de méchant, tandis qu’Ewan McGregor fait dans le second degré : sans doute conscient d’avoir, encore une fois, misé sur le mauvais film. Quant à Nicholas Hoult, s’il avait fait illusion en zombie dans le récent Warm Bodies, son interprétation de Jack se révèle être aussi fade que ses aventures.
Mais le plus intriguant dans l’affaire reste le cas de Bryan Singer, réalisateur surestimé depuis le succès (mérité) de son second film : Usual Suspects, qui s’échine à vouloir faire du cinéma à grand spectacle alors que ce n’est visiblement pas son truc : X-Men, Superman Returns, Walkyrie
Si vous cherchez, en ce moment, un peu d’émerveillement au cinéma, suivez plutôt la route de briques jaunes du Monde fantastique d’Oz. Sam Raimi y a su redonner un peu de couleurs à un cinéma de divertissement bien mal en point à force d’être formaté.

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BLANCHE-NEIGE ET LE CHASSEUR de Rupert Sanders (2012)

Affiche du film : Blanche-Neige et le Chasseur
Il était une fois un jeune publicitaire qui désirait faire ses preuves au cinéma.
Armé de son courage et de ses films promotionnels pour jeux vidéo, il s’en alla trouver les studios Universal qui lui tendirent leur plus beau miroir aux alouettes.
« Miroir, mon beau miroir ! Faites que je sois le nouveau Ridley Scott ou le futur Peter Jackson, au pire l’équivalent d’Andrew Adamson ».
En entendant cette prière, le producteur d’Alice au pays des merveilles – qui cherchait comment surfer à nouveau sur le retour en grâce des contes au cinéma – lui demanda de dépoussiérer Blanche-Neige et de donner un peu plus de noirceur à son teint pâle. Bref, d’en faire une adolescente rebelle qui ne se dit plus que son « prince viendra » mais préfère aller le chercher, une épée à la main.
Facile dut se dire l’apprenti cinéaste. Pour ratisser le plus large public, il n’y qu’à appliquer les formules marketing qui ont fait leur preuve : prendre Kristen Stewart, la coqueluche des ados, en fin de Twilight et l’opposer à Charlize Theron, l’égérie de leurs parents, en fin de Dior j’adore. Sans oublier le musculeux Chris Hemsworth visiblement en manque de Thorgnoles.
Fort d’un goût certain, sans doute forgé au contact du yaourt et de la lessive, Sieur Sanders remplit la première partie de son film de paysages enneigés histoire de nous donner notre lot de sensations pures. Puis nous entraîne, à la suite de son héroïne, dans une forêt aussi crade et noire que les cuisines des publicités avant le passage de Mr Propre. Pour terminer dans une contrée aussi verdoyante que celle que traversaient autrefois nos eaux minérales avant que les volcans se taisent.
Quant à l’intrigue… Elle se contente de recycler divers éléments du conte de Grimm au milieu d’une compilation de scènes piquées chez les cinéastes cités plus haut : de La communauté de l’anneau (ses nains, son troll) au monde kitsch de Narnia (un cerf blanc remplaçant le lion) en faisant un petit détour par la chevauchée sur la plage de Robin des Bois.
Au final, Blanche-Neige et le Chasseur a tout du produit impersonnel, vite vu et vite oublié.
Reste à souhaiter que Rupert Sanders ne poursuive pas plus longtemps sa carrière de cinéaste et n’ai pas l’intention d’avoir d’autres petits rejetons avec Hollywood, parce qu’avec sa caméra qui s’agite au moindre combat, son humour qui merde (« Il faut que j’aille poser une bûche ! » annonce un des nains à ses compagnons) et son miroir qui déclare, sans rire, à la sublime Charlize Theron que Kristen Stewart, ses lèvres boudeuses et ses incisives à décapsuler les canettes valent mieux que son joli minois… il y a vraiment quelque chose de déglingué au pays des contes de fées.

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