LA MÉMOIRE DANS LA PEAU de Doug Liman (2002)

La mémoire dans la peau
Un homme inconscient est sauvé par un bateau de pêche alors qu’il dérive en mer avec deux balles dans le dos. A son réveil, l’inconnu a tout oublié mais fait preuve d’impressionnantes capacités dans différents domaines. Il excelle, notamment, dans le combat au corps à corps et le maniement des armes.
Rapidement pourchassé par des hommes qui tentent de l’éliminer, il va devoir faire appel à ses remarquables compétences pour survivre et découvrir son identité.
Avec cette libre adaptation d’un roman à succès de Robert Ludlum, Doug Liman réinvente le film d’espionnage musclé dont un certain James Bond s’était fait une spécialité et donne un coup de vieux aux aventures du célèbre espion britannique.
Même si ses exploits sont également hors du commun, Jason Bourne semble plus en phase avec son époque et séduit par les façons « plausibles » qu’il a de se tirer d’affaire, comme d’utiliser le plan d’évacuation d’un bâtiment pour en trouver les issues de secours.
Plus habitué, à l’époque, aux rôles psychologiques que physiques, le choix de Matt Damon pour interpréter le rôle principal est une vraie surprise mais se révèle un choix judicieux. Le comédien, avec son physique de gentil garçon, apporte une réelle épaisseur au personnage et facilite l’empathie du spectateur, étonné de le voir affronter ses adversaires dans des combats violents et rugueux.
Si la mise en scène fluide et efficace de Loug Liman fait merveille : d’une impressionnante bagarre dans un appartement parisien (où l’objet le plus anodin se transforme en instrument de mort) à une ébouriffante course poursuite en Austin Mini, elle sait aussi se faire plus sobre, voire carrément sombre, lors de l’affrontement au milieu d’un champ entre Matt Damon et Clive Owen, impeccable en tueur à lunettes froid et mutique.
La qualité du scénario de Tony Gilroy (futur réalisateur des excellents Michael Clayton et Duplicity) participe pour beaucoup à la réussite du film. Malgré quelques invraisemblances, il parvient intelligemment à tenir le spectateur en haleine en exploitant au mieux les nombreuses zones d’ombre du récit et des personnages, l’amnésie du héros étant particulièrement propice aux rebondissements et coups de théâtre.
Bénéficiant d’une superbe photographie et porté par la chanson de Moby, Extreme Ways, qui lui donne son identité musicale, La mémoire dans la peau est, dans sa catégorie, une indéniable réussite.
Sans lui, Casino Royale de Martin Campbell n’aurait sans doute pas existé sous la forme âpre et noire que nous lui connaissons. Belle reconnaissance.

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LAST KNIGHTS de Kazuaki Kiriya (2015)

Affiche du film Last Knights
Pour avoir refusé de se soumettre au racket imposé par l’un des plus influents ministres de l’Empereur, Bartok, un seigneur de guerre intègre obéissant aux anciens codes de l’honneur chevaleresque, est condamné à mort. Son royaume est aussitôt démantelé et sa troupe de chevaliers d’élite, menée par le loyal commandant Raiden, dissoute.
Inquiet pour sa sécurité, le ministre ordonne de surveiller les agissements du commandant qui, peu à peu, sombre dans l’alcool…
Inspirée d’une légende japonaise – et déjà victime d’une adaptation ratée façon jeu vidéo : 47 Ronin avec Keanu Reeves – cette nouvelle transposition de la vendetta d’un groupe de guerriers se déroule cette fois dans un improbable moyen-âge où se côtoient différentes ethnies. Étrange salmigondis médiéval qui ne s’avère ni crédible, ni passionnant malgré les présences de Clive Owen et Morgan Freeman qui se contentent, hélas, du minimum syndical. Sans doute pour être en règle, eux aussi, avec leurs impôts.
Le réalisateur du gloubi-boulga visuel Casshern a beau tenter de nous éblouir avec ses effets visuels, rien n’y fait. Paysages, châteaux, costumes : tout paraît complètement anachronique.
Les combats, qui se voudraient épiques, ne valent guère mieux. Filmés avec lourdeur et montés à l’excès, ils tentent une ridicule synthèse entre le film de cape et d’épée et le film de sabre sans jamais parvenir à trouver le bon dosage.
Aussi sérieux et dénué d’humour que son héros, Last Knights devrait logiquement lancer sa dernière charge directement en vidéo sans passer par le grand écran.
Un destin mérité pour ce seppuku cinématographique et artistique.

