ON L’APPELLE TRINITA de Enzo Barboni (1971)

Affiche du film On l'appelle Trinita
Deux frères, rapides de la gâchette et amateurs de grosses bastons, viennent en aide à une communauté de mormons persécutée par un riche propriétaire de bétail ainsi que par une bande de hors-la-loi mexicains.
En lançant le personnage de Trinita, Enzo Barboni fait entrer (sombrer diront certains) définitivement le western spaghetti dans la farce, transformant Terrence Hill et Bud Spencer (déjà associés dans la trilogie westernienne de Giuseppe Colizzi : Dieu pardonne… moi pas !, Les quatre de l’Ave Maria et La colline des bottes) en des sortes de Laurel et Hardy transalpins, amateurs de fayots et de baffes.
Un spectacle bouffon qui tient plus de la commedia dell’arte que de la comédie américaine avec une galerie de personnages à trognes dont la psychologie est aussi sommaire que le scénario, prétexte à une suite de querelles et de pitreries destinées à finir en bagarre générale.
Tout cela ne vole pas bien haut – si ce n’est les pets et les cascadeurs – et le film vaut surtout pour le duo improbable formé par Bud Spencer le teigneux et Terrence Hill le malicieux, ainsi que pour une certaine créativité dans la manière de distribuer gifles et coups-de-poing.
Une recette qui, tout en faisant le succès du film, annonce le début de la fin du western italien.

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LISA ET LE DIABLE de Mario Bava (1973)

Affiche du film Lisa et le diable
En visite touristique à Tolède, Lisa est troublée par ancienne fresque murale représentant le diable. Plus tard, dans une étrange boutique d’antiquités, elle croise un homme ressemblant au démon. Mal à l’aise, elle se sauve et se perd dans des ruelles qui semblent avoir été désertées par leurs habitants.
A la nuit tombée, un couple de riches et leur chauffeur acceptent de la prendre en stop. Mais la voiture tombe en panne juste devant un inquiétant domaine.
Lisa et le diable (rebaptisé La maison de l’exorcisme dans un nouveau montage qui se voulait plus commercial mais que n’a pas reconnu le cinéaste) est l’un des derniers films de Mario Bava. Un film en forme d’adieu à un genre, l’épouvante gothique, qui l’a fait connaitre dès son premier film : Le masque du démon.
Comme dans Opération peur, il est question de revenants et d’errance dans une vaste demeure abritant un dédale de couloirs et de pièces désertes.
La perte des repères, un thème récurrent chez Mario Bava et annonciateur des prémices de la peur chez ses personnages. Lisa ne fait pas exception à la règle, la jeune femme commençant par s’égarer dans une ville qu’elle ne reconnait plus avant d’échouer dans une propriété labyrinthique.
Tout comme la boutique d’antiquités, le choix des décors lugubres, des cadrages étranges, du montage et de la bande son – où les ricanements se mêlent au bruit du vent – contribuent au passage de l’héroïne dans un angoissant univers parallèle où le temps semble s’être figé. Une variation funèbre d’Alice au pays des merveilles qui a, peut-être, inspiré à Claude Chabrol l’un de ses films les plus étranges : Alice ou la dernière fugue sorti en 1977.
Par sa maîtrise des panoramiques, des travellings et des zooms agressifs, l’ancien directeur de la photo qu’est Mario Bava élabore un surprenant poème macabre, un songe teinté d’érotisme et de nécrophilie.
Du cinéma baroque qui s’accommode mal des années 70 et des « Chabadabada » musicaux en vogue à l’époque. Rapidement, le spectateur se perd en conjectures sur le sens à donner à cette intrigue et s’agace du cabotinage de certains des comédiens, dont un Telly Savalas en roue libre qui étrennait ici les fameuses sucettes de Kojak.
Mais peut-être n’y a-t-il rien à comprendre et qu’il ne faut voir en Lisa et le diable qu’une métaphore de la carrière finissante de Bava. Lui qui – comme Leandro, le maître d’hôtel interprété par Telly Savalas – s’est efforcé, au travers de ses films, de donner vie à des pantins plus ou moins bons. Des mannequins déjà présents dans Six femmes pour l’assassin qui avait contribué à faire de lui l’un des maîtres du Giallo.
C’est dire qu’en dépit de ses imperfections, les aventures de Lisa au pays de l’effroi n’en reste pas moins un œuvre troublante, aussi séduisante (Elke Sommer et Sylva Koscina sont superbes) que mortifère.

