PEAU D’ÂNE de Jacques Demy (1970)

Affiche du film Peau d'âne
Un roi veuf s’est mis en tête d’épouser sa fille. Pour échapper à cette union contre-nature, la princesse s’enfuit du château revêtue d’une peau d’âne et trouve refuge dans une hutte au fond des bois.
Après le drame en chanté (Les parapluies de Cherbourg) et la romance colorée (Les demoiselles de Rochefort), Jacques Demy s’intéresse, une fois encore, aux amours contrariés mais cette fois sous l’angle du conte où chant et enchantement font particulièrement bon ménage.
Le cinéaste aborde, sans chercher à les édulcorer, les différentes ambivalences d’un récit que l’on destine souvent à la jeunesse mais qui, sous son aspect féérique, traite aussi de scatologie et d’inceste, un thème d’ailleurs récurrent dans l’œuvre de Demy.
Le film, tout en dualité, oppose ainsi en permanence magnificence et saleté, beauté et laideur, vieux et moderne pour enseigner, in fine, à voir par-delà les apparences et les préjugés.
Outre ses jolies chansons et son côté kitsch assumé (notamment dans les décors qui évoquent autant le pop art que La belle et la bête de Cocteau, dont Jean Marais cite d’ailleurs un des poèmes), l’aspect merveilleux de Peau d’âne tient surtout à un habile équilibre entre des trucages très simples à la Méliès et l’utilisation malicieuse de termes ou d’objets anachroniques, comme cet hélicoptère transportant la fée et le roi bleu.

Photo de Catherine Deneuve et Jacques Perrin
Catherine Deneuve et Jacques Perrin sont les interprètes idéaux de ce « conte de fée charmant ». La prestance de Jean Marais, la malice de Micheline Presle, les tenues sexy de la fée Delphine Seyrig, les irrésistibles bafouillages de Pierre Repp et la participation de Coluche magnifient le reste, sans oublier les très belles musiques de Michel Legrand et des chansons, comme la Recette pour un cake d’amour, devenues des classiques.
Les fées se sont assurément penchées sur le berceau Peau d’âne qui fut, hélas, le dernier grand succès populaire d’un cinéaste enchanteur.

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LE TOUT NOUVEAU TESTAMENT de Jaco van Dormael (2015)

Affiche du film Le tout nouveau testament
Dieu est belge, habite à Bruxelles et se comporte comme un sale con avec sa femme, sa fille de dix ans (qu’il garde enfermées dans un appartement miteux) et l’humanité toute entière.
Excédée par ses brimades, la jeune Ea décide de faire une fugue après s’être vengée de son père en dévoilant par SMS les dates de décès de chaque personne sur terre.
Si les voies du seigneur sont impénétrables, celles de Jaco van Dormael le sont tout autant.
Car une fois posé son amusant postulat de départ, le cinéaste ne semble plus trop savoir comment prêcher sa bonne parole.
Alors, il emprunte un peu de l’évangile du cinéma selon saint Jean-Pierre Jeunet pour ce qui est de la mise en scène et tente de mélanger épitre et pitrerie sans parvenir à multiplier les gags.
Benoît Poelvoorde, en roue libre, est loin d’être en odeur de sainteté. Tandis qu’une certaine gêne s’installe en voyant Yolande Moreau et surtout Catherine Deneuve perdre leur âme pour se complaire dans un humour domestique ou zoophile un peu poussiéreux et pas vraiment au poil.
Un Tout nouveau testament, bien dans l’air du temps, qui semble tout droit sorti de la Sélection du Reader’s digest et se résume à une quête sans réelle importance d’un évangéliste et de six apôtres. Tout cela pour nous resservir, in fine, l’éternel cantique de La femme est l’avenir de l’homme (et cela en dépit de ses goûts de chiotte).
Mieux vaut réécouter la bonne parole de Jean Ferrat !

