UN HOMME DE TROP de Costa-Gavras (1967)

Affiche du film Un homme de trop
1943. Une groupe de résistants attaque une prison pour libérer douze des leurs qui ont été condamnés à mort par les Allemands. De retour dans le maquis, ils découvrent qu’il y a un homme de trop parmi les évadés. Traitre ou simple prisonnier de droit commun ? Les maquisards vont devoir statuer sur son sort…
Un homme de trop reste l’un des films les plus méconnus de la riche filmographie de Costa-Gavras. Et c’est fort dommage car le cinéaste livre, dès son second film, un surprenant film de guerre dont les scènes d’action, efficaces et parfaitement maîtrisées, n’ont rien à envier à celles des productions américaines ou anglaises tournées à la même époque. Un film d’action doublé d’une intéressante réflexion sur le choix en temps de guerre. Le choix de ne pas avoir de camp. Mais aussi le choix d’obéir aux ordres, d’exécuter ou non un homme qui ne pense pas comme vous, d’être milicien ou résistant. Des choix qui s’avèrent le plus souvent fatals en période de conflit armé.
Le cinéaste livre aussi une représentation assez rare au cinéma de la vie des résistants dans le maquis pendant la seconde guerre mondiale. Il s’attarde sur la camaraderie qui les unit face à l’occupant en dépit de leurs différences d’opinions et ne se prive pas de quelques touches d’humour grâce aux excellents dialogues de Daniel Boulanger.
Pour donner vie à ces maquisards, le casting réunit par Costa-Gavras est d’ailleurs aussi impressionnant que la qualité des scènes d’action dans la production française d’alors et d’aujourd’hui. Tandis que la fin ouverte, sur un viaduc, fait intelligemment planer jusqu’au bout l’ambiguïté des thèmes qui sous-tendent tout le film.
Loin d’être une œuvre mineure, Un homme de trop à toutes les qualités d’un grand classique du film de guerre.

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LE CONVOI DE LA PEUR – SORCERER de William Friedkin (1978)

Affiche du film Le convoi de la peur
Quatre hommes de nationalités diverses, tous recherchés dans leur pays d’origine, se cachent dans un coin reculé d’Amérique du Sud où ils travaillent comme ouvriers sur un gisement pétrolifère. Exténués par ce travail, ils acceptent de transporter en pleine jungle, à bord de deux camions, un chargement instable de nitroglycérine.
A la clef, une belle somme d’argent et la possibilité d’échapper à leur difficile condition de vie.
Sorti en France en 1978 et rebaptisé sous son titre original – Sorcerer – pour sa ressortie en salles en 2015, ce Convoi de la peur, sombre et malsain, a tout à fait sa place dans la filmographie glauque de William Friedkin.
Loin d’être un simple remake du Salaire de la peur d’Henri-Georges Clouzot, dont il ne reprend d’ailleurs que la trame générale, le film tourné à la manière d’un documentaire propose une impressionnante virée dans deux sortes d’enfer. L’un noir et crasseux représenté par le champ pétrolifère et le bidonville. L’autre vert et boueux symbolisé par la jungle. Un enfer sur terre auquel il est impossible d’échapper que ce soit grâce à une amulette ou à de l’argent.
Une vision pessimiste de la condition humaine dans laquelle le cinéaste nous immerge de façon viscérale que ce soit lors d’une impressionnante scène d’émeute ou lors de la traversée d’un pont de corde au-dessus d’une rivière en crue battue par la pluie : séquence d’anthologie et course – lente – contre les éléments déchaînés, aussi dangereuse que celle de French Connection.
Affiche de la nouvelle sortie en salles 2015Bien avant Christine de John Carpenter, William Friedkin donnait une « âme » à ses deux camions, l’un d’eux surtout – Sorcerer – qui donne son nom au titre original et ressemble étrangement à l’idole en pierre aperçue au début du film et au cours du périple dans la jungle.
Plus qu’un film d’aventure jouant sur la peur permanente de l’explosion, Friedkin nous livre une réflexion sur la folie des hommes qui débouche sur de nouvelles formes de possession, sans exorcisme possible.
Si les stars initialement prévus au générique (Steve McQueen, notamment) auraient certainement apporté plus de notoriété au film, la présence d’acteurs moins reconnus mais tout aussi talentueux, comme Roy Scheider ou Bruno Cremer, apporte une touche supplémentaire d’authenticité.
Malgré la présentation un peu longue des quatre personnages, retardant inutilement l’entrée dans le vif du sujet, et la musique datée de Tangerine Dream, Le convoi de la peur reste un spectacle fascinant grâce à son aspect jusqu’au-boutiste, tant au niveau du récit que de la mise en scène. Une sorte de chant du cygne des films d’aventure tournés en conditions réelles, avant l’avènement des effets spéciaux numériques.

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