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LA COLLINE DES BOTTES (TRINITA VA TOUT CASSER) de Giuseppe Colizzi (1970)

Affiche du film La colline des bottes
Un cow-boy blessé, pourchassé par une bande de tueurs, trouve refuge dans un petit cirque itinérant. Mais sa présence cause la mort d’un des forains. Avec l’aide de la troupe et le renfort d’un de ses anciens acolytes, il décide de le venger…
Retitré Trinita va tout casser par des distributeurs français opportunistes qui souhaitaient profiter du succès de la série des Trinita, le film de Giuseppe Colizzi est pourtant antérieur d’un an à On l’appelle Trinita d’Enzo Barboni. Il est même le dernier film d’une trilogie qui débuta avec Dieu pardonne… moi pas ! et se poursuivit par Les quatre de l’Ave Maria.
Si on y retrouve bien Cat Stevens et Hutch Bessy dans de nouvelles aventures, pas de Trinita à l’horizon. Cela dit, le titre original laisse aussi à désirer car, à part la montagne où se sont réfugiés un mineur et sa famille pour échapper aux tueurs, il n’y a guère de colline et de bottes dans cette histoire.
Étrange titre pour un film tout aussi étrange qui semble composé de trois parties distinctes.
La première est la plus intéressante où le réalisateur s’amuse tant au niveau des cadrages que du son, tout en laissant son intrigue dans le flou le plus total.
Pourquoi le héros est-il pourchassé par une bande de tueurs ? Est-il innocent ou coupable ? Colizzi n’apporte pas immédiatement de réponse préférant soigner ses ambiances nocturnes avec son cirque planté au milieu d’une petite ville déserte balayé par le vent.
Une ambiance équivoque qui vire au loufoque comme dans cette scène de bal en début de film où – par manque de femmes ? – les cow-boys dansent joyeusement entre eux. Une ambiguïté qui se retrouve aussi dans le montage où le cinéaste s’amuse, à plusieurs reprises, à mettre en parallèle son récit et certains numéros de cirque.
Une expérimentation qui s’arrête malheureusement au seuil d’une seconde partie plus classique (avec sa banale histoire de vengeance) dès qu’entre en scène le personnage joué par Bud Spencer. Pas désagréable le film perd néanmoins de son intérêt malgré les présences de Woody Strode et de Lionel Stander.
Mais le pire est à venir dans une dernière partie où (par désintérêt ou désinvolture ?) le réalisateur réussit l’exploit de massacrer son film en moins de dix minutes lors d’un affrontement final qui vire au grand n’importe quoi.
Bud Spencer, sans que l’on sache vraiment comment, se retrouve au milieu d’une bagarre de saloon où il enchaîne baffes et coups de poings (annonçant les célèbres castagnes humoristiques des prochains films du tandem) tandis que Terence Hill hérite d’un duel raté et d’un affrontement qui tourne court avec l’ignoble patron de la compagnie minière.
Le film a-t-il subit des coupes au montage ? Affiche du film Trinita va tout casser
C’est fort probable vu le final bâclé et la vitesse à laquelle nos deux héros s’enfuient piteusement vers le soleil couchant à peine leur règlement de compte accompli.
Avec La colline des bottes, Giuseppe Colizzi gâche la conclusion de sa trilogie qui avait pourtant le mérite de sortir du tout venant des westerns italiens de l’époque.
On lui saura, cependant, gré d’avoir mis le pied à l’étrier au célèbre duo formé par Terence Hill et Bud Spencer.

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LE PETIT DIABLE de Roberto Benigni (1989)

