CHEZ NOUS de Lucas Belvaux (2017)

Affiche du film Chez nous
Pauline est infirmière à domicile à Hénard, commune du Pas-de-Calais.
Appréciée de tous ses patients, elle vit seule avec ses deux enfants et s’occupe de son père malade. Désireux de profiter de sa popularité, les dirigeants d’un parti d’extrême droite entrent en contact avec elle et lui propose d’être leur candidate aux prochaines municipales.
Cinéaste engagé sans être militant, Lucas Belvaux continue courageusement de labourer le sillon d’un cinéma politique et social, ancré dans le quotidien.
Avec Chez nous, il se penche sur la montée de l’extrême droite et sur ses méthodes de séduction au cœur d’une France exaspérée par la précarité et le chômage. A travers le parcours de son héroïne, il décrit le basculement d’une jeune femme altruiste peu à peu séduite par une rhétorique identitaire à la fibre sociale bien rodée et aux termes choisis : on explique aux militants qu’il est préférable d’utiliser le terme de « racailles » plutôt que celui de « bougnoules » lorsqu’ils s’expriment devant les médias. Un discours insidieux, faussement proche des gens, qui se nourrit des peurs et des frustrations. Des méthodes sectaires, portées par des professionnels de la communication, reposant avant tout sur le mensonge et la dissimulation.
Si la démonstration du cinéaste se perd un peu dans les amours de l’infirmière avec (comme par hasard) un extrémiste au passé trouble, elle n’en reste pas moins efficace quand elle pose clairement les dangers d’un discours haineux servi par des populistes bon teint qui se présentent comme le dernier recours face à un chaos qu’ils organisent.
Un sombre constat – le film débute sur une ville déserte au petit jour et se termine sur cette même ville morte à la tombée de la nuit – qui donne à réfléchir même s’il n’apporte pas de solutions. Glaçant mais nécessaire pour tenter de réveiller les consciences.

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MISS SLOANE de John Madden (2017)

Affiche du film Miss Sloane
Elizabeth Sloane est une lobbyiste redoutable et redoutée pour qui seule la victoire compte.
Contactée pour contrer une loi visant à restreindre l’utilisation des armes à feu aux États-Unis, elle décide de changer d’employeur et de mettre ses talents au service d’un cabinet luttant pour le contrôle des armes.
Une guerre sans merci s’engage alors entre elle et son ancien patron.
Elizabeth Sloane est un peu le pendant féminin du Michael Clayton de Tony Gilroy. Le récit du parcours d’une femme brillante, à laquelle aucune cause ne résiste, qui se voit soudain confrontée à un choix qui va transformer sa vie.
Dans l’air du temps, le film de John Madden lève le voile sur les pratiques douteuses des lobbies et sur leurs accointances avec de nombreux hommes politiques. Toutefois, plus ludique que véritable pamphlet, Miss Sloane est surtout un captivant thriller doublé d’un redoutable film de prétoire plein de rebondissements.
Un film qui repose entièrement sur les épaules et la prestation – impeccable – de Jessica Chastain. Elle est la reine et le cœur de cette partie d’échec machiavélique dans les coulisses du pouvoir.

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PATIENTS de Grand Corps Malade et Mehdi Idir (2017)

patients
Tétraplégique suite à un grave accident, Ben se retrouve dans un centre de rééducation où il va devoir apprendre à se reconstruire, tout en découvrant un nouvel univers : celui du handicap. Sans jamais se départir de son humour ni de son sens de la répartie, il va se faire de nouveaux amis. Des infirmiers, des kinés et, bien sûr, des blessés de la vie, comme lui.
Patient parmi tant d’autres, il va devoir s’armer de patience.
Dans la lignée de Intouchables, c’est avec énormément d’humour et de dérision que Grand Corps Malade et Mehdi Idir abordent le thème du handicap, sans pour autant chercher à l’édulcorer, ni sombrer dans le pathos et la larme facile.
Comme nous le précise un texte en début de film : Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé n’est absolument pas fortuite. Dès lors, il devient très clair que derrière le parcours de Ben se cachent les souvenirs de Grand Corps Malade, ainsi que son goût pour les mots qui font mouche. L’art d’être engagé sur un ton détaché.
Nul manichéisme dans le propos. Il y a de tout chez les handicapés, des gens biens mais aussi des crétins. Même Ben n’a pas toujours un comportement exemplaire. Mais c’est en s’attachant aux qualités comme aux défauts de leurs personnages que les cinéastes en dressent un portrait sensible et juste, profondément humain.
Les acteurs, tous excellents, contribuent grandement à la réussite du film. Pablo Pauly tout particulièrement qui, dans le rôle de Ben, ne ménage pas sa tchatche, ni sa peine. La mise en scène suit au plus près l’évolution de son personnage. Le point de vue – d’abord subjectif – s’élargit peu à peu. Tout comme le monde s’ouvre progressivement pour Ben à mesure qu’il progresse dans son combat contre le handicap.
Si l’humour est parfois la politesse du désespoir, elle est aussi une force. Grand Corps Malade, sans vers de mirliton, le prouve ici avec beaucoup d’esprit.

