MONUMENTS MEN de George Clooney (2014)

Affiche du film Monuments Men
Alors que la seconde guerre mondiale touche à sa fin, sept spécialistes en beaux-arts sont enrôlés dans l’armée afin de retrouver et de restituer les œuvres d’art volées en Europe par les nazis.
« Inspiré d’une histoire vraie » nous dit l’affiche. Comme si cela était un gage de qualité…
Si la sincérité du réalisateur George Clooney n’est pas à mettre en doute et si son sujet – plutôt original – ne manque pas d’intérêt, cette chasse aux trésors dans une Europe en guerre semble, comme les chefs-d’œuvre qu’elle recherche, dater d’un autre âge.
Le débarquement pépère de ces fameux spécialistes en Normandie – un mois après le véritable Jour J – ne manque pas d’humour mais il semble aussi avoir déteint sur la suite de leurs aventures, vraiment mollassonnes.
La complicité entre les comédiens est évidente, mais George Clooney ne sait pas en tirer parti et ne semble savoir que faire de son impressionnant casting. Sa mise en scène, qui se voudrait « à l’ancienne », s’avère aussi surannée que ses héros et cumule les habituels lieux communs sur la France dont Cate Blanchett est l’improbable représentante et Jean Dujardin la ridicule caution.
Le scénario, quant à lui, est constamment à côté de ses rangers. Très bavard, il ne lésine pas sur l’ellipse facile et ne parvient jamais à trouver le bon compromis entre drame (un peu factice) et humour (vraiment balourd). Autant dire que l’émotion a vite fait de déserter ce récit où les invraisemblances font plus de mal que les quelques scènes d’action et où l’on nous sert, encore une fois, le petit plan patriotique sur la bannière étoilée.
Cette accumulation de maladresses finit par enlever le peu de crédibilité de ce film qui se regarde avec la consternation gênée que l’on éprouve devant la toile ratée d’un faussaire malhabile.
Certes, la critique est aisée et l’art est difficile. Mais pour ce qui est des Monuments Men, une chose est quasiment certaine, ils ne finiront pas au panthéon des films de guerre.

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GODZILLA de Gareth Edwards (2014)

Affiche du film Godzilla
Des monstres ancestraux se sont réveillés et viennent tout péter avides de pomper notre énergie… Heureusement, l’un d’eux pète pour la bonne cause !
Contrairement à ce que semble croire un bidasse parachutiste en prière sur le point de sauter au-dessus d’un San-Francisco en ruine, Dieu ne semble pas porter dans son cœur la « grande nation » américaine.
Sinon, pourquoi voudrait-il que toutes les catastrophes cinématographiques se déroulent presque exclusivement sur son sol ?
Il faut dire que militaires et scientifiques ricains tendent le bâton pour se faire battre !
Trouver un gigantesque cocon dans une caverne des Philippines et le ramener aux USA dans une zone de stockage nucléaire pour finir par découvrir, quelques années plus tard, qu’il contenait une monstrueuse femelle en rut avide de se faire féconder… Avouez que c’est un peu ballot…
Tout comme la quasi-totalité du long métrage qui compile tous les poncifs du film catastrophe américain de ces vingt dernières années. Du héros forcément militaire et increvable à sa femme forcément infirmière. En passant, forcément, par les gamins et les chiens en péril. Rien ne nous est épargné. Même les longues jérémiades de famille entre le héros et son père qui permettent de meubler le début de l’histoire et de ne pas faire sombrer le budget du film dans un excès d’effets spéciaux.
Des effets numériques plutôt convaincants d’ailleurs, mais systématiquement plombés par des idées de scénario qui laissent songeur…
Comme ce commando de paras qui compte les distances en « clic » (sic) et place des snipers sur les toits des gratte-ciel pour couvrir leur déplacement.
Des snipers pour arrêter les monstres ? Vraiment ? Quand on sait que même les gros missiles leur en touche une sans faire bouger l’autre.
Et que penser de cette monstrueuse femelle Muto qui pond ses œufs en plein quartier chinois de San Francisco ? Qu’elle désire faire la nique à son imposant adversaire japonais ?
Des questions qui resteront sans réponse, de même que celles qui taraudent le spectateur qui peine à rester éveillé malgré les explosions.
La principale interrogation étant : pourquoi les grands studios s’évertuent-ils à filer les commandes de leurs blockbusters à des tâcherons ? Gareth Edwards réussit juste, avec plus de moyens, à rendre son film aussi long et pénible que sa première réalisation : le surestimé Monsters, dont il reprend au passage l’idée de la parade amoureuse des monstres.
D’où l’impression, cette fois encore, de s’être fait posséder par le grand God-zilla du marketing…

