SHANGAÏ KID 2 de David Dobkin (2003)

Affiche du film Shangaï Kid 2
1887. Chon Wang quitte le Far West pour Londres afin de se venger de l’assassin de son père. Avec l’aide de sa sœur et de son acolyte Roy O’Bannon, il va mettre à jour un vaste complot visant à se débarrasser de la reine d’Angleterre et de l’empereur de Chine.
Bien supérieur au sympathique Shangaï Kid, cette suite est certainement le film le plus abouti de la période américaine de Jackie Chan.
Le scénario s’amuse de la confrontation de nos deux hommes de l’Ouest avec la société victorienne, tout en rendant hommage à Conan Doyle et à Charlie Chaplin. Même la brusque disparition de Jack l’éventreur du quartier de Whitechapel trouve ici une explication !
Mais c’est dans la perfection des chorégraphies élaborées par Jackie Chan – mélangeant, avec élégance, humour et action – que le film enthousiasme.
Qu’il se batte dans la porte-tambour d’un palace (hommage au cinéma muet et au burlesque américain), dans une bibliothèque ou en jouant avec de précieux vases que ses adversaires veulent à tout prix éviter de briser, le comédien acrobate enchaîne les cascades virtuoses aussi précises et rythmés que des pas de danse, comme dans cette magnifique scène où il se défend à l’aide d’un parapluie sur l’air de Chantons sous la pluie.

Photo Jackie Chan combattant avec un parapluie
Des bagarres inventives qui s’imbriquent parfaitement au récit et le font progresser.
Peaufinant son personnage de cow-boy hâbleur et veule, Owen Wilson apporte une nouvelle fois au tandem sa touche décalée et anachronique, faisant virer certaines scènes dans l’absurdité la plus totale.

Photo Owen Wilson et la bataille de polochons
Il est la cerise sur le gâteau d’un spectacle parfaitement maîtrisé et tout à fait réjouissant.

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UN HOMME DE TROP de Costa-Gavras (1967)

Affiche du film Un homme de trop
1943. Une groupe de résistants attaque une prison pour libérer douze des leurs qui ont été condamnés à mort par les Allemands. De retour dans le maquis, ils découvrent qu’il y a un homme de trop parmi les évadés. Traitre ou simple prisonnier de droit commun ? Les maquisards vont devoir statuer sur son sort…
Un homme de trop reste l’un des films les plus méconnus de la riche filmographie de Costa-Gavras. Et c’est fort dommage car le cinéaste livre, dès son second film, un surprenant film de guerre dont les scènes d’action, efficaces et parfaitement maîtrisées, n’ont rien à envier à celles des productions américaines ou anglaises tournées à la même époque. Un film d’action doublé d’une intéressante réflexion sur le choix en temps de guerre. Le choix de ne pas avoir de camp. Mais aussi le choix d’obéir aux ordres, d’exécuter ou non un homme qui ne pense pas comme vous, d’être milicien ou résistant. Des choix qui s’avèrent le plus souvent fatals en période de conflit armé.
Le cinéaste livre aussi une représentation assez rare au cinéma de la vie des résistants dans le maquis pendant la seconde guerre mondiale. Il s’attarde sur la camaraderie qui les unit face à l’occupant en dépit de leurs différences d’opinions et ne se prive pas de quelques touches d’humour grâce aux excellents dialogues de Daniel Boulanger.
Pour donner vie à ces maquisards, le casting réunit par Costa-Gavras est d’ailleurs aussi impressionnant que la qualité des scènes d’action dans la production française d’alors et d’aujourd’hui. Tandis que la fin ouverte, sur un viaduc, fait intelligemment planer jusqu’au bout l’ambiguïté des thèmes qui sous-tendent tout le film.
Loin d’être une œuvre mineure, Un homme de trop à toutes les qualités d’un grand classique du film de guerre.