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PROPRIÉTÉ PRIVÉE de Leslie Stevens (1960)

Affiche du film Propriété privée
Duke et Boots, deux voyous désœuvrés, aperçoivent dans une station-service une séduisante femme blonde au volant d’une belle voiture.
Ils décident de la suivre jusqu’à son domicile, une luxueuse villa isolée sur les hauteurs de Los Angeles. Là, ils s’installent dans la maison inoccupée d’à côté afin de pouvoir épier la belle à leur aise.
Doté d’un somptueux noir et blanc, Propriété privée est une réflexion sur le désir et la frustration (tant sexuelle que matérielle) qui fourmille d’idées de mise en scène, à l’image de ce couple ivre semblant danser à l’intérieur d’un verre vide posé au premier plan.
Hommage à Hitchcock, avec son héroïne blonde et ses deux marginaux qui fantasment devant leur fenêtre sur jardin en forme d’écran de télévision, le film de Leslie Stevens instaure, avec trois fois rien, une véritable tension sexuelle tout au long d’un huis clos parfaitement maîtrisé.

Duke et Boots devant leur fenêtre
Le récit où se séduisent et s’affrontent un trio aux comportements ambigus est d’une surprenante modernité, évoquant aussi bien l’homosexualité latente des deux hommes que les envies inassouvies de la femme qu’ils convoitent.
Face à Warren Oates, dont c’est l’une des premières apparitions au cinéma, Corey Allen ne manque pas de charme. Un charme équivoque, aussi attirant qu’angoissant, qui fait regretter sa trop brève carrière d’acteur. Mais c’est, sans conteste, la prestation de Kate Manx qui fascine et marque les esprits.

Kate Manx
Femme du réalisateur et étoile filante qui s’éteindra quatre ans plus tard, elle apporte à cette histoire un indéniable trouble érotique, que ce soit dans ses poses lascives ou dans sa façon de caresser, avec dépit, une bougie sur la table du dîner.
Tourné en quelques jours pour un budget modeste, Propriété privée est un chef d’œuvre méconnu. Un petit bijou du polar noir, récemment retrouvé, qu’il ne faut surtout pas manquer.

Affiche reprise Propriété privée
Carlotta édite dès le 1er mars 2017 une très belle restauration 4K en DVD et Blu-ray de Propriété privée qui rend vraiment justice aux superbes images en noir et blanc du chef opérateur Ted D. McCord.
Une restauration parfaite accompagnée d’un supplément instructif : un entretien avec Alexander Singer, photographe de plateau, qui évoque ses souvenirs du tournage.

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BLANCHE de Walerian Borowczyk (1972)