Affiche du film Le petit diable
A Rome, un prêtre est appelé pour exorciser une femme.
Il parvient à expulser le démon qui était en elle mais ce dernier s’incarne en un petit homme frêle, entièrement nu sous son manteau de fourrure.
Cet espiègle petit diable, bien décidé à rester sur terre, va s’attacher au pas de l’homme d’église et lui en faire voir de toutes les couleurs.
Troisième film mis en scène par Roberto Benigni, mais le premier à être sorti en France, Le petit diable permet à l’acteur/cinéaste d’imposer son personnage de candide volubile qui deviendra, de film en film, sa marque de fabrique.
Au détriment de Walter Matthau qui borne ici son jeu à ses fameuses mines bougonnes et sert finalement plus de faire-valoir que de réel partenaire à Benigni. A l’image de son personnage, le comédien américain semble un peu dépassé par l’olibrius qui s’agite devant lui et se retrouve mis à l’écart dans la seconde partie du film par un réalisateur qui peine à exploiter leur duo et choisit de faire prendre la tangente à son diablotin.
Pourtant, Le petit diable ne manque pas de gags dont certains vraiment hilarants : comme ce repas entre prêtres que le petit démon pervertit en toute innocence, au détour d’une conversation, en confondant deux sortes de possessions.
Ni de charme grâce à la présence fantasque et sensuelle de Nicoletta Braschi.
Elle seule parvient d’ailleurs à vraiment faire exister son personnage et à s’imposer face à l’exubérance de son partenaire, transformant progressivement la comédie bouffonne en une belle déclaration d’amour faite aux femmes. Dommage que Stefania Sandrelli doive se contenter d’un rôle anecdotique.
Pas de quoi bouder son plaisir car, bien qu’imparfaite, cette farce espiègle dégage une bonne humeur communicative.
Et puis, une comédie qui a le bon goût de se moquer des poncifs liés à l’exorcisme tout en donnant furieusement envie de se damner pour de la « Zuppa inglese » ne peut pas être foncièrement mauvaise.

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MIA MADRE de Nanni Moretti (2015)

Affiche du film Mia Madre
Une réalisatrice qui vient de débuter le tournage de son nouveau film avec une star américaine égocentrique doit également faire face à des problèmes personnels.
Sa mère est à l’hôpital, la communication passe mal avec sa fille et son frère, qui veut trop en faire, l’agace…
Il y a tromperie sur la marchandise.
Ce n’est pas Mia Madre qu’aurait dû s’appeler le dernier Moretti mais Moi, mon travail et accessoirement ma mère.
Car, alors que l’on s’attendait à un film centré sur les derniers moments d’une vieille dame avec ses deux enfants, Nanni Moretti préfère nous infliger les agaçants états d’âme d’une version féminine de lui-même, évitant d’aborder de front les rapports complexes qu’entretient son héroïne avec une mère qu’il relègue rapidement au second plan.
Long et convenu, Mia Madre peine à faire naître l’émotion en faisant mine de jouer sur deux tableaux – le personnel et le professionnel – alors que ce qui semble surtout intéresser le cinéaste (tout comme son alter égo féminin, d’ailleurs) ce sont les petits moments de tournage et les rapports ambigus qu’entretient la réalisatrice avec son comédien.
Remercions donc John Turturro qui, en dépit de son jeu irritant, parvient de temps à autre à faire sourire.
Parce que pour le reste : entre une mère sosie de Tatie Danielle, une fille qui tergiverse sans cesse en tenant des discours nébuleux à ses comédiens, un fils irréprochable au comportement tout aussi singulier (notamment avec son employeur, dans une scène gratuite et sans suite qui n’a d’autre justification que de rendre le personnage moins lisse), une petite fille dont la grave crise d’adolescence se résout par l’achat d’un vélomoteur, des flashbacks et des rêves aussi convaincants que du caviar sur un plateau repas d’hôpital… le dernier film de Moretti nous fait surtout regretter la justesse et la sensibilité dont il faisait preuve dans certaines de ses œuvres précédentes.
Comme quoi, famille et travail ne font pas toujours bon ménage, ni de bons films.

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GIALLO de Dario Argento (2009)

