POUIC-POUIC de Jean Girault (1963)

Affiche du film Pouic-Pouic
Pour l’anniversaire de son mari Léonard, boursicoteur né, Cynthia Monestier achète à un escroc une concession pétrolière sans valeur en Amérique du sud. Pour éviter la ruine, Léonard décide de vendre son cadeau, au prix fort, à un homme fortuné qui courtise sa fille Patricia. Problème, la jeune femme vient de s’adjoindre les services d’un faux mari pour décourager son riche soupirant.
Pourquoi Pouic-Pouic ?
Et quel rapport avec cette histoire d’escroquerie en famille recomposée ?
Pouic-Pouic n’est, en fait, qu’un titre prétexte et hypocoristique (si, si. Sortez vos dictionnaires !). Une technique linguistique censée donner un côté familier, voire un peu péjoratif, au nom du bêbête gallinacé que la cucul Madame Monestier promène comme un toutou dans sa propriété alors que ledit volatile n’a pas de lien avec le sujet.
Une manière de plumer le spectateur ou d’en faire le dindon d’une farce aux rebondissements poussifs et théâtraux (on peut y voir les prémices d’Oscar avec ses quiproquos à la chaîne et son festival de portes qui claquent) qui ne vaut que pour le numéro de Fu-Fu qui peaufine ici son personnage de bourgeois grimaçant et atrabilaire. Et il ne ménage pas sa peine face à une troupe de comédiens sympathiques mais au jeu un peu trop sage où seule Jacqueline Maillan, en bibiche aussi fantasque que godiche, se montre finalement à la hauteur de sa performance. Quant à Jean Girault, pour sa première collaboration avec Louis de Funès, il se contente de mettre en boîte de manière pépère cette guéguerre banqueroutière.
Alors, Pouic- Pouic ? Bof-Bof !

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L’APPARTEMENT DES FILLES de Michel Deville (1963)

Affiche du film L'appartement des filles
Un charmant trafiquant est chargé de séduire des hôtesses de l’air afin qu’elles acceptent de faire passer de l’or à Bombay. Son choix se porte sur la belle Elena, une jeune femme frivole qui partage un grand appartement avec deux autres ravissantes hôtesses : Lolotte et Mélanie.
Mais c’est sans compter sur les jeux de l’amour et du hasard…
D’un film de commande proposé par Mylène Demongeot, avec qui ils venaient de tourner A cause, à cause d’une femme, Michel Deville et Nina Companeez composent une comédie policière qui, bien que mineure, surprend par sa fantaisie et cela dès la première séquence où, dans un hall d’aéroport, le générique est annoncé au micro par la voix suave d’une hôtesse d’accueil.
Plus qu’au polar, cet exercice de style frivole et léger rend hommage aux comédies américaines dont Michel Deville retrouve ici la vivacité des dialogues sans pour autant délaisser ce ton si particulier qui est le sien.
Les jeunes femmes délurées et gentiment manipulatrices sont une nouvelle fois mises en valeur, tandis que le goût du cinéaste pour le théâtre se retrouve dans la première partie du film qui se déroule presque exclusivement dans l’appartement, grande pièce unique où les chambres des filles sont séparées par trois grands rideaux. Des alcôves où elles s’amusent à recevoir, à comploter et à mettre leur vie en scène en attendant que leurs amants les rejoignent par un balcon aux allures de coulisse.
Photo des trois filles
Loin d’être bridé par cet espace clos, Deville en joue pour mieux s’en affranchir grâce à une mise en scène fluide, des déplacements d’acteurs parfaitement chorégraphiés, une musique qui fait des va-et-vient de la fosse à l’écran et un montage rythmé qui enchaîne raccords dans le mouvement et répliques à cheval sur deux scènes. Une ébauche de ce que sera son style cinématographique dans les films suivants.
Bizarrement, c’est lorsque le cinéaste quitte L’appartement des filles que le film patine et que l’artificialité du scénario se fait ressentir. La balade romantique et la course poursuite qui clôturent le film traînent en longueur et peinent à enthousiasmer. Deville a beau tenter – pour la première fois – de donner des couleurs à ses images dans le dernier plan, rien n’y fait, son polar enjoué retombe comme un soufflé. Heureusement, son talent pour diriger ses actrices et les mettre en valeur reste intact : Mylène Demongeot, Sylva Koscina, Renate Ewert sont parfaites.
Photo Sami Frey et les trois filles