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THE GRAND BUDAPEST HOTEL de Wes Anderson (2014)

Affiche du film The Grand Budapest Hotel
1968. Europe de l’Est. Le propriétaire d’un palace sur le déclin raconte à un écrivain comment il est devenu milliardaire. Tout à commencé en 1932, en pleine montée du fascisme, avec les aventures rocambolesques de Monsieur Gustave, concierge de ce même grand hôtel, et de son groom nommé Zéro.
Si le drôle et nostalgique Moonrise Kingdom vous a plu, The Grand Budapest Hotel va vous enchanter. Le nouveau film de Wes Anderson est un superbe condensé de l’ensemble de son cinéma où l’on retrouve pêle-mêle son goût pour les histoires de famille éclatée, les décors colorés, les maquettes ciselées, les mouvements de caméra élaborés, la nostalgie surannée et l’humour décalé.
Une véritable BD sur grand écran qui slalome sans temps mort entre les époques (2014, 1985, 1968, 1932) et les lieux : d’un grand hôtel à une prison en passant par monastère et une piste de ski où le cinéaste nous offre une mémorable course poursuite, digne d’un dessin animé.
Comme Agatha, la fiancée de Zéro, qui compose de fines pâtisseries viennoises, Wes Anderson assemble avec minutie sa pièce maîtresse en l’agrémentant des belles compositions slaves d’Alexandre Desplat et en la décorant d’une ribambelle d’acteurs de premiers choix. Des fidèles de la première heure comme Bill Murray ou Owen Wilson aux nouveaux venus comme F. Murray Abraham, Jude Law et surtout Ralph Fiennes qui trouve là un de ses meilleurs rôles. En concierge élégant et racé, ne dédaignant pas les turlutes prodiguées par ses vieilles et riches clientes, il est tout simplement exquis. Tout comme le couple mal assorti qu’il forme avec le jeune Tony Revolori.
Un met sucré que le cinéaste a toutefois le bon goût de tempérer par une pointe d’amertume, donnant au final à sa préparation un goût doux-amer. Car si la fantaisie et le bon goût règnent en maître au Grand Budapest Hotel, le réalisateur sait aussi qu’ils ne peuvent échapper indéfiniment à l’intolérance et à la cruauté du monde extérieur.
A l’image de son Monsieur Gustave, Wes Anderson fabrique de l’illusion mais à la différence de son avenant concierge il n’en est pas dupe et n’en fait pas une finalité en soi. Tout comme l’écrivain joué par Jude Law, il se revendique aussi conteur avec un héritage à transmettre – celui par exemple des récits de Stefan Zweig auxquels le cinéaste rend hommage. Une manière de lutter contre l’obscurantisme qui guette chaque époque troublée.
Plus noir et ambigu qu’il n’y parait de prime abord, The Grand Budapest Hotel, est le film le plus abouti du cinéaste et, sans doute, le plus personnel.

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MARIUS de Daniel Auteuil (2013)

Affiche du film Marius
Marseille, années 30.
Au bar de la Marine, Marius rêve en servant les clients de César, son père.
Il rêve d’embarquer sur un navire et de partir à la découverte du monde.
Mais il rêve aussi de Fanny qui tient un étal de coquillages à la porte du café.
Saura-t-il faire le bon choix ?
Après La fille du puisatier, Daniel Auteuil revient à l’univers de Marcel Pagnol.
S’il conserve le charme des dialogues oscillant entre rires et larmes, il ne parvient pas à se défaire des aspects théâtraux du récit. Il en résulte un film respectueux de l’œuvre d’origine mais manquant d’idées de mise en scène pour éviter l’écueil du théâtre filmé.
L’intrigue se déroule donc le plus souvent en intérieur : du bar de la Marine, à l’appartement de Fanny et sa mère en passant par la boutique de Panisse, avec quelques échappées bienvenues sur le Vieux-Port et dans les calanques. On n’est pas loin de la carte postale rétro et folklorique « avé l’assent » qui va bien !
Heureusement que Daniel Auteuil a su s’entourer d’acteurs qui ont de la bouteille (de Jean-Pierre Darroussin à Marie-Anne Chazel) pour faire passer ce pittoresque un peu forcé et donner truculence et émotions aux mots de Pagnol.
Dommage que, comme dans son précédent film, le couple d’acteurs autour duquel tourne l’intrigue ne soit pas à la hauteur.
Dans le rôle titre, Raphaël Personnaz, beaucoup plus convaincant dans La princesse de Montpensier de Bertrand Tavernier, joue les beaux gosses un foulard noué autour du cou et récite ses répliques avec tellement d’application qu’il manque de naturel. Quant à Victoire Bélézy, elle compose une Fanny agaçante à force d’en rajouter dans l’interprétation gnangnan et larmoyante, « avé le gros sanglot » qui va bien.
Ces réserves mises à part, Marius se laisse suivre sans trop de déplaisir grâce à la faconde de Pagnol.