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LE SAUVAGE de Jean-Paul Rappeneau (1975)

Affiche du film Le sauvage
Voilà un moment que Martin a fui la civilisation pour aller vivre sur une île déserte des Caraïbes où il cultive fruits et légumes.
De passage à Caracas, il croise la route de Nelly qui fuit son futur mari et un ancien amant à qui elle a volé un tableau de grande valeur.
Pour se débarrasser au plus vite de la blonde au tempérament volcanique, Martin l’aide à prendre le premier avion pour la France avant de reprendre son voilier pour rentrer chez lui.
Mais à son arrivée, Nelly l’attend sur le ponton !
La cohabitation entre le sauvage bourru et la fantasque frivole va faire des étincelles.
Si, avec ce troisième film, Jean-Paul Rappeneau abandonne le film d’aventure historique, il continue d’explorer les différentes facettes de la comédie amoureuse endiablée qui avaient fait le succès des Mariés de l’an II.
Avec sa mise en scène toujours en mouvement, où le couple vedette ne cesse de se chamailler et de se courir après, le cinéaste se réapproprie avec talent la fantaisie et le rythme des grands classiques de la comédie Hollywoodienne. Le début du Sauvage avec l’annonce des noces de Nelly est, à ce titre, une véritable leçon de cinéma où le réalisateur parvient, sans une seule ligne de dialogues, à rendre l’état d’esprit de son héroïne grâce à la fluidité de sa mise en scène et son adéquation avec le rythme de la musique.
Le soin apporté au scénario qui regorge de trouvailles, la qualité des dialogues de Jean-Loup Dabadie et la belle partition de Michel Legrand en totale osmose avec le récit, forment une partition idéale qu’interprète à la perfection le duo formé par Yves Montand et Catherine Deneuve. Le jeu élégant et léger de l’un se mariant idéalement avec l’énergie volubile de l’autre.
Si la première partie à Caracas a un peu vieilli, les scènes où les deux comédiens se retrouvent seuls dans l’île paradisiaque font partie des meilleurs moments du film, même si leur premier baiser (un peu trop précipité) vient troubler la réjouissante cadence de leurs chamailleries.
Qu’importe, le charme de Montand et la beauté de Deneuve n’ont jamais été aussi évidents qu’ici, portés par le talent d’un cinéaste dont on ne peut que regretter la trop succincte filmographie.

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DANS LA COUR de Pierre Salvadori (2014)

Affiche du film Dans la cour
Antoine, un musicien au bout du rouleau trouve un emploi de gardien d’immeuble.
Là, il va faire la connaissance de Mathilde, une retraitée dont la raison se fissure plus rapidement que le mur de son salon.
Attention !
Une bonne mise en garde est nécessaire avant d’entrer Dans la cour tenue par Pierre Salvadori.
Si le film montre encore une fois l’art du cinéaste à composer des duos improbables et souvent imparables (le tandem Deneuve / Kervern est parfait) et prouve qu’il n’a pas son pareil pour aborder des sujets de société sur un ton décalé (ici, le malaise et la dépression qui s’emparent des gens en temps de crise), il n’est absolument pas la comédie que les médias et certains journalistes tentent de nous vendre.
Les quelques pauvres gags se trouvent dans la bande annonce et Dans la cour se révèle finalement hautement dépressif.
Dommage que cette chronique douce amère soit gagnée par la contagieuse langueur de ses personnages rendant le spectateur aussi amorphe que Gustave Kervern sur son banc public. Il aurait, sans doute, fallu plus de noirceur ou de folie, comme dans les films du tandem Kervern / Delépine.
On peut en tous cas préférer l’époque où, avant de faire de la comédie sociale, le réalisateur des Apprentis s’essayait avec bonheur à l’esprit loufoque de la comédie à l’anglaise. Le film s’appelait Cible émouvante et faisait vraiment mouche au lieu de nous planter Dans la cour.