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ELIZABETH L’ÂGE D’OR de Shekhar Kapur (2007)

Affiche du film Elizabeth l'âge d'or
1585.
Voilà 27 ans qu’Elizabeth est devenue reine.
Sans héritier légitime, les tentatives pour lui reprendre le trône continuent. Entre les prétendants opportunistes, la conspiration de Marie Stuart la catholique et les complots de Philippe II d’Espagne qui projette d’envahir l’Angleterre à l’aide d’une flotte gigantesque : l’invincible Armada.
A moins que le plus grand péril pour la « Reine Vierge » soit son attirance pour le fringant explorateur Walter Raleigh.
Si Shekhar Kapur n’a pas attendu 27 ans pour donner une suite à son Elizabeth, les neuf ans qui séparent les deux films permettent à Cate Blanchett et Geoffrey Rush d’apporter, par leur maturité, l’authenticité et la crédibilité nécessaire à leur personnage respectif. Une fois de plus, ils sont tous les deux impeccables tandis que, face à eux, Clive Owen est plutôt séduisant dans le rôle de l’explorateur.
Si les décors et les costumes sont toujours aussi impressionnants, le choix du réalisateur de passer de la grande fresque historique à une intrigue plus intimiste n’arrive pas à convaincre. Les frustrations amoureuses de la reine passionnent nettement moins que la grande Histoire et ses complots. Pire, ce choix donne la sensation que Shekhar Kapur n’a pas eu les moyens de ses ambitions alors que son budget a été plus important que sur le précédent opus. Une impression due également à des choix esthétiques discutables, à l’image de cette attaque très théâtrale de l’invincible Armada au rendu quelque peu fauché.
Reste quelques belles scènes – la reine à cheval apparaissant devant ses troupes vêtue d’une armure rutilante – ainsi qu’une intéressante critique des extrémismes religieux. On voit ici le pape promettre une place de choix au Royaume des cieux à celui qui assassinera Elizabeth.
Un discours qui reste, hélas, toujours d’actualité.

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KILLER ELITE de Gary McKendry (2011)

Affiche du film Killer Elite
Un ancien des forces spéciales qui s’est rangé des voitures reprend les armes pour sauver la mise de son mentor séquestré par un cheikh d’Oman.
Sa mission ?
Faire la nique à trois membres du S.A.S. britannique et à leur chef, un borgne un brin sadique…
Dans les années 60, Michel Audiard faisait dire à Lino Ventura : « Un barbu c’est un barbu. Trois barbus c’est des barbouzes ! ».
Autre temps, autre mœurs, mise à part un vieux barbu (De Niro), le barbouze des années 80 est soit tondu (Statham) soit moustachu (Owen) et surtout beaucoup plus obtus ! Autant dire que l’on ne rigole pas beaucoup en suivant ces aventures ou alors involontairement en écoutant le grand Robert demander, en français dans le texte, une bouteille de vin à la serveuse d’un café parisien.
Jason Statham, gros bras à la mode, semble depuis la petite réussite qu’était Braquage à l’anglaise (2008) avoir découvert les vertus scénaristiques des affaires tirées de faits réels (comme ils disent sur l’affiche). Mais que les fans d’action se rassurent : bastons, fusillades et cascades explosives répondent à l’appel et s’enchaînent sans faiblir en dépit de toute vraisemblance (quoiqu’en dise l’affiche). Il suffit, pour s’en convaincre, de voir notre héros s’arrêter quelques minutes dans l’entrée sombre d’un palais afin que ses yeux s’habituent à l’obscurité ambiante- histoire de parer à toute attaque, nous dit-on – puis le regarder, un quart d’heure plus tard, sauter dans un tunnel et courser un tueur sans prendre le temps de s’acclimater à quoi que ce soit…
Dans cet univers d’hommes, autant dire que le romantisme n’est pas de mise ou flirte avec les poncifs : à l’image des retrouvailles champêtres de notre tondu avec sa belle et travailleuse fermière australienne qui, un fichu sur la tête, essuie son front harassé d’un revers de manche ô combien bucolique.
Clive Owen, avec son œil de verre et sa moustache en broussaille, prouve que le ridicule tue moins que les explications musclées et qu’on peut aisément plomber une filmographie proche du sans faute avec ce genre de prestation. On espère sincèrement qu’il n’aura pas pris conseil auprès d’un Robert De Niro qui finit sa carrière moins bien qu’il ne l’a commencé. En invité de luxe, il fait le coup de feu et cabotine le temps de trois ou quatre scènes, histoire de justifier son salaire et de donner la réplique à tous ses partenaires, en offrant au spectateur ses deux expressions favorites : le plissement soucieux des yeux et le petit regard goguenard.
Dans cette histoire inintéressante tirée de faits que l’on suppose réels (puisque c’est l’affiche qui le dit en presque aussi gros que le titre) un accessoire commun aux trois barbouzes attire l’attention : les grosses lunettes de soleil.
Voilà un détail de l’affiche qui aurait certainement mis la puce à l’oreille de Lino Ventura. Il se serait aussitôt exclamé, en sortant son flingue : « Un binoclard c’est un binoclard. Trois binoclards c’est des gros tocards ! »