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MISS SLOANE de John Madden (2017)

Affiche du film Miss Sloane
Elizabeth Sloane est une lobbyiste redoutable et redoutée pour qui seule la victoire compte.
Contactée pour contrer une loi visant à restreindre l’utilisation des armes à feu aux États-Unis, elle décide de changer d’employeur et de mettre ses talents au service d’un cabinet luttant pour le contrôle des armes.
Une guerre sans merci s’engage alors entre elle et son ancien patron.
Elizabeth Sloane est un peu le pendant féminin du Michael Clayton de Tony Gilroy. Le récit du parcours d’une femme brillante, à laquelle aucune cause ne résiste, qui se voit soudain confrontée à un choix qui va transformer sa vie.
Dans l’air du temps, le film de John Madden lève le voile sur les pratiques douteuses des lobbies et sur leurs accointances avec de nombreux hommes politiques. Toutefois, plus ludique que véritable pamphlet, Miss Sloane est surtout un captivant thriller doublé d’un redoutable film de prétoire plein de rebondissements.
Un film qui repose entièrement sur les épaules et la prestation – impeccable – de Jessica Chastain. Elle est la reine et le cœur de cette partie d’échec machiavélique dans les coulisses du pouvoir.

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PATIENTS de Grand Corps Malade et Mehdi Idir (2017)

patients
Tétraplégique suite à un grave accident, Ben se retrouve dans un centre de rééducation où il va devoir apprendre à se reconstruire, tout en découvrant un nouvel univers : celui du handicap. Sans jamais se départir de son humour ni de son sens de la répartie, il va se faire de nouveaux amis. Des infirmiers, des kinés et, bien sûr, des blessés de la vie, comme lui.
Patient parmi tant d’autres, il va devoir s’armer de patience.
Dans la lignée de Intouchables, c’est avec énormément d’humour et de dérision que Grand Corps Malade et Mehdi Idir abordent le thème du handicap, sans pour autant chercher à l’édulcorer, ni sombrer dans le pathos et la larme facile.
Comme nous le précise un texte en début de film : Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé n’est absolument pas fortuite. Dès lors, il devient très clair que derrière le parcours de Ben se cachent les souvenirs de Grand Corps Malade, ainsi que son goût pour les mots qui font mouche. L’art d’être engagé sur un ton détaché.
Nul manichéisme dans le propos. Il y a de tout chez les handicapés, des gens biens mais aussi des crétins. Même Ben n’a pas toujours un comportement exemplaire. Mais c’est en s’attachant aux qualités comme aux défauts de leurs personnages que les cinéastes en dressent un portrait sensible et juste, profondément humain.
Les acteurs, tous excellents, contribuent grandement à la réussite du film. Pablo Pauly tout particulièrement qui, dans le rôle de Ben, ne ménage pas sa tchatche, ni sa peine. La mise en scène suit au plus près l’évolution de son personnage. Le point de vue – d’abord subjectif – s’élargit peu à peu. Tout comme le monde s’ouvre progressivement pour Ben à mesure qu’il progresse dans son combat contre le handicap.
Si l’humour est parfois la politesse du désespoir, elle est aussi une force. Grand Corps Malade, sans vers de mirliton, le prouve ici avec beaucoup d’esprit.

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RUSTY JAMES de Francis Ford Coppola (1984)

Affiche du film Rusty James
A Tulsa dans l’Oklahoma, Rusty James et ses amis se préparent à affronter une bande rivale. Car Rusty n’a qu’une idée en tête : égaler les prouesses de son frère aîné, le Motorcycle Boy, célèbre chef de gang mystérieusement disparu.
Après le cuisant échec de Coup de cœur, qui entraîna la fermeture de son studio, Francis Ford Coppola tenta de se refaire une santé avec un film plus commercial destiné aux adolescents : Outsiders. Tourné dans la foulée de ce dernier, Rusty James reprend une grande partie de l’équipe (même auteur adapté, même équipe technique, mêmes acteurs) et permet au cinéaste de composer une œuvre plus personnelle. Un film intimiste destiné aux adolescents dans lequel il introduit une part d’éléments autobiographiques, comme l’admiration qu’il voue à son grand frère August.
Sans rien renier de ses films précédents, Coppola crée une œuvre stylisée mêlant violence (au cœur d’une partie de sa filmographie) et onirisme (déjà à l’œuvre dans Coup de cœur).
Un film « artisanal » qui lui fait retrouver la liberté – de ton et de mise en scène – idéale pour matérialiser, au travers de la dérive du personnage de Rusty James, le difficile passage du monde de l’adolescence à celui des adultes. Rusty James, jeune voyou en perte de repères, qui cherche à s’émanciper tout en se raccrochant aux exploits de son aîné, le Motorcycle Boy, figure emblématique d’un passé révolu admirablement interprété par Mickey Rourke.