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ASTÉRIX ET OBÉLIX : AU SERVICE DE SA MAJESTÉ de Laurent Tirard (2012)

Affiche du film Astérix et Obélix : Au service de sa majesté
Vers 50 avant J.C., Jules César et ses légions envahissent la Bretagne. Réfugiée dans son dernier bastion, la reine Cordelia décide d’envoyer Jolitorax sur le continent.
Sa mission ? Ramener à temps la fameuse potion magique du petit village d’irréductibles Gaulois qui résiste encore et toujours à l’envahisseur venu de Rome.
Décidément, l’album Astérix chez les Bretons porte chance à ses diverses adaptations cinématographiques.
Après le dessin animé réussi de Pino van Lamsweerde en 1986, la transposition concoctée par Laurent Tirard réjouit et fait de cet Astérix et Obélix : Au service de sa majesté, le meilleur des quatre films consacrés aux aventures du petit gaulois.
Loin devant Astérix et Obélix contre César et à des années lumière du calamiteux Astérix aux Jeux Olympiques, le film de Laurent Tirard surclasse même Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre d’Alain Chabat qui ressemblait plus à un show Jamel Debbouze à la sauce de Les Nuls qu’à une restitution irréprochable de l’humour façon Goscinny et Uderzo.
Fidèles aux grandes lignes de l’intrigue, à laquelle ils mêlent habilement celle d’Astérix et les Normands, le cinéaste et son scénariste sont parvenus à réactualiser le récit original en le truffant d’anachronismes et de clins d’œil dans l’air du temps (on croise ici un sans-papyrus) que n’aurait pas renié René Goscinny.
Ce retour à l’esprit Gaulois a le mérite d’être agrémenté d’une pointe d’émotion qui permet enfin aux personnages de papier de s’humaniser et de donner, cette fois, matière à jouer aux comédiens.
Avec Edouard Baer dans le rôle titre, Astérix trouve là son meilleur interprète, tandis que Gérard Depardieu frise le sublime dans les braies d’Obélix. Quant à Vincent Lacoste, il prouve après Les beaux gosses qu’il n’a pas son pareil pour jouer les « djeuns » tête à baffes.
Face à ces trois là, le reste de la distribution est irréprochable : de Guillaume Gallienne à Valérie Lemercier, avec un petit coup de cœur pour les Normands Bouli Lanners et Danny Boon, respectivement Grossebaf et Tetedepiaf.
Bref, après un Petit Nicolas peu convaincant, Laurent Tirard semble être enfin tombé dans la potion magique – et humoristique – de Goscinny tout en renouant avec la verve (et l’interprète) de son premier film : Mensonges et trahisons et plus si affinités.
Avouez qu’il y a de quoi retrouver le sourire et donner envie de faire un banquet.
Mais, une fois n’est pas coutume, laissons le choix de la festivité à Jules César (Luchini dans un joli numéro d’autosatisfaction) : « Préparez une petite orgie ! Ça fait toujours plaisir. »
Certes, n’est-il pas ?

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LA FILLE DU RER de André Téchiné (2009)


Que penser d’un film dont le titre a un pouvoir aussi évocateur qu’un slogan publicitaire pour la RATP ?
Que penser d’un film dont le premier morceau musical est un air de Bagad alors que dans le scénario il n’y a aucune référence à la Bretagne ni au monde celtique ?
Que penser de tous ces dialogues pompeux tout droit sortis d’un livre ? (Ah, la fameuse scène du repas dans la maison de campagne de l’avocat !).
Que penser de cette histoire de bar-mitsvah et des ridicules problèmes de couple du fils de l’avocat ?
Que penser du jeu monolithique de Duvauchelle et de sa manière de fumer le cigare ?
Que penser de cette musique inquiétante accompagnant la marche d’un enfant sur un ponton alors qu’il ne se passe rien ?
Que penser de la fuite de l’héroïne sur une barque, sous une pluie diluvienne, dans un décor rappelant plus la nature hostile de Délivrance (bonjour le symbole) que la campagne de la banlieue parisienne ?
Que penser, enfin, de cette histoire de fausse agression qui semble se transformer en vrai détournement de mineur ? (Passage qui a certainement dû inquiéter le réalisateur puisqu’une scène vient expliquer qu’il ne s’est finalement rien passé…)
Oui, quoi penser ?
Que Téchiné n’a finalement pas grand-chose à dire et qu’il délaye son film entre futilités, intrigues annexes et plans fixes sur son héroïne qui patine dans la vie réelle comme elle patine dans sa tête ?
Que Téchiné n’a pas voulu prendre de risques ? Pourtant, un vrai sujet – autrement dérangeant – est évoqué au cours du film. Quelles raisons ont poussé médias et politiques à monter en épingle une affaire sur laquelle ne reposait aucune preuve tangible ? N’y avait-il pas la volonté délibérée de jouer, une fois de plus, sur la peur des jeunes de banlieues tout en stigmatisant la soi-disant lâcheté de la population qui laisse faire ces agressions ?
Des questions auxquelles Téchiné se garde bien de répondre, préférant inventer un nouveau genre cinématographique : Le film improbable inspiré d’un fait divers réel !