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MORT D’UN POURRI de Georges Lautner (1977)

Affiche du film Mort d'un pourri
Paris, au petit jour.
Xav reçoit la visite de Philippe, son meilleur ami et associé. Celui-ci lui avoue qu’il vient de tuer un homme qui le faisait chanter et menaçait sa carrière politique.
Xav accepte de lui fournir un alibi sans savoir que Philippe a aussi volé un dossier très compromettant pour nombre de personnalités.
La chasse à l’homme, et aux feuillets dérobés, est ouverte…
Avec Mort d’un pourri, Georges Lautner abandonne le registre de la comédie qui a fait son succès pour celui du polar politique. Dans un style sobre et efficace, le réalisateur des Tontons flingueurs mise judicieusement sur le réalisme des situations. Ici, la psychologie prime sur l’action et la violence n’a rien de spectaculaire. Brève et sèche, elle inquiète plus qu’elle ne divertit.
Surprenant à plus d’un titre, le film dresse le sidérant portrait d’une élite à la botte d’une mondialisation économique galopante (« En attendant qu’ils installent l’internationale du prolo, on a mis en place l’internationale du pognon. C’est un peu plus sérieux, croyez-moi » dit un mystérieux homme d’affaire à Xav) et décrit un monde politique dirigée par des voyous en col blanc où la compromission et les intérêts personnels passent avant le bien commun.
Prémonitoire, Mort d’un pourri annonce ce qu’est devenue aujourd’hui la politique avec ses castes, ses systèmes de cooptation et ses trafics d’influence :
« Les combinards d’aujourd’hui occupent le temple, dirigent les journaux, subventionnent les campagnes électorales. Ils font élire ceux qui ensuite leur distribueront les marchés, leur accordant tous les passes droits. Ils forment une nouvelle élite. Leurs descendants constitueront l’aristocratie de demain. Nous allons vers l’époque du voyou de droit divin. ».
Tout aussi efficace que dans la comédie, Michel Audiard cisèle de brillants dialogues et des répliques qui tuent, en parfaite adéquation avec un univers où les mots sont aussi assassins que les armes à feu.
« – Il a trempé dans quoi ton Philippe ?
– Oh tu sais, avec sa position, il rendait des services et puis on lui en rendait aussi. Alors… Bah voilà !
– Bah oui, en somme il est mort de gentillesse. ».
Des mots et des situations mis en valeur par une troupe d’excellents comédiens, de Jean Bouise à Michel Aumont en passant par Maurice Ronet, Daniel Ceccaldi ou l’inquiétant Klaus Kinski. Dommage qu’Alain Delon déçoive par son jeu mécanique et ses postures macho qui relèguent ses partenaires féminines aux rôles de faire-valoir. Ornella Muti se contente d’être jolie tandis que Mireille Darc, réduite au rang de potiche, passe son temps à lui baiser l’épaule.
Seule Stéphane Audran parvient à lui tenir tête, et à tirer son épingle du jeu, dans le rôle d’une mondaine alcoolique et vénale aux tirades pas piquées des vers.
Porté par la musique de Philippe Sarde et le saxophone de Stan Getz, ce polar noir et désabusé tourné en grande partie dans le quartier d’affaire de La Défense doit être redécouvert (les spectateurs, tous comme les électeurs, ont parfois la mémoire courte) ne serait-ce que pour redonner aux cinéastes français le goût du divertissement intelligent et à nombre de politiciens en disgrâce (ou en passe de l’être) un peu d’espoir : « Certains élus du peuple vont connaître une petite traversée du désert. Au pas de course, rassure-toi. Quand ils reviendront, ils se seront fait le masque républicain, comme les vieilles putes se font retendre les fesses. »
Suivez mon regard…