Matt Dillon et Mickey Rourke
S’appuyant sur de somptueuses images en noir et blanc, le cinéaste sculpte l’espace (comme il l’avait fait avec l’utilisation des néons dans Coup de cœur) pour rendre tangible les sentiments de ses personnages et l’ambivalence d’une adolescence qui se cherche, entre noirceur et quête de lumière. Une jeunesse rebelle mais soumise, comme tout un chacun, à l’inexorable course du temps que Coppola illustre par de nombreux plans de pendules ou par des images défilant en accéléré.
Rusty James, rêverie désenchantée et nostalgique agrémentée de poissons colorés, est une œuvre charnière dans la riche filmographie de Francis Ford Coppola qu’il faut absolument (re)découvrir.

Jaquette Blu-ray du film Rusty James
Wild Side propose depuis le 8 février 2017 une magnifique édition HD de Rusty James disponible en édition Blu-ray ainsi qu’en coffret collector Blu-ray / DVD accompagné d’un livre revenant sur la création du film et doté de nombreuses photographies.
Une édition indispensable, remplie de témoignages et de scènes inédites coupées au montage, pour tous les fans de Francis Ford Coppola ainsi que pour ceux qui veulent apprendre à le connaître.

Photo du coffret collector

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LA LA LAND de Damien Chazelle (2017)

Affiche du film La La Land
Le destin et les amours contrariés d’une comédienne débutante et d’un pianiste de jazz à la poursuite de leurs rêves dans la cité des stars.
Après le formidable duel musical de Whiplash, Damien Chazelle s’essaie à la comédie musicale.
Tentative en grande partie réussie qui débute par un impressionnant mouvement de foule chorégraphié sur un pont autoroutier embouteillé, au son de l’entraînant « Another Day Of Sun ».
La suite, à une ou deux scène près, se rapproche plus de la comédie musicale intimiste (on pense parfois à Jacques Demy) que des grands numéros de danse des films de Vincente Minnelli.
La La Land est à Los Angeles ce que Coup de cœur de Francis Ford Coppola est à Las Vegas, une romance nostalgique et musicale, un rêve coloré sous les néons.
La mise en scène fluide et virevoltante de Damien Chazelle ainsi que la beauté des images – qui font la part belle aux ambiances nocturnes – participent au charme de l’ensemble. Sans oublier le séduisant couple de cinéma formé par Ryan Gosling et Emma Stone.
Dommage que les deux comédiens, en dépit de leurs indéniables talents, ne maîtrisent pas à la perfection l’art du chant et de la danse. Car, et c’est là que film atteint ses limites, ils sont loin de rivaliser avec Gene Kelly et Cyd Charisse. Il suffit de regarder leur Pas de deux, gentillet et appliqué, sur une route dominant Los Angeles pour s’en convaincre.
Damien Chazelle le sait aussi qui, à plusieurs reprises, cherche des parades pour masquer les points faibles de ses acteurs, comme lors de la valse en ombres chinoises au planétarium.
Le cinéaste parvient toutefois à tirer le meilleur d’eux même, notamment au niveau vocal, lors de deux superbes séquences. L’une sur une jetée au crépuscule où Ryan Gosling entonne le très mélancolique : « City Of Stars », l’autre lors du vibrant « Audition » chanté par Emma Stone.