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BENJAMIN OU LES MÉMOIRES D’UN PUCEAU de Michel Deville (1968)


Benjamin, jeune garçon de 17 ans, vient trouver refuge chez sa tante, la comtesse de Valandry. Naïf et ignorant des choses de l’amour, il devra, bon gré mal gré, faire face aux assauts des femmes du château tout en suivant l’éducation libertine de l’amant de sa tante : le comte de Saint-Germain.
Benjamin ou le film des premières fois.
A l’instar de son personnage principal, Michel Deville, après quelques films de jeunesse ou de commande, s’émancipe et va développer (en compagnie de sa scénariste Nina Companeez) un style et des thèmes que l’on retrouvera de manière récurrente dans toute sa filmographie.
Il convie tous les arts au sein de sa mise en scène fluide et très élaborée :
La littérature tout d’abord : celle de l’éducation sentimentale et des mots/maux amoureux, de Marivaux à Laclos.
La peinture ensuite, et plus particulièrement celle de Watteau.
La musique enfin, avec Mozart, Haydn ou encore Rameau…
Dans cette joyeuse alchimie, il fait l’apprentissage de l’amoralité cinématographique et aborde, pour la première fois, les rivages du libertinage où séduction et manipulation vont souvent de pair.
Première approche de l’érotisme, donc, qui sous-tendra, de façon plus ou moins prononcée, une grande partie de ses films.
Un érotisme qui sied bien aux mœurs libertines du 18ème siècle mais qui, à l’époque de la sortie de Benjamin, pouvait aussi être un clin d’œil à la libération sexuelle que connaissait la France des années 60.
Première approche de la manipulation, ensuite. Ici, les personnages passent leur temps à mentir pour mieux se séduire.
Benjamin, quand il n’est pas abusé par son entourage, apprend l’art du mensonge. Sa tante, quand elle n’est pas désabusée, se ment à elle-même, espérant conserver son amant. De son côté, le comte dupe ses conquêtes pour mieux les séduire. Quant à Anne, elle dissimule ses sentiments au comte pour mieux le faire souffrir et l’attirer à elle. Femme manipulée et manipulatrice, Catherine Deneuve est le premier modèle des héroïnes qui traverseront toute l’œuvre du réalisateur de Péril en la demeure.
Le ton badin mais pas anodin de Benjamin amène, in fine, à ce qui sera une constante dans la filmographie de Michel Deville : la notion de jeu.
Dans ce ballet des faux semblants, les protagonistes passent leur temps à jouer entre eux et à se jouer des uns et des autres. Ils jouent à se mentir, à se séduire et finalement à se déshabiller comme dans la jolie scène entre Odile Versois et Pierre Clémenti. Tandis que le cinéaste s’amuse de la frustration du spectateur qui ne cesse de se demander si Benjamin parviendra enfin à ses fins.
La conclusion aura pour son héros le goût doux amer des premières fois et offrira au cinéaste l’occasion d’élaborer ce qui fera la force de son cinéma : une apparente légèreté où percent pourtant désenchantement et gravité. Sans doute ceux qui suivent la perte de l’innocence…

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