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LES FILS DE L’HOMME de Alfonso Cuaron (2006)


Depuis la fin des années 70 et ses grandes réussites (Soleil vert, La planète des singes), le cinéma d’anticipation adulte semblait avoir disparu au profit de grosses productions de science-fiction sans âme, truffées d’effets spéciaux. La découverte du film d’Alfonso Cuaron (réalisateur du meilleur opus de la saga des Harry Potter : Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban) est donc une très bonne surprise et une vraie claque cinématographique. Filmé comme un documentaire, caméra à l’épaule, le film nous dépeint avec crudité notre monde en plein déclin depuis que les femmes n’arrivent plus à enfanter. Devant cette fin du monde annoncée, les guerres civiles et les dictatures ont balayé les démocraties tandis que les attentats terroristes, le contrôle de l’immigration et la destruction de l’environnement s’accélèrent. Pourtant, au milieu de ce chaos, l’espoir va renaître. Une femme noire, d’origine étrangère, s’apprête à mettre au monde le premier enfant depuis plus de vingt ans.
S’emparant à bras le corps de son sujet et alternant les scènes intimistes et les morceaux de bravoure (dont un époustouflant plan séquence de guérilla urbaine), Alfonso Cuaron nous livre une œuvre sans concession et non dénuée d’humour, à l’image de cette scène où le héros et sa protégée tentent de fuir dans une voiture qui ne veut pas démarrer. Le récit, d’une brûlante actualité, trouve également sa justesse grâce à l’excellence des comédiens. Clive Owen est impressionnant dans le rôle d’un homme brisé et désabusé en quête de rédemption. Quant à Michael Caine et Julianne Moore, ils amènent la part d’humanité qui permet au film de ne pas sombrer dans une trop grande noirceur.
Ambitieux et dérangeant, et cela malgré une fin « optimiste » qui affaiblit un peu la portée du propos, Les fils de l’homme n’en reste pas moins le film d’anticipation le plus abouti de ce début de siècle.

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SHOOT’EM UP de Michael Davis (2007)

Shoot'Em Up
Il fait nuit. Un homme mange une carotte assis sur un banc public.
Une femme enceinte apeurée passe devant lui.
Une horde de tueur est à ses trousses.
L’homme hésite.
Un des porte-flingues lui fait signe de ne pas intervenir.
Mauvaise idée. On ne dit pas à Mr Smith ce qu’il doit faire.
Habile mélange entre le cinéma d’action asiatique survolté et le jeu vidéo bien bourrin où l’on doit dessouder tout ce qui bouge (également appelé Shoot’em up), le film de Michael Davis n’a pas volé son titre. Les cadavres se comptent par dizaines et les façons de tuer l’ennemi sont aussi originales que variées. Mention spéciale à l’utilisation « piquante » de la carotte et à une scène grandiose où l’expression « tirer un coup » prend enfin tout son sens.
Sur terre, dans les airs ou sur route, Mr Smith met en application l’expression de Raoul Volfoni dans Les tontons flingueurs : il dynamite, il disperse, il ventile !
Clive Owen en « nounou anglaise en plus dangereux » en impose avec son air buté.
Monica Bellucci a rarement été aussi juste en pute au grand cœur.
Quant à Paul Giamatti, il compose un méchant énorme et savoureux qui, entre deux massacres, passe son temps au téléphone avec sa femme.
Rempli de trouvailles scénaristiques et visuelles – à l’image de la joute verbale entre le héros et le méchant par enseigne lumineuse interposée – ce film malin, méchant mais surtout très drôle se déguste avec un indéniable plaisir.

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DUPLICITY de Tony Gilroy (2009)


Après un excellent thriller judiciaire (Michael Clayton), Tony Gilroy s’essaye à la comédie policière à l’ancienne façon Charade de Stanley Donen dont il retrouve les intrigues à tiroirs, le charme et la désinvolture.
Il est aidé dans cet exercice difficile par des dialogues brillants et savoureux portés par deux comédiens doués : Julia Roberts et Clive Owen. Les seconds rôles ne sont pas oubliés pour autant et apportent un crédit supplémentaire au film. Tom Wilkinson et surtout Paul Giamatti livrent des compositions de patrons retors plus vraies que nature.
Toutefois, depuis les années 60 et les aventures d’Audrey Hepburn et Cary Grant, le monde a changé ainsi que notre façon de l’appréhender. L’insouciance et l’optimisme d’alors ont fait place à une certaine désillusion. Pas dupe, Tony Gilroy en tient compte et nous offre un final culotté qui risque d’en surprendre plus d’un.

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