Photo Ryan Gosling sur une jetée bordée de réverbères
Hommage au jazz, au cinéma et à La fureur de vivre, La La Land fait aussi de brefs clins d’œil à la peinture (dans un Paris idéalisé qui renvoie à Un américain à Paris) ou au théâtre d’ombres lors d’une des auditions de Mia. Affiche américaine du film La La Land
Mais le film ne serait rien sans la magnifique bande originale composée pour l’occasion par Justin Hurwitz, déjà à l’œuvre sur Whiplash. De morceaux jazzy en partitions plus classiques, rappelant par instant George Gershwin ou même Tchaïkovski, la musique d’Hurwitz est l’âme de La La Land.
Une musique qui accompagne parfaitement le récit et les états d’âme des personnages jusqu’à la superbe rêverie mélancolique finale concoctée par Damien Chazelle qui confirme, dès son troisième film, un indéniable talent au cœur d’un univers filmique et musical déjà bien affirmé.
Souhaitons qu’il continue encore longtemps à nous enchanter avec ses films.

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LE ROI DE CŒUR de Philippe de Broca (1966)

Affiche du film Le roi de coeur
1918. Fuyant la progression des alliés, un bataillon allemand cache des bombes dans un blockhaus situé sur la place d’une petite ville du nord de la France, bien décidé à tout faire sauter. Prévenus de la menace, les britanniques envoient un soldat écossais en éclaireur pour localiser et désamorcer les explosifs. Le problème, c’est que les pensionnaires de l’asile d’aliénés ont pris possession du bourg déserté par ses habitants.
Abandonnant, pour un temps, l’exotisme et l’action trépidante de ces précédents films avec Belmondo (L’homme de Rio et Les tribulations d’un Chinois en Chine), de Broca revient en France pour nous conter une fable s’inspirant d’un fait divers réel. Un sujet qui lui tient visiblement à cœur et où, comme le soldat Plumpick, il se met à nu.
Se servant de la folie comme d’un subterfuge, le cinéaste met à profit le caractère décalé de ses personnages et de leurs actions pour composer un univers parallèle loufoque et coloré qui lui permet de faire passer, tout à la fois, son amour pour le spectacle ainsi que sa haine de la guerre.
Loin de se présenter comme un pamphlet, Le Roi de cœur choisit le point de vue du moraliste et de la fable poétique pour nous laisser entendre que les fous ne sont pas toujours ceux que l’on croit.
Au cœur de cette fantaisie baroque, les acteurs, tous excellents, s’en donnent à cœur joie. Françoise Christophe et Micheline Presle imposent leurs jeux subtils et sensuels, Pierre Brasseur son charisme bonhomme, tandis que Julien Guiomar se lâche dans un rôle d’ecclésiastique extraverti et que Michel Serrault semble se préparer à son futur rôle de Zaza dans La cage aux folles. Même de Broca y va de son clin d’œil en s’octroyant le rôle, très bref, d’un certain caporal Adolf.

Photo du film Le Roi de coeur
Jolie comme un cœur Geneviève Bujold est une parfaite ingénue face au séduisant Alan Bates – homme de cœur et cœur à prendre – lui-même parfait en soldat tiraillé entre son devoir et son envie de déposer les armes. Dommage que, malgré son élocution française plus que convenable, certaines de ses répliques soit difficilement compréhensibles et gâchent un peu la saveur des dialogues de Daniel Boulanger.
Porté par la belle musique de Georges Delerue, Le Roi de cœur, sous ses dehors excentriques, est aussi teinté de nostalgie. La rêverie s’avère éphémère et les fous, loin d’être dupes, savent à quoi s’en tenir.
Le personnage du duc de Trèfle, incarné avec finesse par Jean-Claude Brialy, offre sans doute l’une des clés de ce film rare, injustement boudé par le public français à sa sortie. Son personnage (sorte de double du cinéaste sensible, élégant et passionné qu’était de Broca) révèle dans une dernière réplique énigmatique que : « Les plus beaux voyages se font par la fenêtre ». Belle métaphore sur le cinéma !

Jaquette Blu-ray du Roi de coeur Restauré pour L’atelier d’images, Le Roi de cœur ressort le 24 janvier 2017, en DVD et Blu-ray, dans une copie aux images rutilantes (supervisée par le directeur de la photographie Pierre Lhomme) qui redonne au film une seconde jeunesse. Une édition royale remplie de témoignages et de documents d’époque passionnants.
Le film sera aussi visible en salles à partir du 25 janvier. Soit plus de 50 ans après sa sortie.

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