Affiche du film Blanche
En France, au XIIIème siècle. Un vieux seigneur veille jalousement sur Blanche, sa jeune épouse, sans se rendre compte que son propre fils en est amoureux. De passage au château, le roi et son page tentent, tour à tour, de séduire la belle, déclenchant le courroux du seigneur et de son fils.
Surprenant et déroutant, Blanche propose une autre approche du film médiéval. Une vision du Moyen-Âge moins clinquante et bien loin des standards des grosses productions hollywoodiennes mais, certainement, plus plausible. Le soin minutieux porté à chaque décor, costume et accessoire participe pour beaucoup au rendu authentique de cette fresque tragique aussi violente qu’intimiste.
S’inspirant d’enluminures ou de tableaux médiévaux, dont il retrouve l’esthétique et la distanciation, Borowczyk compose chacun de ses plans avec une extrême méticulosité et travaille parfaitement ses ambiances, de l’austérité grisâtre du château à la verdure des forêts.
Il expérimente des cadres dans le cadre et juxtapose par petites touches ses images, créant une sorte de tapisserie cinématographique ponctuée de musiques et de chants anciens.
Rien n’est laissé au hasard. De la symbolique des objets et des animaux aux thèmes qui traverseront toute la filmographie du cinéaste. L’innocence féminine souillée par les désirs de l’homme. La pureté considérée comme suspecte et accusée de tous les maux/mots.
Son goût pour la satire y est également présent, notamment religieuse avec ses moines guerriers – aux armes surprenantes – plus intéressés par la bonne chair que par le prêche en chaire.
Finalement, comme souvent chez Borowczyk, seul le jeu des acteurs laisse un peu à désirer. Encore qu’ici les interprétations de Michel Simon, Georges Wilson, Jacques Perrin et Lawrence Trimble ne manquent pas de charme. Tandis que dans le rôle-titre, Ligia Branice, compagne et égérie du cinéaste, impose, contre toute attente, son étrange jeu atone et ses yeux expressifs.
Blanche est un film rare, sans doute le plus personnel de l’inclassable Walerian Borowczyk.

Coffret collector Borowczyk
Dans le cadre de la rétrospective Borowczyk qui aura lieu au centre Pompidou – du 24 février au 19 mars 2017 – Carlotta édite à partir du 22 février 2017 un superbe coffret collector DVD et Blu-ray reprenant certains de ses films (et courts métrages) les plus emblématiques.
Des copies entièrement restaurées qui rendent enfin justice à l’esthétique si particulière de ce cinéaste plasticien d’origine polonaise. Un coffret qui bénéficie, en outre, de nombreux suppléments ainsi que de deux livres inédits pour éclairer cette filmographie sulfureuse et inclassable.

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RUSTY JAMES de Francis Ford Coppola (1984)

Affiche du film Rusty James
A Tulsa dans l’Oklahoma, Rusty James et ses amis se préparent à affronter une bande rivale. Car Rusty n’a qu’une idée en tête : égaler les prouesses de son frère aîné, le Motorcycle Boy, célèbre chef de gang mystérieusement disparu.
Après le cuisant échec de Coup de cœur, qui entraîna la fermeture de son studio, Francis Ford Coppola tenta de se refaire une santé avec un film plus commercial destiné aux adolescents : Outsiders. Tourné dans la foulée de ce dernier, Rusty James reprend une grande partie de l’équipe (même auteur adapté, même équipe technique, mêmes acteurs) et permet au cinéaste de composer une œuvre plus personnelle. Un film intimiste destiné aux adolescents dans lequel il introduit une part d’éléments autobiographiques, comme l’admiration qu’il voue à son grand frère August.
Sans rien renier de ses films précédents, Coppola crée une œuvre stylisée mêlant violence (au cœur d’une partie de sa filmographie) et onirisme (déjà à l’œuvre dans Coup de cœur).
Un film « artisanal » qui lui fait retrouver la liberté – de ton et de mise en scène – idéale pour matérialiser, au travers de la dérive du personnage de Rusty James, le difficile passage du monde de l’adolescence à celui des adultes. Rusty James, jeune voyou en perte de repères, qui cherche à s’émanciper tout en se raccrochant aux exploits de son aîné, le Motorcycle Boy, figure emblématique d’un passé révolu admirablement interprété par Mickey Rourke.

Matt Dillon et Mickey Rourke
S’appuyant sur de somptueuses images en noir et blanc, le cinéaste sculpte l’espace (comme il l’avait fait avec l’utilisation des néons dans Coup de cœur) pour rendre tangible les sentiments de ses personnages et l’ambivalence d’une adolescence qui se cherche, entre noirceur et quête de lumière. Une jeunesse rebelle mais soumise, comme tout un chacun, à l’inexorable course du temps que Coppola illustre par de nombreux plans de pendules ou par des images défilant en accéléré.
Rusty James, rêverie désenchantée et nostalgique agrémentée de poissons colorés, est une œuvre charnière dans la riche filmographie de Francis Ford Coppola qu’il faut absolument (re)découvrir.