Affiche du film Giallo
Un serial killer, amateur de jolies femmes, s’en prend à un jeune top model.
Linda, la sœur du mannequin, s’associe à un étrange inspecteur pour la retrouver.
Clin d’œil à un genre dont il fut autrefois l’un des maîtres, Dario Argento a créé un film monstrueusement con.
Son Giallo (jaune en italien) n’a en effet plus grand-chose à voir avec ses polars horrifiques teintés d’érotisme des années 70, mais fait référence à la couleur de peau de son assassin. Un tueur en série demeuré et ridicule (qui se paluche devant les photos de ses victimes défigurées tout en se gavant de crème chantilly) sosie, bandeau compris, de Sylvester Stallone période Rambo.
Le reste est à l’avenant.
Un scénario tiré par les cheveux filmé comme un mauvais téléfilm où l’unique scène d’action se résume à une course poursuite poussive dans l’escalier d’un hôpital qui se termine par la chute grotesque du policier contre un chariot de ménage.
Côté gore, Dario Argento se lâche à peine. Et quand il le fait, il vaudrait mieux que cela reste hors-champ tellement l’effet est pitoyable : à l’image de cette tête enfoncée au marteau ou de ce doigt coupé avec un sécateur.
Pitoyable. C’est le terme qui vient également à l’esprit devant la prestation des comédiens.
Emmanuelle Seigner et Elsa Pataky, plus connues pour leur plastique que pour leur talent d’actrices, n’ont certes pas à forcer un talent qu’elles n’ont pas. Mais voir Adrien Brody également contaminé par la nullité ambiante laisse songeur.
Giallo risque fort de rester comme une tâche sanglante et indélébile dans sa filmographie.
Bref, on est en droit d’attendre autre chose, que ce retour faisandé directement sorti en DVD en France, du réalisateur de Suspiria qui semble avoir perdu le respect de son travail et de sa filmographie depuis Le syndrome de Stendhal.
Giallo prouve au moins une chose, c’est que le ridicule ne tue pas.
La preuve, Dario Argento continue de tourner…

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FANTÔME D’AMOUR de Dino Risi (1981)

Affiche du film Fantôme d'amour
A Pavie, Nino croise dans un bus une vieille femme qui semble le connaître.
Le soir même, l’inconnue lui téléphone. C’est Anna, son grand amour de jeunesse dont le beau visage est aujourd’hui abîmé par la maladie. Troublé et effrayé, Nino raconte sa mésaventure à de vieux amis. L’un d’eux lui apprend qu’Anna est morte depuis trois ans…
Fantôme d’amour tient une place à part dans la filmographie de Dino Risi.
Loin de ses fameuses comédies qui ont fait sa réputation, le cinéaste s’essaye ici au drame sentimental qu’il aborde sous l’angle de la folie et du fantastique.
C’est d’ailleurs cet éclairage particulier qui semble l’avoir le plus intéressé car le film a du mal à convaincre lorsqu’il aborde la romance passée entre Nino et Anna, présentée sous forme de petits flashbacks répétitifs surlignés par la même petite rengaine. Même les retrouvailles entre les deux anciens amants manquent étrangement de passion et de désir.
Pourtant, malgré ses défauts évidents, Fantôme d’amour possède un indéniable charme et un réel pouvoir de fascination dès qu’il flirte avec le fantastique.
Dino Risi compose des plans qui marquent durablement les esprits, comme l’apparition fugace du visage d’Anna au fond d’une rivière, et soigne tout particulièrement ses ambiances pour illustrer les états d’âme de son héros.
Les ruelles nocturnes et brumeuses de Pavie où s’égare, physiquement et mentalement, Nino à la recherche de son amour d’antan illustrent de façon remarquable la perte de repères du personnage.
Des scènes qui s’inscrivent dans toute une vague du cinéma fantastique italien des années 60/70 où le surnaturel surgissait du quotidien et où le travail sur la lumière permettait de faire naître les zones d’ombre des personnages. (On pense à certains films de Mario Bava ou à La maison aux fenêtres qui rient de Pupi Avati). L’anodine visite du château d’Anna et la promenade en barque – où Nino devient une sorte de passeur entre le monde des vivants et celui des morts, entre la raison et la folie – sont d’ailleurs parmi les séquences clefs de ce film envoûtant.
Face à Marcello Mastroianni, parfait en homme hanté par le souvenir de son amour perdu, Romy Schneider livre une interprétation émouvante et équivoque de la belle Anna. Une composition d’autant plus troublante que c’est là un de ses derniers rôles.
Visage d'Anna dans la rivière
Et si certains personnages secondaires (comme ce moine défroqué auprès de qui Nino vient chercher conseil) frisent la caricature, ils ne parviennent pas à nuire à l’esprit du récit et à la volonté du cinéaste de ne pas donner de réponses toutes faites aux questions que l’on se pose.
Anna est-elle un véritable revenant ou l’hallucination d’un homme malade ?
Dino Risi ne tranche pas et laisse chacun à son interprétation et à ses propres fantômes.

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