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RENOIR de Gilles Bourdos (2013)

Affiche du film Renoir
1915 – Côte d’Azur.
Une jeune femme prénommée Andrée vient proposer ses services en tant que modèle à la propriété d’Auguste Renoir.
Diminué moralement par la mort récente de sa femme et physiquement par l’arthrite qui paralyse ses mains, le vieux peintre va retrouver un nouveau souffle créatif auprès de cette rousse flamboyante dont les charmes ne vont pas laisser insensible le fils cadet de l’artiste, Jean, blessé de guerre en convalescence chez son père.
Une belle jeune femme à bicyclette se promène sous un soleil radieux et croise au détour de sa balade le mannequin d’un soldat prussien pendu à un arbre. Dès les premiers plans, Gilles Bourdos gangrène ses images à l’esthétique impressionniste (hommage aux tableaux de Renoir) par les stigmates de la première guerre mondiale.
Par petites touches sensibles et lumineuses, le réalisateur brosse l’univers du vieux peintre, à l’abri des affres du monde moderne, dans sa jolie propriété entre mer et campagne et tente de restituer les ambiances et les gestes de l’artiste lors de ses séances de travail.
Un univers dominé par les femmes.
Sources d’inspiration, elles s’occupent également de faire tourner la maison et passent, tour à tour, du rôle de modèle à celui de servante ou de cuisinière. Ce sont elles qui portent et transportent (au propre comme au figuré) les Renoir père et fils. Les supportent aussi. La philosophie de vie d’Auguste n’est-elle pas de se laisser porter comme un bouchon au fil de l’eau ? Une façon d’être que lui reproche Jean, mais dont il reproduit inconsciemment le schéma. Gilles Bourdos nous fait ainsi découvrir comment le jeune homme est devenu cinéaste presque par hasard : en se laissant porter par les désirs (de cinéma) d’une femme.
Auguste et Jean, les deux faces d’une même pièce.
On pourra reprocher au film son rythme indolent et regretter qu’il n’ait pas assez exploité les liens ambigus entre Claude, le plus jeune des fils de Renoir alors âgé de 14 ans, et Andrée (qui n’a, en fait, que 15 ans lors de sa rencontre avec le peintre). Remarques vite tempérées par la qualité des dialogues et de l’interprétation.
Christa Théret donne véritablement chair au personnage d’Andrée, à sa gouaille et à ses fêlures. Tandis que, face à elle, Vincent Rottiers s’impose par son interprétation sensible et toute en retenue.
Mais c’est surtout Michel Bouquet qui fascine. Malicieux et émouvant, il redonne vie au peintre avec une belle simplicité de jeu et trouve là un de ses meilleurs rôles.
Ne serait-ce que pour sa prestation, ce Renoir mérite vraiment qu’on s’y attarde.

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MOONRISE KINGDOM de Wes Anderson (2012)