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LE JOUET de Francis Veber (1976)

Affiche du film Le jouet
Le président Pierre Rambal-Cochet dirige ses sociétés d’une poigne de fer et se conduit en véritable tyran avec ses employés. Insensible et sans scrupule, le milliardaire n’a de tendresse que pour son fils, Éric, à qui il passe le moindre caprice. Mais lorsque le jeune garçon décide de s’offrir comme nouveau jouet un journaliste travaillant pour son père, la « grande famille » du journal et celle, plus intime, du président commencent sérieusement à se fissurer…
Première réalisation de Francis Veber et première association avec Pierre Richard (que le réalisateur allait ensuite retrouver pour la trilogie à succès: La chèvre, Les compères et Les fugitifs avec Gérard Depardieu), Le jouet est un régal de divertissement qui ne s’est absolument pas démodé.
Bien au contraire !
Comédie visionnaire, le scénario aborde des thèmes qui sont toujours d’actualité, 36 ans après sa réalisation : de la tyrannie de l’enfant roi au paternalisme condescendant de certains capitaines d’industrie envers leurs employés : « Je me suis efforcé de faire en sorte que ce journal soit une grande famille » annonce fièrement le président Rambal-Cochet avant de virer un de ses salariés parce qu’il a les mains moites.
Véritable mécanique comique de précisions, le film enchaîne les scènes d’anthologie : de l’achat express d’une gentilhommière encore occupée par ses propriétaires à la mise à sac – par l’enfant et son « jouet » – d’une garden-party. Le saccage et la longue agonie du fauteur de trouble à la trompette ne sont d’ailleurs pas sans rappeler certains passages de La party de Blake Edwards.
Le tout porté par la réjouissante façon qu’à Francis Veber d’adapter en image des expressions comme « tirer la couverture à soi » ou « mettre dans le mille », ainsi que par des dialogues d’une redoutable justesse :
– On achète un de vos journalistes comme un jouet et vous trouvez ça normal ?
– Il y a à peu près deux mille demandeurs d’emploi dans la presse. C’est tout ce que je peux vous répondre, mon petit vieux.
Renouant pour la quatrième fois avec son personnage de François Perrin, Pierre Richard trouve là un de ses meilleurs rôles en abordant, cette fois, son alter ego d’une manière plus sensible. Loin de ses rôles de gaffeur lunaire qui ont fait son succès, il incarne avec justesse cet homme pris au piège qui devient hors de contrôle n’ayant plus rien à perdre. Francis Veber en profite pour réactualiser, au passage, le concept de fou du roi adapté aux chefs d’entreprise : « Quand j’étais salarié, monsieur le président, je n’avais qu’un droit celui de me taire. Et d’avoir peur. Maintenant, je ne suis plus salarié, je ne suis plus rien du tout, je suis un jouet. Alors je peux parler. »
Face à lui, Michel Bouquet est impérial en homme d’affaire sans cœur qui accède sans broncher à toutes les lubies de son fils. Les mains dans le dos, la démarche raide et le regard acéré, il offre une prestation remarquablement ambigüe : détestable et pathétique à la fois.
Le reste de la distribution, du jeune Fabrice Greco (dont ce fut le seul rôle) à Daniel Ceccaldi en passant par Charles Gérard ou l’onctueux Jacques François, est à l’unisson des deux acteurs principaux.
Parfaitement écrite, dialoguée et mise en scène, cette fine satire sociale est un modèle du genre. Petite perle de comédie que vient rehausser la jolie mélodie composée pour l’occasion par Vladimir Cosma.

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