Jaquette Blu-ray du film Rusty James
Wild Side propose depuis le 8 février 2017 une magnifique édition HD de Rusty James disponible en édition Blu-ray ainsi qu’en coffret collector Blu-ray / DVD accompagné d’un livre revenant sur la création du film et doté de nombreuses photographies.
Une édition indispensable, remplie de témoignages et de scènes inédites coupées au montage, pour tous les fans de Francis Ford Coppola ainsi que pour ceux qui veulent apprendre à le connaître.

Photo du coffret collector

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CINQUANTE NUANCES PLUS SOMBRES de James Foley (2017)

Affiche du film 50 nuances plus sombres
Toujours produit par Univers sale, le bien nommé, la suite de Cinquante nuances de Grey annonce d’entrée sur son affiche « Plus aucune règle ».
Ça commence bien !
Anastasia Steele serait-elle enceinte, voire déjà ménopausée ?
Rien de tout ça, rassurez-vous. La belle semble même en avoir fini avec son herpès labial (elle ne se mordille plus la lèvre inférieure) ainsi qu’avec le riche bellâtre brun Christian Grey.
Elle travaille aujourd’hui comme assistante dans une maison d’édition sous la direction d’un autre bellâtre, blond celui-là, qui se dit intello et que l’on suppose éditeur. La preuve, il se promène dans son bureau avec un crayon coincé sur l’oreille.
Le plus inquiétant c’est que ce type s’appelle Hyde et que la godichonne (en un seul mot) n’a, semble-t-il, jamais lu de roman de Stevenson. Pas méfiante pour deux sous, va-t-elle tomber entre les griffes de ce pervers ?
C’est sans compter sur le retour inopiné (en un seul mot) de Christian.
S’il y a des nuances plus sombres dans ce film, elles sont foutrement bien cachées.
Ici, tout n’est que luxe, « glam » et vacuité.
C’est peu dire qu’il ne se passe rien. Quasiment aucune action (du vin jeté au visage, une voiture peinturlurée et le crash escamoté d’un hélicoptère) au milieu d’un océan de dialogues ineptes.
Lorsque Christian propose un repas à Anastasia pour tenter de la reconquérir, elle ne trouve rien de mieux que de lui dire : « Très bien, je vais dîner avec toi parce que… j’ai faim ».
Et quand – enfin !!! – il la conduit à un lit encore toute habillée, la belle empressée exprime son désarroi par un saisissant : « Je suis trop couverte ! ».
Pour le reste, Anastasia se contente de terminer ses phrases par des petits « Oh, my god ! » censées illustrer son trouble à chaque fois que Monsieur lui déballe tout son matériel.
Les fameuses boules de Geisha notamment, dont la gentille oie blanche à peur qu’elles ne finissent dans son derrière. Heureusement, en bon mâle dominant, Christian va vite lui faire comprendre que ses craintes sont sans fondement et que ce n’est pas demain qu’elle se fera appeler Anustasia.
Dès lors, elle ne s’effraie même plus lorsqu’il recommence à vouloir contrôler sa vie et qu’il lui avoue ne pas être pervers, juste sadique ! Le pauvre garçon fait payer aux soumises qu’il fesse un traumatisme de sa petite enfance.
Rassurée sur son comportement équilibré, Anastasia peut maintenant accepter sans crainte sa demande en mariage. D’autant que Chrichri la bricole n’arrête pas de la surprendre, lui faisant même découvrir – dans une cabine d’ascenseur bondée – qu’elle possède sous la jupe un bouton privé lui permettant de monter au septième… ciel. Oh my god !

Anastasia et Christian sont dans un ascenseur
Autour du couple mal assorti que forment Jamie Dornan et Dakota Johnson, le reste de la distribution est franchement pathétique. La palme revenant à Kim Basinger, méconnaissable avec son visage figé et inexpressif.
Botox ou abus de sperme sur le visage ? La question reste en suspens pour celle qui joue le rôle d’une patronne d’un salon de coiffure qu’elle a appelé : Esclava !
De quoi faire bouillir un peu plus l’esprit de ces dames qui lisent E.L. James sous leurs casques de coiffure.
Avec sa jeune ingénue, son homme très riche et ses scènes de sexe plus cucul que panpan… Ces « Harlequinades » cinématographiques n’ont vraiment rien de bandant !

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