Affiche du film Moonrise Kingdom
1965. Sur une île isolée, un jeune scout s’enfuit de son campement tandis qu’au même moment une jeune adolescente quitte le domicile familial. Se connaissent-ils ? Sont-ils partis ensemble ? C’est ce que vont essayer de découvrir le capitaine Sharp et le chef scout Ward alors qu’une violente tempête s’approche.
Après s’être fourvoyé en Inde avec A bord du Darjeeling Limited (2008), Wes Anderson semble revenir à ses débuts de réalisateur – Sam, le jeune scout asocial, pourrait bien être un lointain cousin de Max, le jeune génie de Rushmore (1999) – et à la comédie familiale douce amère qui a fait son succès. A ceci près que les adultes immatures qui lui servaient autrefois de héros ont laissé place à des préadolescents qui agissent et s’aiment comme des grands.
Subtile variation qui fait que si l’on retrouve le même humour loufoque et décalé du cinéaste, il se teinte cette fois d’une certaine forme de nostalgie.
Celle des années 60 que Wes Anderson restitue à merveille à travers les tenues vestimentaires et les différents objets d’époque (du tourne-disque à la boîte de Tang à l’orange), ainsi que par une image de carte postale aux teintes pastelles un peu désuètes.
Mais aussi celle des amours enfantines, de leur fougue et de leur innocence éphémère, bientôt balayés par le passage à l’âge adulte (à l’image de la petite plage où les jeunes amoureux trouvent refuge et qui sombre, corps et bien, pendant la tempête).
Comme d’habitude chez Wes Anderson, un grand soin est apporté au casting (Jared Gilman et Kara Hayward, les deux jeunes fugueurs, sont épatants) et les stars se bousculent devant sa caméra. Les habitués comme Bill Murray et Jason Schwartzman. Mais aussi des nouveaux venus qui semblent s’en donner à cœur joie. De Bruce Willis (qui a retrouvé son talent, ses cheveux et des pantalons « feu de plancher ») à Edward Norton. De Frances McDormand à Tilda Swinton (dans son énième, mais toujours croustillant, numéro de méchante). Sans oublier l’apparition savoureuse d’Harvey Keitel en grand chef scout.
Il faut dire que que le réalisateur de La famille Tenenbaum sait les mettre en valeur par sa mise en scène inventive. Dès le premier plan, avec son long travelling latéral qu’il réitérera à plusieurs reprises, il impose son regard ludique qu’il associe au mouvement de sa caméra. Sans doute histoire de réaffirmer qu’au cinéma, technique et narration sont indissociables et que c’est de leur somme que naît un film. De même que la somme de tous les instruments de musique (énoncés par Sam durant le générique de fin) finit par composer le joli morceau d’Alexandre Desplat qui clôt le film.
A noter qu’à une époque où cinéastes français et étrangers ne jurent plus que par la musique anglo-saxonne pour agrémenter leurs bandes originales, le choix de morceaux classiques et d’une chanson française (Le temps de l’amour de Françoise Hardy) pour accompagner les tribulations des deux jeunes héros se pose comme un véritable contrepied au conformisme ambiant et contribue grandement au charme rétro de Moonrise Kingdom.
Wes Anderson aime le mélange des genres (les enfants déguisés en animaux pour un spectacle sont-ils un clin d’œil à son film d’animation Fantastic Mr Fox ?) mais sa façon d’appréhender le monde peut paraitre dérisoire et en désarçonner plus d’un. Il serait toutefois dommage de ne pas tenter d’entrer dans son univers. De ne pas se tenir « Toujours prêt ! », comme les scouts, juste au cas où…

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COCO AVANT CHANEL de Anne Fontaine (2009)

Affiche de Coco avant Chanel
Abandonnée très jeune dans un orphelinat par son père, Gabrielle Chanel veut sortir de sa condition misérable. Quelques années plus tard, si elle tente, en vain, de se faire un nom dans le monde du spectacle, elle s’y fera au moins un prénom : Coco. C’est dans le beuglant où elle chante qu’Etienne Balsan, un officier et riche bourgeois, la repère…
Bonne idée que de vouloir retracer la vie de Coco Chanel avant la gloire et le succès, encore eût-il fallu qu’Anne Fontaine ne tombe pas dans le piège de la jolie biographie. Même si il n’y a rien à redire à sa reconstitution du début du XXème siècle visuellement plaisante, tant au niveau des décors que des costumes, on ne peut que regretter sa vision trop sage et compassée de la vie de la couturière, façon beau livre d’images. La deuxième partie du film, surtout, qui narre les amours impossibles de Coco avec un bel anglais, est digne des bluettes de Barbara Cartland.
Audrey Tautou, mignonette mais sans surprise, semble passer à côté du rôle et quelques entorses à la réalité (Adrienne n’était pas la sœur de Coco mais sa jeune tante…) achèvent de plomber l’ensemble.
Pourtant, la réalisatrice avait de beaux atouts dans sa boîte à couture. Tant qu’à détourner (un peu) l’histoire, les relations entre Coco et sa sœur auraient pu être beaucoup plus approfondies. D’autant que Marie Gillain, en femme amoureuse et résignée, apporte une belle aura à son personnage.
Et que dire du personnage d’Etienne Balsan ? Qu’il sauve le film du roman-photo grâce à l’interprétation sensible et gouailleuse de Benoît Poelvoorde. Dès qu’il apparait, le film se met à vivre et à s’incarner confirmant, s’il en était besoin, l’étendu du répertoire de ce fabuleux comédien. Dommage qu’Anne Fontaine ne s’attarde pas plus sur lui et les relations qu’il entretenait avec la styliste. Elle ne fait finalement pas preuve d’assez d’audace pour nous parler d’une femme qui n’en manquait pas.

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